Plus sombre et plus foison­nante que Yaël Tauta­vel ou l’en­fance de l’art et Jojo au bord du monde, la nouvelle fable de Stéphane Jauber­tie portée sur scène par Nino D’In­trona, aborde les rela­tions fami­liales dans ce qu’elles peuvent avoir de plus complexe.

Cette fois, il est ques­tion d’un père devenu «  haut comme une cerise » qui vit dans une boîte en carton sur la table de la cuisine, entouré par sa femme et son fils. Pour retrou­ver sa taille normale, il décide de partir à la conquête des sommets de la litté­ra­ture.

La mise en scène d’une grande déli­ca­tesse, l’at­mo­sphère aux accents japo­ni­sants et le jeu des comé­diens soulignent la dimen­sion univer­selle de l’his­toire. Une ascen­sion initia­tique.

Blan­dine Dauvi­laire

 

 

En s’at­taquant à Everest de Stéphane Jauber­tie, Nino D’In­trona entame une ascen­sion théâ­trale mythique, aux confins du merveilleux et du réel. Avec cette fable, il nous invite à fran­chir nos propres montagnes inté­rieures. Rencontre avec un metteur en scène qui prend de l’al­ti­tude pour faire respi­rer les mots. Par Blan­dine Dauvi­laire.

 

Everest raconte l’his­toire d’un père devenu “haut comme une cerise”, qui vit dans une boîte en carton sur la table de la cuisine, entouré de sa femme et son fils, et qui pour récu­pé­rer sa taille normale va partir à la conquête des sommets de la litté­ra­ture. Cette pièce foison­nante marque vos retrou­vailles avec l’écri­ture si parti­cu­lière de Stéphane Jauber­tie…

Après deux mises en scène de ses textes – Yaël Tauta­vel ou l’en­fance de l’art et Jojo au bord du monde – j’ai eu envie de lui passer une vraie commande et d’ap­pro­fon­dir encore notre colla­bo­ra­tion. Pour cela, je lui ai donné des pistes, parmi lesquelles se trou­vait le thème des rela­tions fami­liales, et il a écrit cette extra­or­di­naire histoire qu’est Everest.

 

Comment expliquez-vous que votre imagi­naire se conjugue si bien avec son écri­ture ?

Peut-être qu’é­tant un metteur en scène très visuel, je trouve dans l’écri­ture de Stéphane une langue qui contient beau­coup d’ac­tion et qui déchaîne mon imagi­naire sur le plateau. Par ailleurs, je regrette parfois de ne pas avoir la capa­cité d’écrire des poésies comme le fait Stéphane quand ses person­nages dialoguent. Je suis donc apaisé par la présence d’un texte fort qui me laisse de la place pour faire du plateau un objet en mouve­ment. Quand je lis Stéphane, il y a une empa­thie qui me permet de très vite imagi­ner le spec­tacle du début à la fin.

Quels défis vous a-t-il fallu rele­ver pour gravir cet Everest ?

Il fallait trou­ver comment faire rentrer l’Eve­rest sur le plateau ! Le repré­sen­ter, peut-être de manière symbo­lique, tout en lais­sant beau­coup de place aux comé­diens. J’ai choisi de travailler sur une toile blanche qui bouge tout au long du spec­tacle. La biblio­thèque et les livres sont aussi très impor­tants, sans oublier la table de la cuisine. La scéno­gra­phie du spec­tacle, qui est extrê­me­ment mini­ma­liste, permet au public d’al­ler dans les trois endroits méta­pho­riques et réels de la pièce.

Il y a dans ce mythe-conte une distance ironique et joyeuse qui permet de rire de ce qui peut paraître tragique.

Propos recueillis par Blan­dine Dauvi­laire.