Ma maman est en Amérique, elle a rencon­tré Buffalo Bill sortira le 23 octobre 2013. Mais cela fait déjà presque cinq ans que la société de produc­tion Label Anim travaille à ce dessin animé. Grains de Sel revient sur la genèse d’un projet qui a commencé à s’épa­nouir à Lyon et qui vient de rece­voir le Prix Spécial du Jury lors du Festi­val inter­na­tio­nal d’ani­ma­tion d’An­necy.

Par Véro­nique Le Bris.

Tout commence par un livre que Guillaume Galliot, produc­teur asso­cié de Label Anim, découvre. Un vrai coup de cœur ! Guillaume s’em­balle pour l’his­toire de Jean, ce petit garçon d’à peine six ans, qui rentre au CP et que l’on va suivre jusqu’à Noël. Jean est très impres­sionné par sa nouvelle école, sa nouvelle maîtres­se… Surtout, il ne comprend pas où est sa maman et n’ose le deman­der à personne : pas à son père, qui est un direc­teur d’usine très occupé, ni à son petit frère Paul, qui n’en sait pas plus que lui, ni à ses grands-parents mater­nels, chez qui il passe ses vacances de la Tous­saint. Seule Michèle, sa voisine de deux ans son aînée, lit des cartes postales du monde entier que sa mère lui aurait adres­sées. Alors l’ima­gi­na­tion de Jean s’en­vo­le… et comme il a beau­coup d’ima­gi­na­tion, sa vie devient une aven­ture.

• Fin 2008, Label Anim achète les droits du roman pour l’adap­ter en dessin animé. La première étape consiste à écrire le scéna­rio auquel Jean Regnaud, l’au­teur de la BD qui s’est inspiré de son enfance pour racon­ter l’his­toire de Jean, parti­cipe. Une dizaine de versions diffé­rentes sont conçues. 

• Le scéna­rio fini, la société de produc­tion pari­sienne Label Anim commence à cher­cher des finan­ce­ments et c’est au Cartoon Movie* de Lyon que les premiers parte­naires s’en­gagent. Le film trouve notam­ment un copro­duc­teur luxem­bour­geois, Mélu­sine, et un distri­bu­teur (c’est lui qui s’oc­cupe de sortir le film en salle quand il est fini), Gebeka, basé à Lyon. 

• Puisque le tour de table finan­cier semble bien parti, que les parte­naires sont suffi­sam­ment nombreux, il est temps d’“ entrer ” en produc­tion, un long proces­sus où les étapes se suivent dans un ordre précis. C’est la fabri­ca­tion du film en lui-même, qui va durer au moins deux années.  

• La première étape est celle des esquisses :

1. Les dessi­na­teurs commencent à adap­ter les dessins du livre pour le dessin animé. Pour chaque person­nage, ils réalisent des planches d’esquisses et sélec­tionnent les visages qu’ils utili­se­ront (image 1).

2. Ils font ensuite le même travail avec les diffé­rentes expres­sions.

3. Une fois les traits des person­nages dessi­nés, les colo­ristes choi­sissent de manière très  précise les couleurs pour chaque dessin.

4. Enfin, est évaluée la taille respec­tive des person­nages dans les espaces où ils évoluent. 

• De toutes ces études naît une “ bible ”, un docu­ment qui réper­to­rie toutes les réfé­rences néces­saires pour “ dessi­ner ” le film. Les détails four­nis doivent être très clairs et très précis, car l’ani­ma­tion et la colo­ra­tion sont faites au Luxem­bourg et en Chine. 

• Une fois tous ces éléments déter­mi­nés, on construit le story-board, qui raconte l’in­té­gra­lité du film en dessins, en suivant le scéna­rio. Comme une bande dessi­née sans paroles. 

• La deuxième étape consiste à enre­gis­trer les voix des person­nages. Cela se fait très en amont, afin que les anima­teurs puissent ensuite “ caler ” les actions des person­nages sur ce qui a été enre­gis­tré, notam­ment pour ce qui concerne les mouve­ments de leurs lèvres. 

• Main­te­nant que les person­nages sont bien étudiés, que leur voix sont enre­gis­trées, vient le temps de travailler sur les décors. Pour bien cerner l’am­biance que les dessi­na­teurs veulent donner au film, pour bien respec­ter les propor­tions et les pers­pec­tives, il faut repé­rer des endroits réels qui vont les inspi­rer. 

• Une fois toutes ces bases choi­sies, reste alors à dessi­ner conscien­cieu­se­ment chaque image - et quand on sait qu’un film passe 24 images par seconde, ça fait beau­coup de dessins, envi­ron 500 000 ! - pour pouvoir ensuite les animer. Et certaines fois, les dessins du livre ne conviennent pas tout à fait à la manière dont l’his­toire est racon­tée dans le film. Les dessi­na­teurs les adaptent (images 2 et 3)

• Plus de deux ans de travail à Paris, au Luxem­bourg et en Chine auront été néces­saires pour ache­ver Ma maman est en Amérique, elle a rencon­tré Buffalo Bill. Le film est enfin fini et a été  présenté au public pour la première fois le lundi 10 juin dernier, au Festi­val inter­na­tio­nal d’ani­ma­tion d’An­necy où il a reçu son premier prix. Rendez-vous le 23 octobre en salle ! 

Forum des longs-métrages d’ani­ma­tion.