Quand la rentrée des classes sonne, chaque parent aspire à voir réus­sir et s’épa­nouir son enfant. Mais comment l’ac­com­pa­gner dans son désir d’ap­prendre et son sens de l’ef­fort ? Fonda­teur du blog cancre.com et auteur de Que se passe-t-il dans la tête de votre enfant ?, le neuro­pé­da­gogue Alain Sotto défend l’idée que pour mieux entrer dans les appren­tis­sages et pilo­ter son cerveau, l’en­fant doit apprendre à se connaître. Rencontre. 

Propos recueillis par Aude Spil­mont. Illus­tra­tion Malena Arri­ghi.
 

La rentrée des classes est-elle un moment propice pour s’in­ter­ro­ger sur la façon d’ac­com­pa­gner ses enfants dans leur scola­rité ?

Pour abor­der la rentrée avec plus de séré­nité, les parents peuvent d’abord tirer les leçons de l’an­née précé­dente. Qu’est-ce qui a fonc­tionné ou pas ? Faut-il être sur le pont et réin­ven­ter un cadre, en parti­cu­lier sur le temps des devoirs ? Est-il impor­tant que l’en­fant soit plus auto­nome ? Faut-il instau­rer des règles, comme pas d’or­di­na­teur avant les devoirs ? Une fois que les parents sont d’ac­cord, ils peuvent en parler avec bien­veillance avec l’en­fant et l’im­pliquer dans la façon d’abor­der cette nouvelle année. Mais, à la rentrée, il faut aussi veiller à ce que l’école ne prenne pas une place incon­si­dé­rée dans la rela­tion avec l’en­fant. À la maison, l’en­fant est un enfant, pas un élève. 
 

Esti­mez-vous que l’as­pi­ra­tion, légi­time, des parents à voir réus­sir leurs enfants les conduit parfois à exer­cer sur eux une pres­sion scolaire contre-produc­tive ?

La réus­site scolaire devient parfois la prio­rité des parents, aux dépens de l’équi­libre fami­lial. Beau­coup d’en­fants et surtout d’ado­les­cents se plaignent que les discus­sions avec leurs parents sont trop centrées sur l’école. La pres­sion se mani­feste souvent dès la sortie de l’école. Les parents disent : qu’est-ce que tu as fait aujourd’­hui à l’école ? Qu’est-ce que tu as à faire pour demain ? On renvoie l’en­fant dans le passé et on le projette dans le futur alors qu’il a envie de parta­ger un présent de qualité avec ses parents. Les enfants ont le senti­ment qu’on leur demande des comptes et se ferment. 
 

Comment accom­pa­gner son enfant dans son désir et son plai­sir d’ap­prendre ? 

Tous les enfants ont cette curio­sité de connais­sance. Je crois essen­tiel de montrer à l’en­fant qu’il a cette ressource en lui, en prenant exemple sur des domaines dans lesquels il montre sa capa­cité à agir et à réus­sir. Et lorsqu’on réus­sit, on éprouve du plai­sir. Certains enfants, par exemple, excellent dans les jeux vidéo. Ils persé­vèrent, réflé­chissent et sont mobi­li­sés pour passer des niveaux. C’est inté­res­sant pour l’en­fant d’iden­ti­fier comment il fonc­tionne dans sa tête. Il doit pouvoir comprendre que c’est en étant dans l’ac­tion qu’il peut mieux pilo­ter son cerveau. Pour sché­ma­ti­ser, notre cerveau est capable de rete­nir 5 % de ce qu’on entend, 20 % de ce qu’on lit et 90 % de ce que l’on est capable d’ex­pliquer avec ses mots. L’ap­pren­tis­sage ne se fait que dans l’in­té­rio­ri­sa­tion. On donne sens dans sa tête avec des images et ses propres mots. 
 

Les parents ont-ils un rôle à jouer pour que le temps des devoirs soit plus serein ? 

Ensei­gner est un métier et l’idéal serait que les devoirs se fassent à l’école. Ce temps n’est pas simple à gérer pour les parents lorsqu’un enfant a des diffi­cul­tés d’ap­pren­tis­sage. Lorsque les devoirs virent au conflit, l’en­fant retient juste que travailler est doulou­reux,  qu’il est inef­fi­cient et que ses parents ne sont pas contents. On peut l’ai­der à bâtir une stra­té­gie en lui deman­dant d’es­ti­mer le temps néces­saire à son travail, avec un réveil posé sur la table. C’est aussi impor­tant de le lais­ser un peu auto­nome pour qu’il se mette en action, en lui propo­sant de reve­nir d’ici 10 ou 15 minutes. Il faut égale­ment éviter les sources de distrac­tion : le plein d’objets sur la table, le portable.
 

Devant un enfant distrait, la tenta­tion est grande de lui dire « concentre-toi ». Pour quelles raisons esti­mez-vous cette injonc­tion contre-produc­tive ?

Elle est contre-produc­tive car l’en­fant risque de se répé­ter comme un mantra « il faut que je me concentre », sans y parve­nir. Mieux vaut l’ai­der à trou­ver des stra­té­gies pour éviter que son esprit ne s’évade. Par exemple, en lui disant, « dès que tu rêvasses, tu peux te dégour­dir les jambes avant de reve­nir t’as­seoir. Pour bien comprendre une consigne, tu peux la relire en souli­gnant les mots clés ». Je crois aussi beau­coup à la parole par l’exemple. Le parent peut parler de sa propre expé­rience. « J’avais une réunion aujourd’­hui. J’étais fati­gué. Je me suis senti décro­cher alors j’ai pris des notes. Moi, pour mémo­ri­ser, cela m’aide de fermer les yeux et de répé­ter dans ma tête ce que j’ai compris ». 
 

Y a-t-il des enfants plus lents que d’autres ?

Il faut débar­ras­ser les enfants de cette étiquette de lent. Il y a bien des domaines où, au contraire, ils sont enthou­siastes et rapides. Lorsqu’un enfant est lent, c’est parce qu’il a peur de rater. Chez l’adulte, on parle d’une tendance à la procras­ti­na­tion. On peut aider un enfant à ne pas écou­ter cette petite voix inté­rieure qui lui dit « tu ne vas pas y arri­ver ». Il faut dédra­ma­ti­ser les évalua­tions en lui expliquant que ce n’est pas grave s’il fait une erreur. On apprend aussi de ses erreurs.
 

Vous vous défi­nis­sez comme un ancien cancre qui a fina­le­ment réussi des études supé­rieures. Avec le recul, comment avez-vous analysé vos diffi­cul­tés et que souhai­tez-vous trans­mettre à travers vos ouvrages et votre site inter­net ? 

Avec le recul, je dirais que j’étais dyslexique et hyper­ac­tif mais, à l’époque, il n’exis­tait pas de diagnos­tic. J’ai triplé ma première. Jusqu’au jour où j’ai eu le déclic, avec un ensei­gnant qui a valo­risé mes réus­sites et m’a appris à les modé­li­ser. À travers mes ouvrages et mon site, je souhaite montrer qu’être cancre n’est pas une fata­lité. Mes études sur le cerveau et la péda­go­gie m’ont fait comprendre que l’on apprend à apprendre et que les réus­sites en entraînent d’autres quand la confiance en soi s’ins­talle.
 
Alain Sotto est l’au­teur de Que se passe-t-il dans la tête de votre enfant ? (Éd. Ixelles). 
Son blog : http://cancres.com