Drôle de film que cet Hugo et José­phine, drôles de héros que cette petite fille et ce petit garçon-là. Surpre­nante aussi l’idée de ressor­tir ce conte suédois, qui navigue entre sa moder­nité évidente et son ancrage à la fin des années 1960. 

Ce premier long métrage de Kjell Grede, ancien assis­tant d’Ing­mar Berg­man, raconte la rencontre d’une petite-fille de pasteur, qui s’en­nuie puisque personne ne s’oc­cupe d’elle, et d‘un petit garçon, seul, mais débor­dant d’idées et d’éner­gie. Il en a telle­ment qu’il n’a parfois pas le temps d’al­ler à l’école, tant il est préoc­cupé par sa nouvelle colo­nie d’arai­gnées ! Ces deux person­na­li­tés fortes mais atypiques vont s’en­trai­der pour se faire accep­ter telles qu’elles sont. 

Comme les deux héros, ce film est toujours un peu à côté des normes : le récit est parfois linéaire, souvent ellip­tique, comme l’est le montage, le point de vue est majo­ri­tai­re­ment celui des enfants, mais pas toujours non plus… Tout est filmé au plus près de ce qu’est l’en­fance, où les temps n’ont pas tous la même valeur et où les phases d’in­sou­ciance se heurtent bruta­le­ment à l’au­to­rité des parents. 

Drôle de film donc, qui dit plus l’en­nui que le bonheur d’être un enfant, mais qui exalte la diffé­rence, la person­na­lité et la reven­di­ca­tion de ses désirs dans une campagne luxu­riante et tolé­rante. 

Véro­nique Le Bris