Après Echoa (2001), Thomas Guerry (choré­graphe) et Camille Rocailleux (compo­si­teur) se rapprochent à nouveau du jeune public, tout en restant fidèles à leur univers singu­lier. Dépourvu de mots et truffé de sons, Traverse réunit à leurs côtés une danseuse déli­cate (Anne-Cécile Chane Tune) et un mime survolté (Émilien Gobard). 

Dans sa cuisine, un homme s’adonne à son rituel quoti­dien. Les gestes méca­niques qui rythment sa vie étriquée ont remplacé toute fantai­sie. Mais cette mono­to­nie va voler en éclats. Entre­mê­lant théâtre, musique et danse, les artistes de la compa­gnie Arcosm jouent une parti­tion chorale dans des tableaux qui usent, et parfois abusent, de l’ef­fet de répé­ti­tion. Sans véri­table fil auquel se raccro­cher, le spec­ta­teur glisse dans l’ima­gi­naire de cet anti­hé­ros dont l’uni­vers se disloque. Au concerto endia­blé pour placards et casse­roles succède un moment suspendu de pure poésie, avant une nouvelle séquence burlesque… En dépit de la qualité de ses inter­prètes, la (dé)construc­tion origi­nale de ce spec­tacle, qui décon­certe parfois, nous laisse un senti­ment mitigé. 

Blan­dine Dauvi­laire, pour Grains de Sel n°64, mars 2011.