Que vous soyez passé à côté d’un film culte lors de sa sortie en salle ou que vous ayez envie de
parta­ger un bon moment de cinéma avec vos enfants, la rubrique Mon ciné-club vous propose de
(re)décou­vrir des films incon­tour­nables, faciles à déni­cher et à vision­ner en famille.

Ce mois-ci:
Jour de fête, de Jacques Tati.

C’est jour de fête à Sainte-Sévère: les forains débarquent avec des roulottes, un manège et même un cinéma ambu­lant pour montrer aux villa­geois impres­sion­nés un docu­men­taire sur les méthodes modernes de la Poste en Amérique. Avec son vieux vélo et sa simple déter­mi­na­tion, François le facteur va tout faire pour imiter ses homo­logues améri­cains. Premier long-métrage de Jacques Tati sorti en 1949, Jour de fête trouve aujourd’­hui encore une certaine réso­nance, dans une ère de l’im­mé­dia­teté et de la produc­ti­vité qui étouffe l’in­di­vidu et le lien social.

Dès le milieu du XXe siècle, le cinéaste et comé­dien a déjà diagnos­tiqué les effets secon­daires du mythe améri­cain qui, profi­tant des progrès tech­niques, cherche à valo­ri­ser la vitesse aux dépens de la qualité. En raillant cette quête de l’ex­ploit et de la rapi­dité, Tati emporte son modeste facteur à bicy­clette dans une « tour­née à l’amé­ri­caine » où il s’ef­force de distri­buer le cour­rier en un rien de temps. Avant de comprendre, tardi­ve­ment, que la vraie vie passe par les petites choses du quoti­dien, des services rendus entre villa­geois à l’ap­pré­cia­tion momen­ta­née d’un paysage rural. Il invite chacun à chérir ce qui fait sa spéci­fi­cité et à trou­ver sa voie sans cher­cher à ressem­bler à celui qui fait mieux et plus vite.

Une farce buco­lique atta­chante

Avec Jour de fête, le metteur en scène prône égale­ment la convi­via­lité et le plai­sir de la célé­bra­tion collec­tive. Une heure un quart durant, il se met en scène dans cette farce buco­lique atta­chante et vivace, qui atten­drit autant qu’elle amuse. Les plus cyniques argue­ront que l’hu­mour a quelque peu vieilli. Mais ceux qui conti­nuent de s’es­claf­fer à la vue d’un homme qui marche sur un râteau devraient trou­ver leur bonheur devant cet instant de cinéma léger et nostal­gique qui témoigne de cette France d’après- guerre encore atta­chée à ses valeurs. Restauré en 2014 dans un noir et blanc impec­cable, Jour de fête nous invite à rencon­trer François le facteur, silhouette gaul­liste et maladresse burlesque, et à suivre les gags visuels et sonores qui jalonnent le parcours de ce postier casse-cou.

L’info en plus: C’est dans le court-métrage L’École des facteurs (1947) que Tati a créé le person­nage de François le facteur, repris deux ans plus tard dans Jour de fête.

Par Thomas Périllon – lebleu­du­mi­roir.fr