Maj, une petite fille dégour­die qui vit avec son oncle, un balaise tatoueur tatoué, rêve d’une famille normale. Avec un père, une mère, un grand frère et un chien. “ Les mômes et les tatouages ne font pas bon ménage ”, a coutume de répé­ter Sonny, l’oncle musclé. Fuyant un tatouage raté, ils quittent préci­pi­tam­ment la ville, tous les deux, pour vivre une série d’aven­tures rocam­bo­lesques. Jusqu’à se consti­tuer une famille de cœur. Dès le départ, ce dessin animé en papier découpé danois rompt avec les codes habi­tuels. Une petite fille et un tatoueur, on n’avait jamais vu ça ! Dommage pour­tant qu’au fil de l’aven­ture, l’his­toire rentre dans le rang… pour mieux en ressor­tir à la fin. La vita­lité des person­nages et leur look incroyable nous invitent en tous les cas à sortir des sentiers battus. 

Véro­nique Le Bris

 

PORTRAIT

Qu’ont en commun Mon tonton, ce tatoueur tatoué et Lili à la décou­verte du monde sauvage ? 

Ils seront sur les écrans en octobre, l’un le 17, l’autre le 31. Surtout, ils émanent du même distri­bu­teur, Cinéma Public Films, dont l’his­toire sort de l’or­di­naire.

Par Véro­nique Le Bris.

 

Peut-être avez-vous croisé Valen­tin Rebondy, le jeune direc­teur de Cinéma Public Films, lorsqu’il est venu animer une projec­tion de L’Ours et le magi­cien ou de Cape­lito ? C’est en tout cas l’un des tours de force de cette société, aujourd’­hui unique­ment spécia­li­sée dans les films pour les 2 - 6 ans. Ce qui n’a pas toujours été le cas. 

Cinéma Public Films est né en 1984, sous l’im­pul­sion de Jacques Atlan, adjoint à la culture de la mairie de Leval­lois-Perret, près de Paris. Grand-père engagé de Valen­tin Rebondy, ce banquier d’af­faires s’est battu bec et ongles pour sauver les salles de cinéma muni­ci­pales et leur donner une voca­tion péda­go­gique. Dans ce but, il crée l’as­so­cia­tion Cinéma public films, dont émane Ciné-Junior, un festi­val pour enfants dont l’am­bi­tion est de leur faire décou­vrir les ciné­mas du monde entier. À l’époque, le Disney de Noël règne en maître et les salles commu­nales y ont rare­ment accès. Jacques Atlan décide alors de faci­li­ter la distri­bu­tion natio­nale du film primé chaque année à Ciné-Junior, en créant lui-même une struc­ture de distri­bu­tion, Cinéma Public Films. C’est ainsi que Les Aven­tures de Pinoc­chio de Luigi Comen­cini ou encore Black Jack de Ken Loach ont été diffu­sés en France. 

En 2001 Valen­tin Rebondy rejoint la societé et en 2004, il reprend les rênes de l’en­tre­prise et choi­sit de la spécia­li­ser sur le tout jeune public : “ Je savais qu’il y avait un poten­tiel, qu’en se disper­sant moins, nous avions les moyens de faire quelque chose de bien. Et puis c’était un choix affec­tif ”. Depuis 1996, Valen­tin a un coup de cœur pour le cinéma d’ani­ma­tion letton, celui des studios AB de Riga, spécia­listes de la marion­nette. À la faveur de leur version des Trois mousque­taires, sortie en France en 2006, le jeune direc­teur joue la carte de la proxi­mité avec les salles. “ Le studio AB m’a prêté des marion­nettes qui avaient servi à la fabri­ca­tion du film. J’ai proposé au public de 70 salles de lui faire une démons­tra­tion sur place ”, résume-t-il. Et ça marche. En 2008, Valen­tin rempile pour Le Bal des lucioles dans 120 ciné­mas. 

Au fur et à mesure, ses anima­tions se profes­sion­na­lisent. Une mallette péda­go­gique est créée pour L’Ours et le magi­cien (2009), une partie des décors ache­mi­née, des docu­ments à desti­na­tion des ensei­gnants distri­bués. À chaque fois, l’ac­cueil public est plus qu’en­cou­ra­geant et les liens se tissent avec les exploi­tants. Mais il faut se renou­ve­ler. La chance lui sourit quand Cape­lito, l’amu­sant cham­pi­gnon espa­gnol, appa­raît en 2010. Il est en pâte à mode­ler. L’idée d’un atelier est donc lancée. Trois tonnes et demie de maté­riel sont ache­mi­nées à travers la France, pour des séances de mode­lage qui accueillent jusqu’à 250 enfants ! 

Le pari est enfin gagné. Non seule­ment Cinéma Public Films parvient dès 2011 à tenir son objec­tif de sortir quatre films par an, mais les anima­tions sont désor­mais assu­rées par les exploi­tants avec le maté­riel fourni. Ce fut le cas pour Des animaux fous, fous, fous et surtout pour Le Jardi­nier qui voulait être roi, sorti en février dernier. 

Cinéma Public Films va pouvoir varier ses projets. La sortie de Mon tonton, ce tatoueur tatoué sera accom­pa­gnée d’un atelier sur la tech­nique du papier découpé, animé par un profes­sion­nel. Celle de La Pomme et du ver, en février 2013, d’un goûter fruits et légu­mes… Enfin, pour l’ins­tant. Car l’ima­gi­na­tion de la jeune équipe (ils sont trois désor­mais) tourne à 100 à l’heure. 

Leurs dernières idées ? Amener les exploi­tants de salles sur un tour­nage à Riga ; encou­ra­ger les tout jeunes auteurs en anima­tion à s’in­té­res­ser au cinéma, et pas seule­ment à la télé­vi­sion comme c’est le cas aujourd’­hui et, pourquoi pas, ouvrir une salle de cinéma pour y tester les ateliers les plus inno­vants qui soient. Un rêve que ne renie­rait sûre­ment pas Jacques Atlan.