Fête du livre de Bron, Quais du polar, Fête du livre jeunesse de Villeur­banne: le livre est en vedette à travers trois événe­ments phares qui lui sont dédiés de mars à avril. Si Villeur­banne s’adresse direc­te­ment aux enfants, Bron et Quais du polar multi­plient chaque année les propo­si­tions à leur égard. Grains de Sel a éplu­ché le programme allé­chant de ces festi­vals, afin que vous ne passiez pas à côté des rencontres, expos, spec­tacles et ateliers à l’af­fiche. Suivez le guide!

→ À Bron: La litté­ra­ture, version nature

Pour sa 33e édition, la Fête du livre de Bron s’ar­ti­cule autour de la théma­tique « La vie sauvage ». à travers ce sujet magni­fique et roma­nesque, elle explore les rapports de l’homme à son envi­ron­ne­ment et l’ur­gence écolo­gique qui en découle, les liens entre la nature et la culture, l’ani­ma­lité et la civi­li­sa­tion, la sauva­ge­rie et l’ur­ba­nité. Mais elle pointe aussi la vie, l’au­dace, l’in­ven­tion que porte et apporte heureu­se­ment la litté­ra­ture. La program­ma­tion jeune public, plus dense chaque année, adapte ce thème de la vie sauvage à hauteur d’en­fant, sans nier les problé­ma­tiques qui lui sont asso­ciées, tout en lais­sant la place au rêve, à la poésie et à l’ima­gi­na­tion intrin­sèque­ment liés à la litté­ra­ture jeunesse.

Ayant à cœur de s’adres­ser aux enfants dès le plus jeune âge, la Fête du livre propose tout au long du week-end, à l’hip­po­drome de Parilly, des rencontres avec des auteurs (dès 8 ans), une expo­si­tion, des ateliers (dès 4 ans) et des spec­tacles (dès 1 an) pour la plupart donnés sous chapi­teau. à noter qu’un espace Petite enfance, avec de nombreuses acti­vi­tés et une garde­rie, est égale­ment prévu pour les tout-petits dès 3 mois.

Le rapport de l’homme à l’en­vi­ron­ne­ment et aux animaux

Parmi les auteurs jeunesse invi­tés, nombreux sont ceux qui « ques­tionnent la place de l’homme dans l’en­vi­ron­ne­ment et son rapport aux animaux », mentionne Laeti­tia Voreppe, char­gée de la program­ma­tion jeune public. C’est le cas de Jean-Claude Mour­le­vat – égale­ment à l’af­fiche de Quais du polar – qui signe avec Jefferson un véri­table roman poli­cier pour enfant (dès 9 ans).

Un jeune héris­son accusé à tort de meurtre, doit mener l’enquête pour prou­ver son inno­cence, dans un contexte de massacres d’ani­maux d’éle­vage dans les abat­toirs. « Le sujet du sort animal est très impor­tant dans la litté­ra­ture jeunesse où il existe un dialogue beau­coup plus natu­rel entre les person­nages et les animaux, une proxi­mité plus évidente que dans la vie réelle où la domi­na­tion des humains sur le monde animal est davan­tage marquée », complète Laeti­tia Voreppe.

Le sort du monde animal sera égale­ment débattu lors de la rencontre avec les jour­na­listes scien­ti­fiques Claire Lecoeuvre et Florence Pineau qui pointent, dans leurs livres, la respon­sa­bi­lité de l’homme vis-à-vis de la nature. Il sera ques­tion des droits des animaux et de la notion de conscience animale, mais aussi de la survie des milieux natu­rels qui néces­site la coha­bi­ta­tion d’es­pèces végé­tales et animales.

Si de tels sujets peuvent se révé­ler anxio­gènes, les auteures savent aussi les mettre en pers­pec­tive au regard de l’His­toire. « Dans son livre Les droits des animaux, ça me concerne, Florence Pineau ques­tionne les pratiques actuelles dans les abat­toirs, mais fait aussi un point histo­rique sur le sujet et montre que des choses se sont arran­gées dans notre lien aux animaux », commente Laeti­tia Voreppe.

Une autre façon de désa­mor­cer les inquié­tudes consiste pour les écri­vains à appor­ter des débuts de solu­tions aux problé­ma­tiques écolo­giques. C’est le cas de Didier Cornille avec La ville, quoi de neuf ? (dès 7 ans), un album profon­dé­ment opti­miste, voire utopiste, qui fait grand bien. Cet artiste passionné de design et d’ar­chi­tec­ture a voyagé à la décou­verte de villes qui réflé­chissent à mieux vivre ensemble, de manière plus citoyenne et plus écolo­gique. « Ce livre est une belle manière de présen­ter aux enfants des solu­tions qui leur paraissent à portée de main », souligne Laeti­tia Voreppe.

