Au Japon, au début du 19e siècle, une jeune fille raconte sa vie avec un vieux fou qui ne pense qu’à peindre. Ce vieux fou est son père, Hoku­sai, sans doute le peintre japo­nais le plus réputé au monde, celui qui a peint La Grande Vague de Kana­gawa. 

Ce qu’on sait moins, c’est qu’O-Ei, sa fille, était elle aussi parti­cu­liè­re­ment douée pour le dessin et qu’elle l’a assisté, peut-être même souvent remplacé, dans les œuvres qu’il signait. Il maîtri­sait l’art du trait et de la compo­si­tion, elle excel­lait dans les portraits de femmes et les dessins érotiques. 

C’est cette histoire d’ombre et de lumière que Keii­chi Hara, le réali­sa­teur du superbe Un été avec Coo et de Color­ful, raconte ici. À sa manière, c’est-à-dire sous la coupe d’es­prits plus ou moins bien­fai­sants qui hantent les estampes comme les person­nages. Et à travers la présence déli­cate d’une autre fille du maître, O-Nao, née aveugle dans une famille de peintres. 

Ce double parti pris ne faci­lite pas la compré­hen­sion de cette colla­bo­ra­tion, dont on ne sait jamais si elle est souhai­tée ou subie. Le maître est un taiseux, amateur d’al­cool et de femmes, qui a toute­fois conscience qu’un bon peintre ne peut être ration­nel. 

O-Ei est sans doute pleine de reproches pour ce père impo­sant, mais elle se résout fina­le­ment à ne jamais le quit­ter et lui survi­vra quelques années seule­ment. 

Il en reste une œuvre majeure, puis­sante, univer­selle, partiel­le­ment montrée dans un film qui se déroule au rythme d’un manga très apaisé. 

Véro­nique Le Bris