Aire de jeux

Ludique et délu­rée, la deuxième édition de « Play Time », orga­ni­sée par le Centre choré­gra­phique natio­nal de Rillieux-la-Pape, explore de nouveaux terrains de jeu. Petit tour des réjouis­sances avec Olivier Perry, le nouvel admi­nis­tra­teur géné­ral du CCNR. 

Qu’est-ce que Play Time ?

Plus qu’un festi­val, Play Time est un temps consa­cré à l’en­fance et à la jeunesse, dans lequel nous convoquons des formes qui remettent un peu en cause la règle du jeu, la manière que l’on a d’ha­bi­tude de faire des spec­tacles pour le jeune public. Nous sommes convain­cus qu’il est extrê­me­ment impor­tant de propo­ser aux plus jeunes les formes les plus aven­tu­reuses possibles, qui posent des ques­tions telles que l’im­pli­ca­tion du spec­ta­teur dans l’œuvre, que ce soit direc­te­ment ou parce que les sujets qui sont abor­dés le concerne. Plutôt qu’être une program­ma­tion de plus pour le jeune public dans l’ag­glo­mé­ra­tion lyon­naise, nous souhai­tons que Play Time soit un grand et joyeux labo­ra­toire de spec­tacles pour la jeunesse.

Vous accueillez Le Sacre de Roger Bernat…

Roger Bernat travaille en premier lieu sur la ques­tion de l’im­mer­sion, comment un ado ou un adulte est immergé dans une œuvre d’art plutôt que simple­ment « regar­deur » de ce qui se fait. Mais je préfère ne pas en dire plus, car le metteur en scène souhaite qu’il y ait un effet de surprise (spec­tacle accueilli avec le festi­val Micro Mondes voir p. 22 et 23).

La soirée dédiée aux familles est compo­sée de deux spec­ta­cles…

Yonder woman d’Anne Nguyen et The Him de Yuval Pick sont deux œuvres (dès 12 ans) qui a priori n’ont rien à voir, sauf que les deux racontent l’ado­les­cence, les aspi­ra­tions d’une jeunesse, vues par une femme et par un homme. Anne est une voix singu­lière dans le monde du hip-hop aujourd’­hui, elle affirme de manière très marquée sa fémi­nité avec une qualité de travail vrai­ment précieuse. Elle montre comment deux jeunes femmes se projettent dans des situa­tions que la société ne leur prête pas habi­tuel­le­ment. C’est la ques­tion des super-héros et d’une affir­ma­tion héroïque.

Et dans The Him ?

Il y a aussi cette idée de l’hé­roïsme juvé­nile. La pièce a été créée en 2010 par Yuval Pick (le direc­teur du CCNR, NDLR) pour les étudiants du conser­va­toire supé­rieur de Paris, il l’a ensuite trans­mise au ballet de l’Opéra natio­nal du Rhin. Le choré­graphe a essayé de se souve­nir de sa propre adoles­cence, de l’ami­tié frater­nelle, de comment on s’ima­gine ce que sera sa vie à venir, le tout en se replon­geant dans la musique du groupe New Order. Cette éner­gie de la jeunesse est en même temps tein­tée d’une forme de gravité.

Vous repre­nez Parti­tuur d’Ivana Müller…

Le spec­tacle a eu un grand succès l’an­née dernière et nous trou­vons que c’est une expé­rience tout à fait excep­tion­nelle qui est offerte aux enfants dès 7 ans. Munis d’un casque audio, ils sont amenés à accom­plir un ensemble d’ac­tions qui petit à petit font sens dans leur esprit.Ils fabriquent eux-mêmes quelque chose qui est entre le spec­tacle et le jeu choré­gra­phié, c’est un objet abso­lu­ment passion­nant.

Et enfin Têtes à Têtes, une pièce pour les tout-petits dès 3 ans…

Par une choré­graphe brési­lienne complè­te­ment folle : Maria Clara Villa-Lobos ! Il y a toujours chez elle un sens de l’ab­surde, un grain de folie, une éner­gie abso­lu­ment débor­dante, des univers très colo­rés. Il faut juste se lais­ser aller, ouvrir son sens de l’hu­mour, ses yeux, car il y a énor­mé­ment de mouve­ments, de couleurs et un enthou­siasme commu­ni­ca­tif dans son travail.

Comment pensez-vous faire évoluer Play Time ?

Sans dévoi­ler ce que sera la prochaine édition, nous avons envie d’al­ler encore plus loin dans ce type de labo­ra­toire joyeux. C’est pourquoi  nous sommes membres, avec le festi­val Micro Mondes, d’un réseau euro­péen qui s’ap­pelle Bamboo et s’étend à l’Ita­lie, l’An­gle­terre, la Belgique et la Serbie. Son but est d’in­vi­ter des artistes qui n’ont jamais fait de spec­tacles pour le jeune public à créer chacun un objet, que ce soit une œuvre choré­gra­phique, une instal­la­tion ou même un jeu. Ce labo­ra­toire qui est en train de s’ou­vrir montrera ses résul­tats de travail l’an prochain, avec des spec­tacles qui seront pour la plupart des premières.

Par Blan­dine Dauvi­laire.