Les artistes parle­ront de work in progress, les visi­teurs consta­te­ront plus prosaïque­ment que les nouvelles rives de Saône sont encore en travaux. Les portions ache­vées permettent tout de même de se faire une idée de l’es­prit de ces lieux revi­si­tés, à la fois gale­rie d’art à ciel ouvert et espace de détente très nature. 
Le belvé­dère de Jean-­Michel Otho­niel et sa parure bigar­rée en verre de Murano donnent par exemple à l’an­cienne écluse de Caluire-­et­Cuire un air très Bolly­wood. 
Plus près du centre de Lyon, Pablo Reinoso a déroulé ses « nouages », un ruban d’acier noir qui évoque des cordages où pour­raient s’amar­rer les bateaux qui descendent la Saône ou les rêves de voyages des prome­neurs. Il trace des boucles qui à certains endroits offrent des bancs publics origi­naux et poétiques. 
En atten­dant que ces rives soient une voie conti­nue, il y a un fil rouge : un lien avec l’en­fance, celle imagi­née par Tada­shi Kawa­mata avec ses cabanes. Il a essaimé ses créa­tions en bois brut tout au long des rives, comme celle perchée au sommet d’un arbre, sans échelle, ni corde, prompte à atti­ser la convoi­tise des petits et grands enfants. Plus loin, un belvé­dère, une senti­nelle de la nature à Fontaine-sur-Saône. Et puis un balcon à l’as­sem­blage un peu asymé­trique, au pont d’Ai­nay, tel un nid qui aurait pu être bâti par des oiseaux géants tout droit sortis de l’ima­gi­na­tion de l’ar­tiste. Il y a égale­ment cette terrasse en balcon sur la Saône, aux formes arron­dies, presque futu­ristes : sans doute le premier exem­plaire d’OVNI en bois brut. L’his­toire ne fait que commen­cer, de nouveaux épisodes sont à décou­vrir dans les mois à venir. Un acte 2 est programmé en 2016, pour boucler la mise en scène de près de 50 kilo­mètres de rives.
 
Vincent Jadot