La Fête du livre de Bron fête ses 30 ans et réunit pour l’oc­ca­sion la fine fleur des auteurs et illus­tra­teurs jeunesse autour du thème Que peut la litté­ra­ture ? Ateliers, rencontres, lectu­res… le week-end des 5 et 6 mars promet d’être animé. 

Si Susie Morgens­tern n’exis­tait pas, il faudrait l’in­ven­ter. Instal­lée en France depuis plus de 40 ans, cette Améri­caine à l’ac­cent chan­tant, auteure de 120 livres traduits dans une tren­taine de pays, nous régale d’his­toires d’amour et de familles qu’elle saupoudre d’hu­mour. À Bron, elle vien­dra présen­ter Mr Gersh­win : Les gratte-ciel de la musique, album-CD illus­tré par le Lyon­nais Sébas­tien Mour­rain, primé à Montreuil. Rencontre avec une grande dame de la litté­ra­ture.

À quel âge avez-vous commencé à écrire ?

Petite, avant de savoir écrire, je remplis­sais des cahiers de boucles, puis j’ai commencé à écrire un jour­nal vers 7 ans. Ensuite j’ai écrit pour mes enfants, avant d’écrire pour tous les enfants.

L’amour, l’ami­tié, la famille, les rencontres sont toujours au cœur de vos livres…

Je ne sais pas écrire de l’héroïc fantasy ou de la science-fiction. Je suis très proche de mes person­nages, ils sont dans ma peau et je suis dans la leur. Je mets peut-être un peu trop de moi-même et de mon expé­rience dans mes livres, j’ai l’im­pres­sion que je n’ai pas d’ima­gi­na­tion, qu’il faut que je vive quelque chose pour l’écrire.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je suis en train d’écrire le deuxième volet d’une série illus­trée pour ados qui s’ap­pelle Le Grand Roman de ma petite vie (La Marti­nière jeunesse). C’est autour d’un person­nage qui s’ap­pelle Bonnie, qui vit avec sa mère et sa grand-mère. Je prépare un livre sur les comé­dies musi­cales, je conti­nue la série La Famille trop d’filles (Nathan) qui marche très bien, j’ai une idée de livre avec un person­nage qui n’aime qu’une chose : faire le ménage, et je viens d’écrire mon auto­bio­gra­phie de quand j’avais 10 ans que je vais illus­trer moi-même.

Comment travaillez-vous ?

J’ai un grand panneau avec mon slogan préféré (emprunté à Nike) : Just do it ! J’écris tous les jours. Avant, j’écri­vais à la main dans des carnets, mais j’écris de plus en plus à l’or­di­na­teur. Je suis une junkie d’in­ter­net, mon petit-fils de 19 ans me montre tous les tuyaux et j’uti­lise les mails toute la jour­née.

Êtes-vous toujours dans l’at­tente de la fin de vos livres ?

Oh oui, je suis dans l’at­tente et l’an­goisse de savoir comment va finir l’his­toire que je suis en train d’écrire. Quel confort ce serait de pouvoir faire un plan, au lieu de ça, je tourne et retourne dans mon lit en me deman­dant : qu’est-ce qui va se passer, qu’est-ce qu’il faut faire ?

Combien de temps mettez-vous pour écrire un livre ?

S’il s’agit de la série La Famille trop d’filles, c’est un mois. Pour Le Grand Roman de ma petite vie, j’ai mis un an et demi. Lettres d’amour de 0 à 10 a néces­sité 4 ans. Pour Gersh­win, c’était tour­menté car je cher­chais un angle, j’ai eu l’idée de racon­ter l’his­toire de ce musi­cien par le biais de son piano, mais je l’ai recom­men­cée de nombreuses fois. Je suis très contente du résul­tat et des illus­tra­tions de Sébas­tien Mour­rain.

Pendant la fête de Bron, vous allez donner une confé­rence dessi­née avec lui…

Je vais lire, il va dessi­ner à côté de moi et ses dessins seront proje­tés sur le mur.

Vous étiez présente lors de la première Fête du livre de Bron, vous reve­nez cette année, qu’est-ce qui a évolué dans votre écri­ture en 30 ans ?

Aujourd’­hui j’écris sans arrêt, je suis beau­coup plus pres­sée car je sais que je n’ai plus tout mon temps. Ce qui m’in­té­resse c’est l’en­fant, son épanouis­se­ment et comment y arri­ver. Je suis toujours mili­tante pour la lecture, je veux à tout prix écrire des choses que les enfants auront plai­sir à lire.

Comment la litté­ra­ture jeunesse a-t-elle évolué en 30 ans ?

Quand j’ai commencé, la plupart des livres pour la jeunesse étaient des traduc­tions, les éditeurs ache­taient des titres aux États-Unis et en Angle­terre, où ils sont très forts. À L’École des Loisirs en France, Gene­viève Brisac a lancé beau­coup d’au­teurs. La créa­tion s’est déve­lop­pée, il y a beau­coup d’écri­vains pour la jeunesse aujourd’­hui.

