Conte philo­so­phique et initia­tique, ce best-seller mondial de Saint-Exupéry a déjà été adapté pour le cinéma ou la télé­vi­sion, sans réfé­rence marquante. Cette adap­ta­tion-ci, par l’am­bi­tion de la produc­tion et par sa volonté d’en offrir une réelle inter­pré­ta­tion, pour­rait s’im­po­ser. 

Le Petit Prince dit beau­coup en peu de pages. Pour en faire un long métrage, il fallait trou­ver une astuce de narra­tion et réus­sir la mise en place d’un point de vue. Le réali­sa­teur Mark Osborne a opté pour le prin­cipe d’une histoire dans l’his­toire. Une enfant soli­taire, pous­sée dans une compé­ti­tion scolaire atroce par sa mère, trouve une échap­pa­toire à cette pres­sion auprès de son voisin, un vieil avia­teur loufoque. La petite fille découvre alors un autre monde, riche de valeurs plus humaines, plus inté­rieures. 

Le film est un aller et retour entre le conte lui-même et la manière dont la petite l’in­ter­prète. Les deux univers possèdent deux iden­ti­tés graphiques très marquées grâce à des tech­niques d’ani­ma­tion diffé­rentes. La partie en stop motion est la plus poétique et la plus réus­sie, mais c’est aussi la plus courte. L’autre corres­pond plus aux stan­dards actuels de l’ani­ma­tion numé­rique. La fin, quand la fillette rencontre le prince, impose une lecture contem­po­raine du conte dans un quoti­dien imagi­naire, gris et malsain et paraît la moins maîtri­sée. L’en­semble reste riche et inté­res­sant, même si le parti pris est trop simpliste pour être tota­le­ment enthou­sias­mant.

Véro­nique Le Bris