D’où peuvent venir d’aussi jolis prénoms ? Spar­ta­cus et Cassan­dra sont Rroms de Rouma­nie (dans leur langue, on écrit Rrom avec deux « r »), arri­vés en France depuis 5 ou 6 ans. Leur camp a brûlé, leur famille a fui. Camille, une jeune trapé­ziste, les recueille dans son cirque à Saint-Denis et leur offre une « vie normale » : dormir dans un lit, même au fond d’une cara­vane, aller à l’école, ne pas mendier ou traî­ner dans la rue. Ce que leur refuse leur père, violent et alcoo­lique, qui ne supporte pas qu’ils vivent mieux que lui. Leur mère, elle, est ailleurs. 

En s’oc­cu­pant d’eux, en les éloi­gnant peu à peu de ces parents toxiques, aidée par la justice française, Camille parvient à leur donner une part d’en­fance et tente d’ai­der ces deux adoles­cents à échap­per à un destin tout tracé de parias. 

Parfois maladroit dans sa forme, surtout au début, ce docu­men­taire conçu sur le vif par Ioanis Nuguet, le compa­gnon de Camille, reste un témoi­gnage passion­nant et parfois poétique sur cette famille déra­ci­née. Il montre comment il est diffi­cile de se défaire de ses tradi­tions, même si elles sont nuisibles, et prouve que la soli­da­rité, l’at­ten­tion aux autres sont souvent salva­trices. À voir de toute urgence pour comprendre et échap­per aux clichés véhi­cu­lés sur cette commu­nauté malme­née. 

Véro­nique Le Bris