Quel est le livre qui vous a le plus marquée ces 30 dernières années ?

Nos étoiles contraires (Nathan), parce que c’est tout l’art améri­cain de trai­ter un sujet telle­ment grave avec humour et une intrigue. C’est une sorte de modèle.

À quoi sert la litté­ra­ture aujourd’­hui ?

À se poser, se concen­trer, s’iden­ti­fier, se forti­fier, à lâcher son télé­phone portable. J’ai telle­ment pitié des gens qui n’aiment pas lire que je me donne du mal pour les convaincre. Les fêtes du livre font beau­coup pour la lecture, tout comme les rencontres dans les écoles. Quand je vais dans les classes, je fais un pacte avec les élèves pour que chacun lise 10 ou 20 livres.

Quel est votre rêve le plus fou ou le plus doux ?

Quand on a des enfants, c’est toujours à eux que l’on pense en premier, à leur santé et leur bonheur. Je n’ai plus telle­ment de rêves pour moi sauf d’écrire un très très bon livre. Le succès que je rencontre est au-delà de mes espé­rances. La vie est belle, la vie est pleine d’es­poir. Et le bonheur est une chose très simple.

 

Propos recueillis par Blan­dine Dauvi­laire

* Les Rencontres

Samedi 5 mars

• Véro­nique Ovaldé lira des extraits de son dernier album, Paloma et le vaste monde (dès 6 ans), hymne à la liberté et à l’ima­gi­na­tion primé à Montreuil. 

• Natali Fortier revi­si­tera le conte Hansel et Gretel avec ses héros Marcel et Giselle, le temps d’une lecture haute en couleurs (dès 5 ans).

• Olivier Douzou, Sylvie Garcia et Olivier Pillé évoque­ront le travail des Éditions du Rouergue (invi­tées de cette 30e Fête du livre), dans une confé­rence desti­née aux parents.

• Une rencontre avec l’au­teur Olivier Douzou donnera aussi un aperçu de son travail en atelier (pour ados et adultes).

Dimanche 6 mars

• Tom Haugo­mat, Maylis de Keran­gal et Adrien Parlange répon­dront à la ques­tion : « qui arrive en premier, le texte ou l’image ? » (pour ados et adultes).

• Alex Cous­seau et Valie Le Gall liront à deux voix des extraits de leur dernier roman Je suis née sous la terre / Je suis née sous l’eau (dès 8 ans).

• L’illus­tra­teur Gilles Bache­let racon­tera de manière déso­pi­lante Les Coulisses du livre jeunesse (dès 7 ans), la rencontre sera accom­pa­gnée d’une expo.

• Alex Cous­seau parlera aux ados de son nouveau roman d’aven­tures Le Fils de l’ombre et de l’oi­seau (dès 12 ans).

 

* Les ateliers sur inscrip­tion

Quatre auteurs et illus­tra­teurs anime­ront des ateliers durant le week-end : atelier gour­mand de Marcel et Giselle avec Natali Fortier (dès 6 ans) ; atelier empreintes avec Junko Naka­mura pour recréer les animaux de l’al­bum Cinq amis (dès 5 ans) ; atelier Pyja­ma­rama avec Frédé­rique Bertrand pour réali­ser des images animées (dès 8 ans) ; atelier d’écri­ture avec Hélène Gaudy (dès 6 ans). Sans oublier les ateliers artis­tiques dans les cara­vanes instal­lées à l’ex­té­rieur.

 

* L’es­pace tout-petits (3 mois à 5 ans)

• Outre une garde­rie, ce coin propose des anima­tions spéci­fiques pour les plus petits : Malika Doray animera une rencontre-atelier avec les 2–4 ans pour décou­vrir son univers poétique et créer un petit livre en papier. Elle donnera aussi lecture de son ouvrage La Vie est une berceuse (dès 4 ans). 

• Contes, comp­tines, spec­tacles seront aussi au programme.

 

* L’es­pace des Éditions Grains de Sel

Rentrez dans le décor de Sébas­tien Mour­rain qui a illus­tré l’his­toire longue du tout nouveau maga­zine Georges, le N° Montre et venez fabriquer un réveil en papier dans l’ate­lier de Philé­mon Trépi­gnard, héros de cette histoire.

Accès libre en continu, atelier gratuit dès 7 ans, en famille.

 

* Concours-Photo « Mon livre préféré ! »

Nous avons tous lu des livres qui comptent plus que d’autres ! Des albums, des romans qui ont accom­pa­gné notre enfance, notre adoles­cen­ce… À l’oc­ca­sion de ses 30 ans, la Fête du livre et Grains de Sel vous invitent à parta­ger vos coups de cœur : parti­ci­pez au concours-photo « Mon livre préféré ! ».

 

Blan­dine Dauvi­laire