Ouvrir les vannes de l’ima­gi­naire

Mais la litté­ra­ture jeunesse est aussi une fenêtre ouverte sur l’ima­gi­naire néces­saire pour s’in­ven­ter et se construire. à l’image de la foison­nante expo­si­tion Des mondes sauvages de l’au­teur-illus­tra­teur Laurent Moreau, qui a fait de la nature et des animaux qui la peuplent son terrain d’aven­ture graphique. Il assu­rera lui-même plusieurs fois par jour des visites de son univers dans lequel coha­bitent, en harmo­nie et avec humour, les hommes et les animaux.

S’en­sui­vra, pour quelques privi­lé­giés (pensez à vous inscrire en arri­vant sur place), un atelier pour dessi­ner avec lui des paysages peuplés de créa­tures sauvages. Enfin, ne passez pas à côté de la rencontre de Jean-Baptiste Labrune (auteur) et Jéré­mie Fischer (illus­tra­teur) qui, dans Les contes de Petit Duc, ouvrent les vannes de leur imagi­naire nourri de diffé­rents récits et mytho­lo­gies, pour livrer une superbe réflexion litté­raire et graphique sur les origines du monde. Un livre à mettre entre toutes les grandes et petites mains.

Fête du livre de Bron, du vendredi 8 au dimanche 10 mars 2019. Entrée libre vendredi 12h30–20h30, samedi 10h-20h30 et dimanche 10h-19h30. Hippo­drome de Parilly, 4–6 avenue Pierre Mendès-France, Bron. Inscrip­tion aux spec­tacles, rencontres et ateliers sur place dès 10h. Tél. 04 26 10 12 05. fete­du­li­vre­de­bron.com

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→ À Lyon: En quête de fris­sons

Le festi­val lyon­nais du livre poli­cier, Quais du polar, souffle ses quinze bougies cette année. Pour l’oc­ca­sion, il passe au crible le polar nordique, notam­ment à travers des rencontres-dédi­caces et des master­class. Si les adultes sont davan­tage concer­nés par la litté­ra­ture poli­cière, le festi­val choie le jeune public, avec des auteurs venus présen­ter les intrigues déve­lop­pées dans leurs livres (Jean-Claude Mour­le­vat, Olivier Adam, Béatrice Nico­dè­me…) ainsi que des anima­tions ludiques gratuites, empreintes de mystère.

Des jeux, des films et des enquêtes

Les festi­va­liers pour­ront se rendre en famille au Palais de la Bourse où les atten­dront, à l’étage, une sélec­tion de livres de la librai­rie A titre d’aile, un salon de lecture et de jeux animé par la ludo­thèque Croc aux jeux (dès 4 ans) ainsi que l’enquête du maga­zine Georges consa­crée à un vol de bijoux (dès 8 ans). Un kilo­mètre plus loin, les salons rouges de l’Hô­tel de Ville accueille­ront les plus grands, avec un espace jeux de société et jeux de rôles.

Sans oublier le samedi après-midi, l’enquête Le mystère du livre volé, acces­sible aux 8–12 ans et dili­gen­tée par Céline Le Gallo, auteure de la série Les enquêtes d’Er­nest et de Sher­lock, et un atelier d’ini­tia­tion à la bande dessi­née mené par l’illus­tra­trice EveMa­rie pour les plus grands (dès 12 ans). à noter pour les ados, le vendredi soir, la possi­bi­lité de parti­ci­per à un escape game géant au musée Lumière (Lyon 8e), en compa­gnie de neuf écri­vains de Quais du polar.

Ils auront une heure pour déjouer les plans du projec­tion­niste du musée qui a volé la bobine du premier film poli­cier et menace de la détruire. De cinéma il sera aussi ques­tion pour les enfants dès 6 ans, avec les projec­tions d’Hugo Cabret de Martin Scor­sese le samedi à l’Ins­ti­tut Lumière et des Trois brigands, adapté du livre éponyme de Tomi Unge­rer, au cinéma Lumière Fourmi le dimanche.

Enfin, la tradi­tion­nelle Grande enquête urbaine rassem­blera les familles, tout le long du week-end. Polar nordique oblige, il s’agira de résoudre deux meurtres ayant en commun le relevé, sur la scène de crime, d’em­preintes d’un cervidé d’Eu­rope du Nord. Pendant envi­ron trois heures, les enquê­teurs parcour­ront la Presqu’île et le Vieux-Lyon, à la recherche d’in­dices four­nis par de drôles de person­nages, avant de dépo­ser leurs conclu­sions à l’Hô­tel de Ville le dimanche avant 16h30.

