Il est des utopies qui ne sont pas des illu­sions perdues. Comment imagi­ner la cité et l’ha­bi­tat pour mieux vivre ensemble ? Peut-on penser le progrès social et rendre plau­sible l’har­mo­nie entre l’in­di­vidu et le collec­tif ? Ce rêve éveillé a prévalu à la réali­sa­tion de 5 sites majeurs de l’ar­chi­tec­ture moderne autour de Lyon. Tous ont été conçus par des archi­tectes vision­naires : la cité Tony-Garnier (Lyon 8e), les Gratte-Ciel de Villeur­banne, la cité des Étoiles à Givors, le couvent de La Tourette à Éveux, la cité Le Corbu­sier de Firminy. Sous l’in­ti­tulé « Les Utopies réali­sées », ce patri­moine archi­tec­tu­ral majeur raconte l’am­bi­tion de trans­for­mer radi­ca­le­ment les condi­tions de vie des habi­tants au 20e siècle. À partir des années 30, il faut en finir avec la carence et l’in­sa­lu­brité des loge­ments au profit du confort. Ce courant de l’ar­chi­tec­ture moderne, qui suit la première guerre mondiale, affirme égale­ment un idéal univer­sel par une esthé­tique épurée, dénuée de réfé­rences cultu­relles. La réflexion sur l’ur­bain promeut enfin le lien social. Au-delà de l’es­prit commun, chacun des sites témoigne aussi de la créa­ti­vité de ses archi­tectes. La mise en scène de la lumière et le dialogue entre sacré et moder­nité du couvent de La Tourette, de Le Corbu­sier, en font un endroit unique. La singu­la­rité de la cité des Étoiles de Jean Renau­die tient dans une combi­nai­son complexe en forme trian­gu­laire, où chaque loge­ment est unique. Tous exem­plaires, ces 5 sites ont la parti­cu­la­rité d’être des patri­moines habi­tés. Comment y vivent aujourd’­hui leurs habi­tants ? C’est à cette perti­nente ques­tion que l’ex­po­si­tion « Utopies réali­sées, parole aux habi­tants » tente de répondre. Présen­tée au couvent de La Tourette, cette expo­si­tion invite à s’im­mer­ger dans un kaléi­do­scope sonore, accom­pa­gné d’une petite série de photo­gra­phies. Des témoi­gnages, recueillis in situ par un socio­logue, donnent à entendre comment sont ressen­tis ces endroits par ceux qui y habitent. Afin que vous puis­siez sentir ces lieux et parce que l’ar­chi­tec­ture s’ap­pré­hende aussi avec son corps, chaque site s’offre égale­ment à la visite. 

Aude Spil­mont