Jona­than a embrassé Latifa dans la cour du lycée. Tous les témoins de la scène sont en émoi. Plus qu’un simple baiser, cet embra­se­ment des cœoeurs bous­cule les garçons et les filles. Même la voisine de 80 ans est atten­drie par la scène obser­vée depuis sa fenêtre.
Sans fausse pudeur, avec des mots parfois crus, Luc Tartar évoque le vertige amou­reux qui fait chavi­rer les corps la toute première fois. Fougueux, d’une vive intel­li­gence, son texte est mis en scène avec inten­sité par Éric Jean. Les quatre ados et la vieille dame, qui inves­tissent la scène de toute leur âme, nous font parta­ger leurs espoirs et leurs doutes. Chacun à sa façon évoque cet incen­die merveilleux qui dévore tout sur son passage. La scéno­gra­phie dépouillée et l’am­biance musi­cale inspi­rée portent haut le travail du Théâtre Bluff. Spécia­listes du public adoles­cent, ces artistes québé­cois font preuve d’un sacré talent. S’em­brasent est un spec­tacle puis­sant, émou­vant, qui parle fort à tous ceux qui ont déjà senti leur cœur s’em­bal­ler. Un cadeau rare.

Blan­dine Dauvi­laire