Le Prophète est loin d’être un dessin animé comme les autres. Ce film élégant et émou­vant est un hommage au poète liba­nais Khalil Gibran. Pour mettre en image sa poésie, la produc­trice Salma Hayek (qui donne sa voix à Kamila, la mère de l’hé­roïne) et le réali­sa­teur Roger Allers (Le Roi lion) ont combiné deux prin­cipes. Le premier a été d’ima­gi­ner le récit de la rencontre entre Almi­tra, une petite fille sauvage et muette, et Mustafa. Ce poète prison­nier poli­tique est brusque­ment libéré et chassé de l’île où il était assi­gné à rési­dence. Ne serait-ce pas un piège ? 

Selon le second prin­cipe du film, huit de ses poèmes, expri­mant sa liberté de penser, ont été confiés pour illus­tra­tion à huit dessi­na­teurs, aux styles et aux tech­niques variés. Joann Sfar traite celui sur le mariage, avec une plume sexy marquée au noir, Bill Plymp­ton celui sur le manger et le boire au crayonné, l’amé­ri­caine Nina Paley celui sur les enfants avec un mélange de papier découpé et d’ara­besques. Nos deux préfé­rés sont celui sur l’amour, confié à l’Ir­lan­dais Tomm Moore (Bren­dan et le secret de Kells), qui parvient à fondre ses person­nages dans un vibrant hommage à Klimt. Et celui sur la liberté, que le Polo­nais Michal Socha inter­prète comme des oiseaux noirs joyeu­se­ment tachés, qui peinent à se déta­cher de leur arbre.  

Un ensemble éton­nant, inégal forcé­ment, mais qui donne une forte envie de (re)lire ce poète philo­sophe des années 1920.

Véro­nique Le Bris