Linda Sanchez est une artiste singu­lière. Éprise de sculp­ture, passion­née par les proprié­tés des maté­riaux, elle a entamé un proces­sus de recherche sur « le mouve­ment de la goutte d’eau ». Contre toute attente, le résul­tat est aussi poétique que scien­ti­fique et fran­che­ment passion­nant. Pour commen­cer, la jeune femme a observé de très près, très long­temps, des gouttes d’eau. Elle a même construit de grands tobog­gans pour mieux les cana­li­ser. La vidéo qui ouvre l’ex­po­si­tion nous invite à contem­pler une goutte de 1 cm en action : le reflet de la lumière natu­relle sur sa surface, sa manière de rouler, d’ac­cé­lé­rer lorsqu’elle avale d’autres gouttes, ou au contraire d’être frei­née dans sa course, son compor­te­ment lorsqu’elle croise un insecte, sa façon d’em­me­ner la pous­siè­re… Fasci­nant. Ensuite, Linda s’est inté­res­sée aux traces lais­sées par l’eau lorsqu’elle se retire de la surface étudiée. Elle a dessiné image par image la mémoire de la goutte, super­posé vidéo et dessin, créé des frises en noir et blanc aussi spec­ta­cu­laires que graciles, qui évoquent des tissages arach­néens ou des rele­vés topo­gra­phiques. Enfin, elle a pour­suivi ses expé­riences sur le plateau de ruis­sel­le­ment qui trône au centre de la pièce. Les gouttes, qui s’écoulent sans inter­rup­tion sur ce carré de plexi­glas poncé, s’étalent, s’épuisent, les pous­sières qu’elles char­rient révèlent la vitesse et le chemin emprunté, le visi­teur est absorbé par ce voyage sans cesse réin­venté. Quelques macro­pho­tos complètent cette plon­gée onirique en milieu humide.
Par son regard et son geste artis­tique, Linda Sanchez révèle la beauté et la force d’une chose qui semblait anec­do­tique. Elle touche aussi du doigt le mystère de la vie et, comme par magie, trans­forme les pluies à venir en spec­tacles extra­or­di­naires.
 
Blan­dine Dauvi­laire



Inci­dents de surface

Entrée libre du mardi au samedi, de 13h à 19h.