Gérard Lecointe monte le son à Oullins

Bonne nouvelle : le fonda­teur du groupe des Percus­sions Claviers de Lyon (PCL) prend la direc­tion du théâtre de la Renais­sance à Oullins. Musi­cien émérite, compo­si­teur arran­geur aux goûts éclec­tiques, Gérard Lecointe défend depuis toujours et avec exigence la créa­tion jeune public. Rencontre avec un artiste qui connaît la musique. Par Blan­dine Dauvi­laire.

Votre arri­vée à Oullins est-elle syno­nyme de chan­ge­ment pour le théâtre de la Renais­sance ?

Le théâtre et la musique demeurent les deux compo­santes majeures de ce lieu. La Renais­sance est une scène conven­tion­née musique, on y a nommé un musi­cien, ce n’est pas pour faire de la danse. En revanche, je souhaite faire une program­ma­tion ouverte, éclec­tique, qui mêle la créa­tion, le réper­toire, le croi­se­ment des arts. La musique aura forcé­ment plus de place qu’au­pa­ra­vant. J’ai notam­ment le désir de faire une mini­cité de la musique, j’ai donc lancé un parte­na­riat avec le Conser­va­toire natio­nal supé­rieur musique et danse de Lyon, je vais tenter un parte­na­riat avec l’Au­di­to­rium et peut-être l’Opéra. Mon ambi­tion est de réin­ven­ter des formes de concerts en allant vers la musique de chambre, le caba­ret etc., sans barrières de style.

Et pour la program­ma­tion jeune public ?

Je souhaite ajou­ter des spec­tacles où la musique est jouée en direct, car la plupart du temps elle est enre­gis­trée. C’est bien que le public, notam­ment les enfants, voit des musi­ciens sur scène de temps en temps, même si ce sont des spec­tacles diffi­ciles à trou­ver. À moi d’al­ler à la pêche et surtout d’in­ci­ter les artistes à créer ce type de spec­tacle.

L’édu­ca­tion artis­tique reste l’une de vos prio­ri­tés… 

Nous sommes dans un pays où l’ex­cep­tion cultu­relle existe et nos enfants doivent en profi­ter, c’est essen­tiel. L’Édu­ca­tion natio­nale ne peut pas tout prendre en charge, c’est donc bien que le théâtre public remplisse cette mission. Au-delà du plai­sir de faire des spec­tacles pour les enfants, c’est un devoir citoyen. La ques­tion de la trans­mis­sion est perma­nente chez moi.

La saison jeune public qui s’ouvre a été program­mée par votre prédé­ces­seur, elle n’est donc pas tota­le­ment repré­sen­ta­tive de ce que vous souhai­tez faire…

Je ne l’ai pas choi­sie mais elle est allé­chante. La Petite Fabrique présente À l’ombre d’une histoire, un théâtre d’ombres minia­ture contenu dans une valise (dès 3 ans) ; à partir du conte et de la musique de José Luis Campana, les percus­sion­nistes Jean Geof­froy et Henri-Charles Caget vont créer TitU ou le fils de la lune(dès 7 ans) ; Rosie Rose de Karen Bourre est un spec­tacle musi­cal avec un peu de cirque qui a beau­coup de charme (dès 3 ans, voir p.9) ;Théo­dore, le passa­ger du rêve du théâtre des Alberts est un mélange de théâtre d’objets et de marion­nettes conçus à partir de papier et maté­riaux de récu­pé­ra­tion (dès 7 ans) ; enfin, dans l’Opéra vinyle de Pascal Vergnault, un DJ et deux marion­nettes proposent une initia­tion à l’opéra (3 à 8 ans).

Sans oublier la reprise de deux spec­tacles des Percus­sions Claviers de Lyon…

Le Coq d’or (dès 7 ans), mis en espace par Jean Lacor­ne­rie, est un conte de Pouch­kine mis en musique par les PCL sur les arran­ge­ments que j’ai faits des musiques de Rimski-Korsa­kov, avec des images d’Étienne Guiol.

Et West Side Story, spec­tacle qui occupe une place parti­cu­lière dans votre vie…

Cette œuvre fait partie de ma vie et de celle du groupe puisqu’à 25 ans, j’ai adapté une partie de la parti­tion pour les percus­sions, nous l’avons enre­gis­trée et je suis allé voir Léonard Bern­stein pour qu’il valide ma version. Il a écouté notre enre­gis­tre­ment avec éton­ne­ment et nous a répondu : « non seule­ment je vous auto­rise à la faire, mais faites toute la parti­tion, c’est très bien ». Au fil de nos aven­tures artis­tiques avec les PCL, nous avons fait plein de versions diffé­rentes. La version de concert que je présente ici est le fruit d’un travail avec Jean Lacor­ne­rie.

Pour moi qui suis musi­cien et qui prends la direc­tion d’un théâtre, c’est une œuvre emblé­ma­tique de ce que je souhaite faire : la musique est un chef-d’œuvre popu­laire et le public ressort heureux à chaque fois.