Ella et Pitr sont deux trublions qui inves­tissent les murs de Saint-Étienne avec des géants de papiers furieu­se­ment poétiques. Rencontre avec Ella, du duo des Papiers peintres. 

Comment votre duo s’est-il formé et qu’est-ce qui vous pousse à faire de la rue votre terri­toire d’ex­pres­sion spon­ta­née ? 

Pitr vient du monde du graf­fiti. Moi, j’ai fait une école de cirque et la Comé­die de Saint-Étienne, mais j’ai toujours dessiné en paral­lèle. Nous nous sommes rencon­trés au hasard d’une rue, en collant des affiches. On a décidé de dessi­ner ensemble et ce travail en commun a pris le pas sur tout le reste. Dans la rue, le public n’est pas restreint. Nos affiches appar­tiennent à tout le monde et nos person­nages sont comme des témoins silen­cieux dans la ville, des contre­points au flux.

Vos œuvres ne s’im­posent pas mais s’im­miscent dans l’exis­tant. Comment se fait le choix des murs ?

Par affi­nité. On choi­sit plutôt des murs qui ont de l’usure et des couches d’exis­tant. Nous travaillons aussi parfois sur du béton brut, où la matière dessine comme des nuages. L’image est le fruit d’une rencontre entre le mur et le dessin. 

Comment travaillez-vous sur ces affiches déme­su­rées ?

Nous prépa­rons tout dans un grand atelier que la ville de Saint-Étienne met à notre dispo­si­tion depuis près de deux ans. Nous travaillons à l’encre de Chine, à l’acry­lique et aux craies grasses sur de grands rouleaux de papiers jour­naux vierges que nous récu­pé­rons dans des impri­me­ries. 

Dans la gale­rie de vos person­nages, vous semblez avoir une tendresse parti­cu­lière pour les mémés…

Je crois que ça vient de ma grand-mère. Nous avons bien d’autres person­nages, mais il y a un effet de mascottes de ces grands-mères qu’on nous demande. Ce qui plait est l’éner­gie qu’elles dégagent. Elles sont déca­lées de l’image de la vieillesse crou­pis­sante. 

Votre trait dégage une narra­tion sensible et facé­tieuse. Vous sentez-vous proches de l’uni­vers de l’illus­tra­tion jeunesse ?

L’illus­tra­tion jeunesse nous inté­resse beau­coup. Nous avons d’ailleurs fait un album pour enfant qui vient de paraître aux éditions Jarjille. Pour autant, nous ne reven­diquons pas clai­re­ment cette filia­tion. On nous compare aussi souvent à Ernest Pignon-Ernest. Sans doute qu’il nous a marqués incons­ciem­ment. Mais notre nour­ri­ture est plus faite de la vie quoti­dienne et de l’ob­ser­va­tion des gens. Un peu comme dans le théâtre et le cirque, ce qui nous inté­resse, c’est le mouve­ment, l’éner­gie du corps dans certaines situa­tions. Nous sommes aussi atta­chés à la dimen­sion éphé­mère de nos affiches, qui se dégradent avec le temps. Nous ne faisons pas des fresques pérennes mais des réponses spon­ta­nées au quoti­dien et dont le temps de repré­sen­ta­tion est limité. 

Vous avez aussi créé des cadres en suggé­rant aux passants de se photo­gra­phier devant. Avez-vous eu beau­coup de contri­bu­tions ? 

Nous avons reçu plus de 3 000 photos de villes où nous sommes passés, que nous mettons sur une page inter­net. Ce qui nous inté­resse, c’est de dres­ser le portrait d’une société à un moment donné. Certaines personnes posent de façon très simple, d’autres font des mimiques. Ces portraits racontent aussi comme les gens ont envie de se montrer. 

Votre parcours vous a conduits à inves­tir des lieux plus offi­ciels et auto­ri­sés : gale­ries, musées. Vous avez égale­ment réalisé les illus­tra­tions du programme de la Comé­die de Saint-Étienne. Est-ce un abou­tis­se­ment ou une démarche paral­lèle ?

C’est plutôt une démarche paral­lèle qui nous permet de subven­tion­ner indi­rec­te­ment le travail que nous faisons dans la rue. Le travail insti­tu­tion­nel n’est pas une fin en soi pour nous. Mais les contraintes impo­sées sont inté­res­santes. Elles nous permettent, para­doxa­le­ment, d’ex­plo­rer d’autres dimen­sions que nous n’abor­dons pas dans un travail en toute liberté. 

Quels sont vos projets ?

Nous serons trois mois cet hiver en rési­dence à Santiago du Chili. Nous ne sommes personne là-bas et c’est très exci­tant d’al­ler en terrain inconnu. La réali­sa­trice Françoise Romand, qui nous a suivis pendant deux ans, s’ap­prête aussi à sortir un film qui sera présenté au cinéma Le Méliès en décembre. 

 

Propos recueillis par Aude Spil­mont

 

Les petits + de Grains de Sel :

– Le parcours pour voir leur collages à Saint-Etienne : voir la carte
– Leur site inter­net : papiers­peintres.net.
– Pour les renonc­trer : signa­ture de leur album jeunesse Renverse ta soupe, Éditions Jarjille, le 12 octobre 2013 après-midi sur le stand de la librai­rie Croque­li­nottes, Fête du livre de Saint-Étienne, chapi­teau jeunesse.

Leurs bonnes adresses à Saint-Étienne, en famille :

• La librai­rie Lune et l’Autre, un lieu chaleu­reux tenu par deux 
  chouettes filles et plein de rayons. 19, rue Pierre-Bérard.

L’Es­ta­mi­net, un bistrot rempli d’objets à l’an­cienne où notre fils 
  aime boire un sirop. Place Four­ney­ron.

• Le col du Guizet. On va y lancer le soir des lanternes magiques 
  qui s’élèvent comme des mont­gol­fières.

• Le M.U.R. de Saint-Étienne, un ancien espace publi­ci­taire de 
  8 mètres par 3, investi chaque mois par un artiste diffé­rent. 
  Rue du Frère-Maras.