La biblio­thèque de la Part-Dieu crée l’évé­ne­ment en invi­tant Shadi Ghadi­rian. Photo­graphe phare en Iran, cette artiste présente sa première rétros­pec­tive dans l’es­pace-gale­rie lyon­nais. Un superbe cadeau composé d’œuvres fortes et poétiques à la fois, où l’ar­tiste dénonce les inter­dits reli­gieux et le quoti­dien des femmes iraniennes. Présen­tées chro­no­lo­gique­ment, les séries réali­sées entre 1998 et 2011 explorent divers pans de cette société.

On commence avec l’évo­ca­tion des femmes de l’ère Quajar (1785–1925), ressus­ci­tées en noir et blanc par quelques proches de l’ar­tiste qu’elle met en scène équi­pées d’objets contem­po­rains.

Puis la série Like every­day accroche parti­cu­liè­re­ment le regard : sur fond blanc, Shadi Ghadi­rian immor­ta­lise des femmes dont le visage est remplacé par un usten­sile ména­ger (fer à repas­ser, râpe à fromage, gant pour le ména­ge…), comme autant d’épouses soumises qui perdent leur iden­tité.

Be colour­ful met l’ac­cent sur les couleurs de vête­ments que les Iraniennes évitaient de porter il y a 15 ans pour ne pas atti­rer l’at­ten­tion, tandis que West by East aborde la ques­tion de la censure des images dans la presse venue d’Oc­ci­dent. Subtiles, les photos de Ctrl + Alt + Del présentent des silhouettes graciles sur fond noir dont les corps, consti­tués d’icônes d’or­di­na­teur, reflètent tous les possibles du monde d’aujourd’­hui. Deux séries poignantes rappellent les traces lais­sées par la guerre et rendent hommage aux resca­pés.

Enfin, la série Miss Buter­fly parle avec déli­ca­tesse des femmes qui luttent pour garder espoir sous un régime despo­tique. En complé­ment, l’ar­tiste propose une instal­la­tion vidéo dans laquelle le visi­teur fait l’ex­pé­rience de la soli­tude en étant immergé dans une foule en mouve­ment.

Profi­tez de votre passage à la biblio­thèque pour décou­vrir l’autre expo­si­tion en cours : Créer c’est résis­ter. À partir d’une belle sélec­tion d’œuvres issues des collec­tions de l’ar­to­thèque, enri­chie de prêts, elle donne à voir diffé­rentes formes de résis­tances et permet d’abor­der le sujet avec les enfants.

Blan­dine Dauvi­laire