Une fois n’est pas coutume, le musée Paul-Dini et la Fonda­tion Bullu­kian unissent leurs regards perti­nents sur l’art contem­po­rain pour présen­ter une expo­si­tion en deux volets sur le thème des Passages. Fenêtres, portes, archi­tec­tures, visions inté­rieures ou exté­rieures sont au centre des œuvres sélec­tion­nées. 

À Ville­franche, Samuel Rous­seau présente deux instal­la­tions conçues à partir de bidons en plas­tique sur lesquels sont proje­tées des vidéos qui font sourire. Tout à côté, les photos de Jacque­line Salmon nous trans­portent dans des palais véni­tiens déca­tis dont elle capte toute la mélan­co­lie à travers les miroirs. Plus monu­men­tales, les « pein­tures-lumières » de Patrice Giorda évoquent ses années de pension­nat aux Laza­ristes et célèbrent l’ef­frac­tion lumi­neuse qui fait vibrer l’es­pace. Chez Jacques Truphé­mus (dont le musée possède la plus grande collec­tion française), les toiles sont de subtiles fenêtres ouvertes sur la nature et l’âme de l’ar­tiste. Donnant accès à son univers person­nel, la porte en bois retra­vaillée par Jérémy Gobé s’ha­bille de sangles sculp­tées qui nour­rissent l’ima­gi­naire. Évoquant des façades d’im­meubles et les tableaux de Mondrian, les œuvres peintes sur plaques d’alu­mi­nium par Damien Beguet sont consti­tuées de cases remplies d’acry­lique à la petite cuillère. Peintre, écri­vain, poète, Jérémy Liron crée une œuvre forte en juxta­po­sant six morceaux d’un même paysage recou­verts de Plexi­glas. Par le jeu des reflets, le visi­teur inscrit sa présence dans l’es­pace géomé­trique.

À la Fonda­tion Bullu­kian, Damien Beguet accroche ses mires T.V., loin­tain souve­nir d’un monde autre­ment cloi­sonné. Derrière une vitre un peu floue, Jean-Antoine Raveyre immor­ta­lise une jeune mariée. En face, avec poésie, Truphé­mus laisse la nature s’im­mis­cer dans la maison. Et Jérémy Liron capture la lumière chan­geante qui se pose tout au long du jour sur un même bâti­ment. Seule artiste à avoir travaillé in situ, Auré­lie Pétrel imprime ses photos consa­crées aux usagers des biblio­thèques sur de grandes bâches micro­per­fo­rées. Astu­cieu­se­ment placé, l’un de ses person­nages semble obser­ver le jardin de la Fonda­tion. Propice aux décou­vertes artis­tiques, ce double parcours fera la joie des petits comme des grands.  

 

Blan­dine Dauvi­laire