Le design à hauteur d'enfants

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La 8e édition de la Biennale Design de Saint-Étienne fait le pari de mettre le design à la portée des enfants. Partenaire de l'événement, Grains de Sel a sélectionné une multitude de rendez-vous qui invitent à découvrir et à expérimenter comment réinventer nos vies et nos villes.

 
 “ À quoi ça sert ? ” Cette question très enfantine est au cœur du design, cet art de concevoir des objets fonctionnels. Mais happé par le minimalisme, l’intellectualisation ou la technicité, il devient trop souvent un sujet sérieux pour les grands. Remettre le design à la portée des enfants est l’un des paris de la 8e Biennale du design de Saint-Étienne. Le thème choisi, l’empathie, fait directement référence à l’apprentissage : “ il s’agit d’apprendre à connaître l’autre, son environnement ” explique Elsa Frances, directrice de la Cité et de la Biennale du design. “ On avait envie d’une biennale plus fraîche, qui prenne le contre-pied de cette période, qui donne envie d’aller vers les autres ” poursuit-elle. Une biennale qui prône une forme d’utopie et un peu d’humour, et se tourne vers tous les publics. Alors, Elsa Frances a notamment invité Matali Crasset, célèbre designer à la frange très courte mais aux idées larges qui, dès ses études, a travaillé sur l’empathie, sur et pour les enfants.
Un parcours baptisé Le design à petits pas permet aux familles de s’orienter dans le dédale de manifestations proposées par la Biennale du design : 51 expositions et 3 parcours dans la ville conçus par 29 commissaires d’expositions, avec des résonnances dans l’ensemble du pôle métropolitain. Car cette manifestation protéiforme est très atypique dans le monde du design : n’étant pas un salon commercial, elle se doit d’ouvrir grandes les portes et les fenêtres, d’être prospective, innovante et créative, mais aussi pédagogique et ludique. Des visites guidées par thèmes sont donc proposées aux familles, ainsi que des goûters conçus par des binômes associant pâtissiers et designers, et même un atelier pour customiser son jean. Lors des parcours à travers le territoire, aidés de plans et parfois de navettes, on peut découvrir de drôles d’objets urbains qui n’ont rien à voir avec les aires de jeux standardisées. Et même des écoles qui ont été rénovées par des designers avec les élèves, les enseignants et les parents d’élèves. À Saint-Étienne, le design se met à la portée de tous. 

Anne-Caroline Jambaud

Des installations sonores qui font PIAF

En ouverture de la Biennale du design, le Fil, scène stéphanoise dédiée aux musiques actuelles, concocte une programmation baptisée PIAF, associant art et musique. Les expérimentations électrosensitives, conçues par des étudiants geeks (de futurs réalisateurs en informatique musicale), sont plutôt radicales, mais promettent d’être délirantes. L’exposition qui présente ces installations sonores mixant musique, vidéo, interactions et bricolages au Fil de Saint-Étienne est accessible à un public familial. En revanche, les performances et concerts qui rythment cette semaine d’exposition sont destinés à un public plus averti. 

> Le Fil, 20 bld Thiers.

 

Chéri, j'ai croisé une otarie

Avec le designer Jean-Sébastien Poncet, de simples chevrons de bois deviennent des archétypes animaliers : biche, vache, cerf, otarie, lapin prennent forme à partir d’un jeu de découpes, d’angles et d’assemblages. Ce bestiaire à la frontière de l’art et du design a pris le nom d’Animali Domesticki© et fait partie de ces nouvelles typologies d’objets expérimentées par la jeune maison d’édition de design stéphanoise ÉSÉ-Édition Sous Étiquette. Le temps de la Biennale du design, ces sculptures animalières miniatures ou XXL se glissent dans l’espace public, place Carnot, certaines devenant même du mobilier urbain. 

> Place Carnot.

 

Des jeux dans la ville

Dans le cadre de l’exposition EmpathiCITY, making our city together, réalisée avec le Réseau des villes créatives UNESCO de design, la Cité du design invite des designers à investir le territoire de la ville. L’association Carton plein est le commissaire local de ces interventions dans l’espace public, qui prennent pour terrain de jeu la Cartonnerie et ses 2 000 m2 situés au centre de Saint-Étienne. 

Avec Parcours de jeu, Carton plein invite deux collectifs à réaliser huit installations grandeur nature inspirées par ce quartier en pleine mutation. 