Quais du Polar du vendredi 29 au dimanche 31 mars. Entrée libre 10h-20h (18h dimanche). Palais du commerce, 20 place de la Bourse, Lyon 2e. Hôtel de Ville, 1 place de la Comé­die, Lyon 1er. quais­du­po­lar.com

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→ Villeur­banne: Faire la Fête

Encore un anni­ver­saire et pas des moindres : la Fête du livre jeunesse de Villeur­banne célèbre ses vingt ans en avril prochain! Alors, une fois n’est pas coutume, son direc­teur histo­rique Gérard Picot qui a l’ha­bi­tude de « distil­ler du poil à grat­ter » dans une program­ma­tion bâtie autour d’un thème d’ac­tua­lité – comme « Bien­ve­nue ! » l’an dernier, à l’adresse des réfu­giés – a souhaité marquer une pause pour cette édition excep­tion­nelle. « C’était impor­tant que pour une fois, on lève le pied, avec une fête poétique et aérienne qui donne la banane aux gens », indique-t-il avant d’ajou­ter dans un sourire espiègle « même s’il faut toujours s’at­tendre à tout, ici! »

L’idée est donc de faire la fête avant tout, d’abord en faisant venir non pas une, mais deux invi­tées d’hon­neur. La photo­graphe Claire Dé, qui fera parta­ger la vita­lité de son univers graphique et coloré dans l’ex­po­si­tion Parades! montée à partir de ses albums Arti Show, À toi de jouer ! et Qui suis-je?. Et l’au­teure d’al­bums jeunesse et de romans pour ados, Clau­dine Desmar­teau (lire l’in­ter­view page 18) qui a mené une rési­dence autour de sa série Les Conju­gouillons, dans une école et un collège à Villeur­banne. Puis évidem­ment, en conviant des auteurs et des illus­tra­teurs, déjà passés par là au cours des vingt ans écou­lés.

« Mon idée était d’avoir les témoins de l’hor­reur des deux premières années de la Fête du livre, ironise Gérard Picot, pour montrer comment on a pu passer d’un truc aussi peu profes­sion­nel, peu fédé­ra­teur et peu fréquenté, à l’évé­ne­ment qui existe aujourd’­hui. » Les visi­teurs pour­ront ainsi (re)voir Susie Morgens­tern, Lionel Le Néoua­nic ou Rebecca Dautre­mer, mais aussi les Lyon­nais fidèles à la Fête : Lucie Albon, Delphine Perret, Sébas­tien Mour­rain, Marie Quen­trec… Sans oublier des auteurs « surde­man­dés » qui n’étaient encore jamais venus comme Alber­tine et Germano Zullo, ou encore « des petits nouveaux » comme le Lyon­nais Anto­nin Atger qui, avec son premier roman futu­riste Inter­feel (dès 12 ans), devrait atti­rer « 200 ados dans son sillage ».

L’édi­tion 2019 marque aussi une nouveauté: « les auteurs feront eux-mêmes des lectures de leurs livres dans Le salon où l’on cause, pour les rappro­cher davan­tage de leurs lecteurs », indique Gérard Picot. Mais ce n’est pas tout: comme chaque année, la program­ma­tion s’agré­mente d’ate­liers acces­sibles dès 5 ans (pop up, fabri­ca­tion de chapeaux, BD, dessin, marion­net­tes…)  et de spec­tacles tous gratuits. Parmi eux, ne ratez pas les versions déjan­tées des contes de Blanche-Neige et de Cendrillon par la compa­gnie Mine de rien et les magni­fiques Appa­ri­tions/Dispa­ri­tions des Souf­fleurs qui chuchotent des secrets poétiques aux oreilles des spec­ta­teurs.

Le lieu de l’em­pa­thie

On l’a dit, l’en­ga­ge­ment n’est pas un vain mot à la Fête du livre jeunesse. C’est pourquoi nombre d’ou­vrages présen­tés traitent de sujets d’ac­tua­lité, en relayant les notions d’em­pa­thie et d’hu­ma­nisme auprès des jeunes lecteurs. « Si on n’est pas capable d’em­pa­thie enfant, quand le sera-t-on? » s’inquiète Gérard Picot, avant de pour­suivre: « On ne peut pas faire autre­ment que de trans­mettre de l’hu­ma­nisme car c’est nous qui formons les lecteurs de demain! » D’ailleurs, il n’a qu’un conseil à donner aux parents qui vien­dront à la Fête: « Confiez dix euros à votre enfant et lais­sez-le choi­sir son livre! Il va passer une heure à choi­sir le bouquin qui lui plaît le plus, il ne va jamais avoir lu autant de quatrièmes de couver­tures jusqu’au moment où il va se dire “c’est ce livre que je veux!”. »

Fête du livre jeunesse, le samedi 6 et le dimanche 7 avril. Entrée libre 10h-19h. Plusieurs lieux à Villeur­banne dont la Maison du livre de l’image et du son, 247, cours Émile-Zola. Tél. 04 78 68 04 04. Ateliers et spec­tacles gratuits sur inscrip­tion au point accueil une heure avant la séance. fete­du­livre.villeur­banne.fr

/ Clarisse Bioud