Ce clas­sique de la litté­ra­ture enfan­tine, rare­ment adapté au cinéma, semblait passé de mode. Le réali­sa­teur Chris­tophe Honoré, qui a débuté en écri­vant des livres pour enfants, lui redonne une jeunesse inat­ten­due. Pour qui n’a pas lu la comtesse de Ségur, Sophie est une enfant espiègle, intré­pide, que rien n’ar­rête et surtout pas les puni­tions. Elle croque la vie à pleines dents, n’écoute pas les conseils et du coup, multiple les bêtises. Vite pardon­née par une mère que Chris­tophe Honoré dépeint dépres­sive, isolée, faible, Sophie, trop gâtée par un papa absent, fascine autant qu’elle énerve. Avec elle, il faut s’at­tendre à tout et sans doute au pire. C’est pour­tant elle qui va le vivre après la mort de sa mère.

Le film, qui s’ins­pire des Malheurs de Sophie et des Petites Filles modèles, est construit à partir des aven­tures les plus marquantes – la poupée de cire, les pois­sons rouges, etc. –  qui se concluent toutes aux dépens de Sophie. Mais il offre une inter­pré­ta­tion très contem­po­raine de sa déso­béis­sance : ses parents sont défaillants face à sa person­na­lité trop forte. La petite Caro­line Grant, qui l’in­carne, est excep­tion­nelle, à la fois char­mante et touchante, exubé­rante, libre et mali­cieuse. La distri­bu­tion et le jeu très moderne des actrices (Golshif­teh Fara­hani ou Muriel Robin) sont une des forces d’un film qui s’offre des liber­tés bien­ve­nues :  la musique d’Alex Baupain, des touches d’ani­ma­tion amusantes et la psycho­lo­gie revi­si­tée de person­nages clas­siques. 

Véro­nique Le Bris