- Pour Ancrages, une fois de retour d’Irlande, les designers Sébastien Philibert et Laure Bertoni se sont immergés à Saint-Étienne pour imaginer in situ une série de cinq objets-jeux “ au cœur d’un délaissé urbain, devant la cour d’une école, au sein d’un square à l’abandon… ” Ces pièces uniques s’affranchissent des aires de jeux standards pour inviter enfants et adultes à “ jouer autrement la ville ”. 

- Avec Murs en jeu, l’architecte Juliana Gotilla et la designer Lola Diard interrogent le statut des murs délaissés à travers le prisme du jeu. Elles utilisent ces décors invisibles, neutres, sans qualité, de la vie urbaine comme “ une opportunité d’échange avec les citoyens ”. “ Que ce soit en affichant, en peignant, en amenant du relief, nous habitons les épaisseurs afin de créer des interfaces ludiques, des espaces de friction, activateurs de nouveaux usages ” explique Carton plein. Immergés dans la ville depuis six mois, les designers ont procédé à des ateliers dans les écoles, à des jeux avec les automobilistes et les riverains, à des performances, à des observations et à des discussions, afin d’associer de nombreux acteurs de la ville à ce projet, qui se découvre à travers un véritable jeu de piste. 

 

> Parcours de jeu
Dès le 13/03. Carte-parcours (gratuite) pour jouer avec et dans la ville. À récupérer à la Cartonnerie ou sur http://lacartonnerie.blogspot.fr. Durée : 1h, à pied ou en poussette. 

> Rendez-vous : 
- Le 18 : projections et grands jeux dès 19h.
- Le 20 : après-midi jeux avec constructions, grands jeux, dessins, jardinage... De 14h à 18h.
- Le 23 : inauguration du Parcours de jeu avec les équipes de designers à 15h. De 15h à 19h : après-midi “ Jeux de conceptions ” (jeux de plateaux, de constructions pour concevoir les espaces publics). Parcours de jeu nocturne et grande soirée “ Jeux projetés ”, de 20h à 23h.

> La Cartonnerie, 45 rue Boisson. 

 

Au château avec Mickey et Donald

Mettre du mobilier moderne et des statuettes de BD dans un décor du 18e siècle, c’est le défi lancé par le château des Bruneaux pour la Biennale du design. La société Leblon-Delienne, pionnière du “ design BD ”, est en effet invitée à meubler deux salons du château forézien. Elle a débuté son activité en 1983 par la création de statuettes, avant de concevoir du mobilier design inspiré par la ligne claire chère aux dessinateurs de BD, “ style pur fait d’élans, de courbes et de couleurs ”, explique le dirigeant de l’entreprise de design. Par ces créations originales tirées de l’âge d’or de la BD, des années 50 à 70, il espère “ faire revivre au public les moments magiques de l’enfance à travers un design émotionnel ”. Seront notamment exposés un fauteuil Chaland, hommage au dessinateur du même nom, des fauteuils ligne claire ou une table B.A.BA, autour de figurines de Mickey, Donald, Gaston Lagaffe, Astérix et Obélix en taille réelle.

> Château des Bruneaux à Firminy.

 

Quand la machine comprend l'homme

De Terminator à Matrix, la science-fiction a souvent imaginé une humanité dominée intellectuellement par ses propres machines qu’elle ne maîtrise plus. Et bien d’après un futurologue réputé, Ray Kurzweil, ce moment - qu’on appelle “ singularité ” - où la machine prend le pas sur l’homme est pour… 2030 ! Mais le scénario n’est pas forcément catastrophe et les machines malveillantes. Dotées d’“ empathie numérique ” et “ compréhensives ”, elles peuvent augmenter nos capacités (comme les smartphones qui sont devenus des extensions de nos facultés cognitives, ou les prothèses corporelles et puces RFID) et nous permettre d’accéder à une nouvelle humanité. C’est le pari de l’exposition Singularité, qui propose aux visiteurs d’expérimenter les objets de cette empathie numérique qui ouvre de nouveaux champs de perception et de nouvelles altérités. 

> Cité du design, bâtiment H.

 

La Pologne à portée de jeux

L’exposition Irrépressible besoin de joie présente des jouets d’extérieurs nés de rencontres entre conservateurs, designers et artisans polonais. Ces mégajouets font souvent référence à des motifs décoratifs ou à l’artisanat traditionnel de Petite-Pologne que recèle le fonds du Musée ethnographique de Cracovie. Ils rendent hommage aux anciennes techniques picturales, de découpage, de vannerie et de sculpture sur bois. Transformés et réinterprétés pour l’espace public, ces jouets d’extérieur – qui tranchent avec les aires de jeux sur catalogue – jalonnent le parc François-Mitterrand et proposent aux familles une découverte interactive et joyeuse de l’ethnodesign polonais. 

