À chacun sa rentrée

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Terminus des vacances. La rentrée des classes a sonné, avec son flot d’émotions et d’appréhensions. Parents, enfants, grands-parents et enseignants nous livrent leurs impressions ou souvenirs sur ce grand moment rituel. Micro. 

Par Aude Spilmont.

 
Marie, professeur des écoles en maternelle
C’est ma vingtième rentrée scolaire et c’est un moment que je vis toujours avec autant d’émotion et qu’il ne faut surtout pas rater. Durant les deux jours de prérentrée entre enseignants, mon stress monte. Mais une fois que la porte s’ouvre et que les enfants arrivent, je me sens libérée. Une queue de 30 petites têtes se forme devant la classe. On voit des visages fermés et des visages souriants. J’attache beaucoup d’importance à mettre tout de suite un prénom sur chaque visage et à accueillir chaque enfant. Ce qui me semble primordial, c’est la mise en confiance des élèves pour entrer dans les apprentissages. Nous allons passer 6 heures ensemble par jour durant une année et je souhaite qu’ils viennent avec bonheur à l’école. Avec les parents qui nous confient leur enfant, une relation de confiance doit aussi s’instaurer. C’est d’ailleurs chouette de retrouver des parents dont j’avais déjà eu un des enfants aînés dans ma classe. Je les sens toujours plus sereins. Ce qui me réjouit aussi, c’est d’entendre des parents dire à leurs enfants « passe une agréable journée et prends du plaisir ». C’est pour moi beaucoup plus important de dire cela à un enfant plutôt que « sois sage, écoute ta maîtresse et concentre-toi ».
 
Elena, maman de Marco, 3 ans, et Lili, 8 ans
Mon petit dernier entre en maternelle cette année. Pour sa sœur aînée, j’avais la boule au ventre le jour J. En fait, après 10 minutes passées dans sa classe, elle m’a dit : tu peux y aller maman. C’est elle qui m’a rassurée. Cette fois, il faut que je gère mieux mes émotions. Comme parent, on est parfois plus inquiet que ses enfants. Je crois que l’entrée à l’école est un rituel de passage. Il faut accepter que nos enfants grandissent, deviennent plus autonomes. 
 
Jessy, 10 ans
À l’école on est un peu enfermé, comme dans une prison. On a envie de s’évader. C’est pour ça que j’aime la récré. On peut jouer et se faire bronzer. Parfois aussi à l’école on est puni. L’année dernière, la maîtresse m’a grondée parce que j’avais mis le pull d’une copine à la poubelle pour rigoler. J’aime bien quand même l’école parce qu’on apprend plein de nouvelles choses. Pendant les grandes vacances, je m’ennuie un peu alors je suis contente lorsque la rentrée arrive. Cette année je suis en CM2, donc chez les grands. L’année prochaine au collège, je serai chez les petits.
 
Nadir, 3 ans
Moi je vais aller à l’école. À l’école, c’est trop bien. On fait des dessins, on joue et on chante des chansons. Après manger, on va dormir à la couchette. Mon doudou, il ira avec moi à l’école. 
 
Emma, maman de Phileas, 6 ans
C’est une année de transition importante pour mon fils puisqu’il entre en CP. Je le sens prêt et fier de passer en primaire. Le temps de la maternelle lui a progressivement appris à devenir élève, à respecter les autres, à attendre son tour de parole… Et puis, il a très envie d’apprendre à lire et à écrire. Il déchiffre les boîtes de lait, les devantures de magasins… Pour l’achat des fournitures, nous avons trouvé un compromis. J’ai choisi le cartable solide qui fera bien trois ans et lui sa trousse rouge Iron Man. 
 
 
Pierrette, grand-mère de 80 ans
J’ai six petits-enfants de 9 ans à 31 ans. Je me suis toujours souciée de leur rentrée scolaire, car c’est un moment important dans la vie d’un enfant. Mais je leur dis toujours : il faut environ un mois pour reprendre le rythme et bien faire connaissance avec son enseignant ou ses professeurs. Pour moi, c’était différent quand j’étais petite. J’habitais dans une petite bourgade. Il n’y avait que trois classes de la maternelle au primaire. Tout le monde se connaissait bien et il n’y avait pas de mixité, puisque filles et garçons fréquentaient des écoles différentes. La rentrée scolaire se faisait au mois d’octobre, après les foins et le ramassage des patates. Parfois, je dis à mes petits-enfants qu’ils ont de la chance de s’instruire et d’apprendre des langues étrangères. Moi, j’aurais aimé continuer mes études mais à 14 ans, ma mère m’a envoyée travailler comme couturière car nous manquions de moyens. Mon beau-père était blessé de guerre et ma mère devait s’occuper de ma sœur handicapée. À cause de la guerre, je n’ai d’ailleurs pas pu passer la totalité des épreuves de mon certificat d’études. Je me souviens aussi de la religieuse qui dirigeait l’école. Elle refusait que nous chantions Maréchal nous voilà. Je n’ai su que plus tard, après la guerre, qu’elle appartenait à une famille de résistants. 
 

