Le concours de nouvelles jeunesse orga­nisé par Quais du Polar a pris fin le 29 mars dernier avec la remise de deux prix. Le jury, composé de l’au­teur Arnaud Almé­ras, de Quais du Polar et de Grains de Sel, à récom­pensé du prix Ecri­ture indi­vi­duelle le jeune Rémi Bollet pour sa nouvelle « Le mangeur de lettres ». Le prix de l’écri­ture en classe a été remis aux classes de 3e 1 et 2 du collège Clément Marot (Lyon 4e) dont nous repro­dui­sons les textes dans notre rubrique bonus.

 

La Croqueuse de mots

Marie Chan­te­clerc était une fille âgée de 16 ans, peu sociable. Sa plus grande passion était la lecture, personne ne l’avait jamais vue autre­ment que retran­chée dans un livre. Elle s’en inspi­rait pour s’in­ven­ter ses propres histoires rocam­bo­lesques. Ses parents lui offrirent le jour de son anni­ver­saire le nouvel ouvrage de son auteur préféré : Tom Free­man.

Mais lorsqu’elle entama le deuxième chapitre, les mots s’ef­fa­cèrent peu à peu, elle conti­nua mais aussi vite qu’elle tour­nait les pages, les mots s’en­vo­lèrent. Elle posa le livre, regarda autour d’elle comme si quelque chose avait changé mais rien n’avait bougé. Elle se leva et se diri­gea vers sa biblio­thèque, elle choi­sit un livre, l’ou­vrit et vit que tous les mots s’échap­paient un à un. Elle décida de consul­ter le diction­naire et à l’ins­tant où elle l’ou­vrit, les mots s’en­fuirent. Elle le referma aussi­tôt pour garder les mots prison­niers du diction­naire, mais elle se rendit vite compte que c’était trop tard, car une fois le livre ouvert, tous les mots inscrits n’exis­taient plus.

Pendant plus de deux jours elle se demanda ce qu’il se passait, pourquoi les mots s’ef­façaient, qu’est-ce qui avait chan­gé… Mais ses ques­tions restaient sans réponses ; alors elle décida d’al­ler véri­fier dans une librai­rie.

Elle prit au hasard une revue litté­raire, l’ou­vrit et ne vit aucun mot, la revue restait blanche et vide. Elle demanda au libraire de regar­der à son tour mais il ne vit rien non plus. Il lui dit qu’il ne compre­nait pas, qu’il avait lu cette revue le matin même et qu’elle était en parfait état.

Elle se rendit à la biblio­thèque, elle emprunta une ency­clo­pé­die, elle regarda et les mots prirent la fuite sous ses yeux. Elle se diri­gea vers un jeune homme qui était en train d’étu­dier. Elle se posi­tionna derrière lui, afin de jeter un œil sur son devoir, aussi­tôt les mots dispa­rurent. Le jeune homme se retourna, très mécon­tent, et lui cria : « Encore une croqueuse de mots ! » Toutes les personnes présentes se retour­nèrent, firent volte-face et l’obli­gèrent à quit­ter les lieux.

Marie partit en courant, se posa sur un banc et se mit à pleu­rer car elle comprit qu’elle devait être maudite. Elle voulait à tout prix savoir d’où venait le terme de « croqueuse de mots ». Elle voulait revoir l’étu­diant qui l’avait insul­tée pour qu’il le lui explique. Elle atten­dit qu’il s’en aille. Quand il sortit, elle l’ap­pro­cha, il recula. Elle lui demanda pourquoi il l’avait trai­tée ainsi et il lui raconta qu’elle avait une sorte de malé­dic­tion qui ne se trans­met­tait qu’aux personnes qui n’avaient pas de contacts humains, qui vivaient au travers des livres et dans leur imagi­naire. Il connais­sait ce problème car sa sœur, tout comme elle, avait les mêmes symp­tômes.

Le seul moyen de s’en sortir était de rattra­per les mots effa­cés. Elle devrait prendre contact avec ses semblables, récu­pé­rer tous les mots enten­dus et les resti­tuer sur une feuille. L’étu­diant, prétex­tant un rendez-vous, partit.

Marie rentra chez elle dépi­tée. Elle rédi­gea tout ce que lui avait expliqué l’étu­diant, et le livre à côté d’elle, comme par magie, se recons­ti­tua avec les mots qu’elle venait d’ins­crire. Tous les termes qu’a­vait utili­sés l’étu­diant et qu’elle avait retrans­crits dans son jour­nal se réins­cri­vaient dans le livre. Mais de nombreux blancs n’étaient pas comblés…

Elle en déduit qu’il fallait qu’elle noue des contacts avec toutes les personnes de son entou­rage pour pouvoir inscrire les mots dans son jour­nal et qu’ils réap­pa­raissent dans les livres. Elle devait se socia­bi­li­ser pour s’adon­ner à son loisir favori : la lecture.

Cela remet­tait en cause toute sa person­na­lité et du coup l’obli­geait à commu­niquer. Elle ne pour­rait plus rester dans son imagi­naire, il fallait qu’elle sorte de sa bulle et qu’elle affronte le monde. Ce n’était pas désa­gréable de discu­ter avec les autres, le plus fati­gant était de réécrire tout ce qu’ils lui racon­taient.

C’est ainsi que Marie Chan­te­clerc devint un écri­vain très célèbre par ses biogra­phies et put enfin finir le roman de Tom Free­man.

Manon Toscano – Collège Clément-Marot 3e2