> Parc François Mitterrand, Bld Janin.

 

Les coulisses du design

Dévoiler “ tout le process du design, des dessins aux objets finis ”, c’est la vocation de l’exposition Visible, présentée à l’ancienne école des Beaux-Arts de Saint-Étienne. “ Il s’agit d’entrer dans l’univers du designer par des choses très visuelles, par un aller-retour entre les premières esquisses et les objets finis ” explique Morgane Pluchon, commissaire de l’exposition. À côté d’objets finis ou prototypés par des entreprises, Visible montre les dessins, maquettes, textes d’intention, mais aussi les courriers entre le commanditaire et le concepteur qui ont présidé à leur fabrication. C’est une façon visuelle et imagée de comprendre l’univers créatif, mais aussi les contraintes des designers. Pour que le tour d’horizon soit le plus représentatif possible, Morgane Pluchon a choisi des designers français et étrangers – dont une valeur montante : l’italien Luca Nichetto -, un grand studio qui conçoit du mobilier urbain pour la ville de Genève aussi bien qu’un designer lyonnais, Amaury Poudray, qui travaille avec des artisans d’art. Des ateliers pour les enfants seront proposés les dimanches après-midi, avec un memory géant sur le mobilier ou un jeu consistant à relier les esquisses aux objets finis correspondants. 

La même démarche anime l’exposition Public & Design proposée par trois jeunes designers sortis de l’ESADSE. Ils invitent le public à partager les étapes de leur cheminement créatif à travers trois pôles d’expérimentation portant sur les dessins, les assemblages et les matières et enfin l’ergonomie, ce dernier atelier permettant de tester soi-même le confort des solutions choisies.

> Ancienne École des Beaux-Arts, 15 rue Henri Gonnard.

 

Ces objets qui nous sourient

Si l’humour est souvent le bienvenu dans le design d’objets destinés aux enfants, les tétines se parant de moustaches ou les bonnets de crêtes de coq, il ravale assez vite l’objet au rang de “ gadget ” futile dans le monde des adultes. Pourquoi les objets qui entourent nos vies ne nous sourient-ils pas ? L’exposition Vous voulez rire ? s’interroge sur l’esprit de sérieux et d’épure qui souffle sur le design et fait si peu de place à humour, alors qu’il peut “ tour à tour apporter de l’empathie et dédramatiser des rituels lourds, inviter à suivre un chemin que nul n’aurait pris, et surtout raviver le quotidien ” estime Benjamin Girard, commissaire de l’exposition. C’est ainsi que, plutôt que de faire la morale aux jeteurs de chewing-gums, la ville de Besançon a préféré, avec succès, prendre les chemins détournés du sourire en installant des cibles à chewing-gums. 

L’exposition présente les réalisations d’éditeurs comme Alessi, Moooi ou Atypyk (auteur d’une règle revolver pour tirer des traits aussi bien que des coups de feu imaginaires !) ou de designers souvent engagés, qui ont fait de l’humour une marque de fabrique. Pour rendre hommage à l’architecture de l’église Saint-Pierre, conçue par Le Corbusier, qui accueille l’exposition, les 5.5 designers promettent une scénographie “ aussi joyeuse qu’une poignée de confettis jetés en l’air ”. 

> Église Saint-Pierre, site Le Corbusier à Firminy.
 

Les goûters de la biennale

À l’initiative de la chambre de commerce et d’industrie de Saint-Étienne, plusieurs chocolatiers et pâtissiers de la ville ont travaillé avec un designer pour concevoir un mets “ spécial biennale ”. L’opération, baptisée Design Salé Sucré, associe ainsi la boulangerie Le Point du Jour à Styl O Déco, la pâtisserie Bureau et la Chocolaterie Mon Plaisir à BP Design et L’Art et la Manière à Caractère(s). Les créations culinaires sont à déguster en boutiques ou à la biennale, en présence du designer sur certains créneaux horaires. Une façon de goûter à un pan du design en plein essor : le design culinaire. 

> Détails des lieux sur www.biennale-design.com Du 19 au 22/03, à 18h.

 

Anne-Caroline Jambaud 


BIENNALE INTERNATIONALE DESIGN

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