Martin Scor­sese a de la mémoire. Il avait déjà rendu un vibrant hommage aux films fonda­teurs du cinéma améri­cain et un autre, plus médiocre, au cinéma italien. Il s’in­té­resse cette fois aux tout débuts du septième art et donc au cinéma français. Pas aux frères Lumière, tour­nés vers le docu­men­taire, mais à l’in­ven­teur du spec­tacle ciné­ma­to­gra­phique, Georges Méliès. Et, comme Martin Scor­sese est aussi un fabu­leux conteur, il choi­sit évidem­ment une fiction pour rendre cet hommage. En adap­tant L’In­ven­tion de Hugo Cabret, livre signé Brian Selz­nick, il rejoint sans fausse note l’uni­vers déjanté et merveilleux du créa­teur des premiers effets spéciaux. 

Hugo Cabret est un jeune orphe­lin qui vit dans une gare. Le seul héri­tage que lui a laissé son père, horlo­ger, avant de mourir, est un vieil auto­mate qu’il peinait à répa­rer. Une machine de forme humaine, extra­or­di­naire, capable d’écrire. Le jeune garçon n’a qu’une idée en tête : remettre ce robot en état de marche pour enfin capter le message que son père lui a sûre­ment laissé avant de partir. En fait, c’est un univers entier qu’il va décou­vrir, celui du magi­cien du cinéma, Georges Méliès. 

De Méliès, il reste aujourd’­hui assez peu de choses. Des films plus ou moins complets, des objets… et un chef-d’œuvre : son fameux Voyage dans la lune. Si Scor­sese en rappelle la genèse dans Hugo Cabret, ce court-métrage est à décou­vrir, pour la première fois, dans son inté­gra­lité et en couleurs. Serge Brom­berg, spécia­liste des restau­ra­tions déses­pé­rées, raconte le long proces­sus qui a vu naître puis quasi­ment dispa­raître ce fameux Voyage, alors même que la lune souriante, percu­tée par un obus, est une des images les plus emblé­ma­tiques du cinéma mondial. 

Aucun des deux films n’a été conçu spécia­le­ment pour les enfants. Pour­tant, l’un comme l’autre leur feront décou­vrir une partie de l’his­toire d’aujourd’­hui, une aven­ture merveilleuse et la construc­tion d’un monde irréel et fabu­leux, celui du cinéma, de la télé­vi­sion et même fina­le­ment des jeux vidéo. 

Véro­nique Le Bris pour Grains de Sel n° 71, décembre 2011/janvier 2012