Ils sont extrê­me­ment rares, les dessins animés aussi ambi­tieux. Loin des diver­tis­se­ments fami­liaux qui cherchent le gag à chaque minute, celui-ci s’ap­proche davan­tage de la fable philo­so­phique et spiri­tuelle. À travers cette histoire, qu’il a tirée de sa série de bandes dessi­nées éponyme, Joann Sfar invite le spec­ta­teur à réflé­chir sur la reli­gion. Il a pris pour héros un chat doué de parole, son maître, rabbin, et un peintre russe. Tous trois traversent l’Afrique des années 20 à la recherche d’une Jéru­sa­lem imagi­naire où vivraient des juifs noirs. Lors de leur voyage, ils croisent diverses ethnies et  commu­nau­tés, dont les membres se révèlent bien souvent xéno­phobes ou étroits d’es­prit. Or, n’est-ce pour­tant pas le fonde­ment même de la reli­gion que de respec­ter les gens, même s’ils ne partagent pas nos croyances ? Ce message de tolé­rance, cette ode au multi­cul­tu­ra­lisme, le film les sous-tend avec humour (la paro­die de Tintin au Congo fait hurler de rire) et poésie. Le scéna­rio, un rien décousu, n’em­pêche pas l’en­voû­te­ment dû au mélange d’une 3D relief très moderne et de dessins à la plume et à l’encre de Chine. Visuel­le­ment somp­tueux.

Laurent Djian.

Critique parue dans Grains de Sel 66, Mai 2011.