Mathias, professeur des écoles en CM2

La rentrée est toujours un moment que j’attends avec beaucoup d’impatience. Les élèves se suivent mais chaque année ne se ressemble pas. Dès les premiers contacts, on ressent quelle va être l’ambiance générale de la classe. Va-t-il falloir canaliser les énergies ou au contraire inviter certains enfants à être plus expressifs ? En début d’année, je demande aussi à chaque élève de se présenter oralement. D’où vient-il ? Quelles sont ses passions ? Ce cérémonial les impressionne toujours un peu mais c’est important pour moi de mieux connaître mes élèves. Je repère aussi assez vite le profil scolaire de chaque enfant. Il faut être attentif à tous : se rendre disponible pour chaque élève en difficulté, mais aussi permettre à ceux qui vont plus vite d’aller de l’avant. Par choix, j’enseigne depuis presque toujours auprès de CM2. J’aime les discussions avec mes élèves. Ils ont une curiosité et des questionnements très pertinents. En histoire par exemple, lorsqu’on étudie la Révolution française, les questions fusent : monsieur, qu’a-t-on fait des têtes décapitées ? Y a-t-il des descendants des rois de France aujourd’hui ? Parfois, il m’arrive d’être coincé sur une réponse à apporter. 
 
Clarisse, 15 ans
À la rentrée, papa et maman nous achètent des nouvelles fringues et nous allons chez le coiffeur, ce que je préfère. On passe aussi deux bonnes heures au supermarché pour trouver le crayon HB n° 5, la chemise rouge à élastique, le cahier piqué 24 par 32 à grands carreaux, le papier à dessin 90 g… Ma mère, un peu stressée, coche la liste au supermarché en marmonnant « faut rien oublier, on ne va pas y retourner ». Et puis vient le grand jour de la rentrée. Ce jour-là, je n’ai jamais de panne d’oreiller. Je retrouve mes amis et je prie pour être dans la même classe qu’eux. On découvre aussi des nouveaux profs. On se renseigne pour savoir s’ils sont du genre autoritaire et ennuyeux ou plutôt sympa et intéressant. Le soir, on revient avec des kilos de livres à couvrir. Et puis, à chaque rentrée, les parents recommencent à nous faire la chasse au trop de temps passé devant l’ordinateur et surveillent l’heure du coucher. Moi, je prends toujours de bonnes résolutions, en me disant que je vais effacer les mauvaises notes dans certaines matières, mais ça ne dure pas forcément. En fait, la rentrée, c’est à la fois nouveau et toujours pareil… 
Un éternel recommencement. 
 
 
Adrien, professeur de math en collège
Lors de ma première rentrée, je croyais qu’il suffisait d’arriver avec mon savoir en mathématique pour enseigner. En réalité, j’ai galéré toute l’année. La rentrée est un moment clé où il faut poser un cadre avec ses élèves. Il ne s’agit pas de faire de l’autoritarisme mais d’être clair sur les règles de travail. Être professeur est un métier de représentation qui ne supporte pas de flottement ou d’improvisation. Même si on suit les élèves de la 6e à la 3e, c’est aussi différent chaque année. Au collège, les élèves passent de 1,30 m à 1,80 m pour les plus grands. Ils changent physiquement mais aussi psychologiquement. Les sixièmes sont très curieux. En 3e, il y a parfois une lassitude avec laquelle il faut composer. Comme professeur de mathématique, j’observe également que c’est une matière « clivante » entre ceux qui l’aiment et ceux qu’elle rebute. Cela se ressent même chez les parents, qui communiquent à leurs enfants leur rapport aux maths. J’essaye de transmettre à mes élèves le plaisir que l’on peut éprouver dans ces jeux de raisonnements. 
 


À CHACUN SA RENTRÉE