Cinq ans après Les Vacances de M Hulot, Jacques Tati reve­nait avec son univers loufoque, auquel il ajou­tait une sévère critique contre la quête de moder­nité. Il avait déjà commencé à abor­der ce thème dans son premier film, Jour de fête, ressorti cet été (cf. GDS n° 85), mais la charge était ici plus directe et ne fera que s’am­pli­fier avec Play Time, qu’il réali­sera 11 ans plus tard.

M et Mme Arpel habitent une belle maison au confort très moderne, dans un quar­tier très asep­tisé. M Arpel dirige une usine, sa femme s’oc­cupe à rece­voir du monde et Gérard, leur fils, s’en­nuie à mourir… Sauf quand débarque son oncle mater­nel, un origi­nal qui se moque des conven­tions sociales mais dont le désordre donne du piment à la vie. 

Encore plus que les œuvres précé­dentes de Tati, Mon oncle est avant tout une expé­rience visuelle et sonore. Le scéna­rio joue sur la répé­ti­tion de scènes (l’al­lu­mage de la fontaine pois­son) et sur l’am­pli­fi­ca­tion de sons (le bruit du cuir du canapé quand quelqu’un s’y assoie), pour créer un comique d’ob­ser­va­tion qui s’in­ten­si­fie à chaque fois qu’on voit le film. À consom­mer sans modé­ra­tion, tant l’hu­mour de Tati reste perti­nent et effi­cace, dans cette nouvelle version restau­rée. 

Véro­nique Le Bris