Parce que ses pas l’ont conduit de nombreuses fois dans les Alpes des années trente aux années soixante, le musée de l’An­cien Évêché présente une facette mécon­nue du célèbre photo­graphe à travers l’ex­po­si­tion Les Alpes de Dois­neau. Qu’il s’agisse du papa facé­tieux en vacances en Isère, du témoin des boule­ver­se­ments sociaux de son temps, de la démo­cra­ti­sa­tion du tourisme en montagne ou du déclin du monde rural, les 120 photos noir & blanc de Robert Dois­neau ont un charme unique.

L’ac­cro­chage débute avec Le Rêve du petit Michel (Megève 1936), portrait atten­dris­sant d’un enfant endormi serrant dans ses bras une paire de skis. Les scènes de neige rappellent que le maté­riel de l’époque (ah les lunettes de soleil graphiques !) et l’école de ski ont bien changé depuis, que les chutes dans la poudreuse  suscitent toujours les mêmes grimaces et que les pistes étaient alors tota­le­ment désertes. Un senti­ment de paix et de joie émane de ces souve­nirs inti­mistes.

À l’étage, la série de photos réali­sées avec le comé­dien et violon­cel­liste Maurice Baquet nous plonge dans un registre plus humo­ris­tique. Dois­neau s’est amusé à mettre en scène son ami dans un paysage gran­diose. Aux photos de famille succèdent les photos “ biftecks ” comme il les appe­lait, commandes de maga­zines de l’époque. Enfin, la série dédiée à la trans­hu­mance des moutons, du Var jusqu’au Mercan­tour, illustre à merveille le regard tendre et huma­niste que ce merveilleux artiste portait sur ses contem­po­rains.

Blan­dine Dauvi­laire