Il faut être sacré­ment gonflé pour revi­si­ter Macbeth de la sorte. Micro en main, vêtus de kilts et de baskets, les trois comé­diens de la Compan­hia do Chapitô offrent une relec­ture déca­pante de la tragé­die shakes­pea­rienne. On est clai­re­ment dans l’es­prit des Monty Python : brui­tages réali­sés en direct pour simu­ler les combats, éner­gie folle et fantai­sie tota­le­ment débri­dée. Truf­fée de réfé­rences, cette «  inadap­ta­tion » théâ­trale, comme la troupe portu­gaise aime à la quali­fier, reste rela­ti­ve­ment fidèle à l’his­toire origi­nelle. Quant à savoir si Macbeth réus­sira à s’em­pa­rer du trône d’Écosse et à le conser­ver… seuls les spec­ta­teurs ayant bravé les coups d’épées et les éclats de rire en auront le cœur net ! Atten­tion : spec­tacle joué en anglais et surti­tré en français. 

Blan­dine Dauvi­laire

 

 

Lire aussi l’in­ter­view de Joris Mathieu : l’union fait la force

Le 1er janvier 2015, ce metteur en scène de 37 ans, qui dirige le théâtre Les Ateliers, pren­dra égale­ment la direc­tion du Théâtre Nouvelle Géné­ra­tion, où il succè­dera à Nino D’In­trona. Rencontre avec un artiste qui nour­rit un projet ambi­tieux pour unir ces deux lieux. Par Blan­dine Dauvi­laire.

À court terme, le théâtre Les Ateliers et le Centre Drama­tique Natio­nal vont fusion­ner en une seule entité, le TNG, quel en est l’in­té­rêt ?

Nous allons créer un CDN augmenté, qui dispo­sera de deux salles supplé­men­taires en centre-ville (celles des Ateliers). Elles permet­tront d’ac­cueillir des formes desti­nées aux très jeunes spec­ta­teurs, dans un rapport au public plus intime. Le nombre de spec­tacles et de repré­sen­ta­tions augmen­tera puisqu’il y aura deux sites. Le budget sera la fusion des deux budgets actuels, il y aura des écono­mies d’échelle, ce qui débloquera davan­tage d’argent pour l’ar­tis­tique.

Le TNG est aujourd’­hui le seul Centre Drama­tique Natio­nal de France dédié à l’en­fance et à la jeunesse, va-t-il le rester ?

Le projet est centré sur l’en­fance et la jeunesse mais pas exclu­si­ve­ment. Je veux que les spec­ta­teurs adultes prennent l’ha­bi­tude de regar­der le programme du TNG, choi­sissent ce qui peut leur plaire et se demandent ensuite s’ils peuvent le parta­ger avec leurs enfants. 

La spéci­fi­cité jeune public du TNG lui donne un champ d’ex­plo­ra­tion fort et rejoint une ques­tion centrale pour moi : quel monde construire demain ensemble, enfants et adultes ?

En tant qu’ar­tiste, fonda­teur de la compa­gnie Haut et Court, vous déve­lop­pez un travail à la lisière de la science-fiction, en faisant appel aux nouvelles tech­no­lo­gies, cela va-t-il influer sur la program­ma­tion du TNG ?

Le rapport à l’an­ti­ci­pa­tion est central dans ma démarche et j’ai envie de déve­lop­per cela à l’échelle d’un lieu. Je fais partie d’une géné­ra­tion inter­mé­diaire, entre ceux qui sont nés à l’ère du tout numé­rique et nos parents qui l’ont décou­vert sur le tard. Si on peut faire de ce CDN un lieu qui pose la ques­tion de la place de l’art dans la société de demain, de quelles réfé­rences cultu­relles sont les fonda­tions de cette société, et au-delà de ça, poli­tique­ment, de quelle commu­nauté on a envie de fabriquer ensemble, alors il y a un enjeu passion­nant à rele­ver et qui dépasse la simple ques­tion de la produc­tion artis­tique.

Il faut donc s’at­tendre à d’autres formes que le théâtre dialo­gué pur, avec une ouver­ture vers les arts plas­tiques, les arts visuels, des colla­bo­ra­tions avec d’autres struc­tures cultu­relles. Mais on retrou­vera aussi des propo­si­tions plus clas­siques pour permettre aux adultes de conti­nuer à trans­mettre des réfé­rences qui sont les leurs. La culture des contes par exemple doit faire socle.

Céline Le Roux, qui dirige le festi­val Micro-Mondes dédié aux arts immer­sifs, sera la direc­trice adjointe du TNG…

Le festi­val Micro-Mondes va inté­grer le dispo­si­tif du CDN, il restera bien­nal mais se déploiera davan­tage. Il aura lieu en alter­nance avec l’évé­ne­ment Nos futurs, qui fera venir de toute l’Eu­rope des visions d’an­ti­ci­pa­tion d’ar­tistes.

Phia Ménard et Chiara Guidi, dont les derniers spec­tacles présen­tés à Lyon ont enthou­siasmé le public*, seront artistes asso­ciées…

Phia Ménard est une artiste qui explore en perma­nence l’art de la méta­mor­phose, avec la volonté de placer la poésie au centre de la scène, de dissi­mu­ler l’ar­rière-cuisine pour lais­ser la place à l’es­pace magique. C’est la même chose avec Chiara Guidi, qui pratique l’art du conte et de la scéno­gra­phie immer­sive.

Et vous présen­te­rez un nouveau spec­tacle jeune public…

Je ferai une créa­tion sur le phéno­mène des hiki­ko­mo­ri**, où adultes et enfants assis­te­ront au même spec­tacle, mais seront accom­pa­gnés d’un petit dispo­si­tif d’écoute qui permet­tra à chacun de s’ap­pro­prier l’his­toire selon son âge, l’en­droit où il se trou­ve… Je pense que le théâtre est le lieu d’une expé­rience physique qui nous implique. C’est réussi quand le spec­ta­teur ressent les choses dans sa chair. Cette émotion-là doit conci­lier le plai­sir des yeux, des oreilles et la décou­verte des mondes que l’on a à l’in­té­rieur de soi.

 

* L’après-midi d’un Foehn de Phia Ménard et Buchet­tino de Chiara Guidi sont deux chefs-d’œuvre.

** mot japo­nais dési­gnant des adoles­cents qui vivent cloî­trés dans leur chambre et refusent toute commu­ni­ca­tion.