Chaque hiver, une centaine d’en­fants scola­ri­sés dans la métro­pole de Lyon n’a d’autre choix que de dormir dans la rue. Alors, depuis des années, le collec­tif Jamais sans Toit, composé de parents d’élèves et d’en­sei­gnants, multi­plie les actions soli­daires et occupe illé­ga­le­ment des écoles et des collèges pour loger ces familles en détresse.

Comment s’est struc­turé le collec­tif ?

Cela remonte à 10 ou 12 ans. Le proces­sus s’est fait petit à petit et selon des moda­li­tés diffé­rentes. Le comité de l’école Michel-Servet (Lyon 1er) a par exemple toujours fonc­tionné en lien avec RESF (Réseau éduca­tion sans fron­tières). Jamais sans Toit permet à plusieurs collec­tifs lyon­nais, mais pas seule­ment, de parta­ger des solu­tions à un problème commun.

Depuis un an, la police est moins présente lors des occu­pa­tions d’école, comme si vous faisiez partie du système. Ne courez-vous pas le risque d’être instru­men­ta­li­sés ?

C’est un risque, oui. D’où notre commu­ni­ca­tion sur les réseaux et auprès des élus pour rappe­ler que cette situa­tion est anor­male. Nous avons très vite compris le problème puisque des agents publics redi­rigent certaines familles vers des écoles occu­pées…

Vous avez de bons rapports avec les services publics, les élus… ?

Les assis­tants sociaux des écoles et de la Métro­pole n’hé­sitent pas à nous contac­ter lorsqu’il faut faire un point sur certaines familles. Nous avons des échanges régu­liers avec la Préfec­ture. Jamais sans Toit est reconnu comme un inter­lo­cu­teur et nos chiffres peuvent servir, même s’ils ne reflètent pas toute l’am­pleur de la situa­tion car des enfants échappent à nos radars. Les rela­tions sont plus diffi­ciles avec les élus, c’est très variable.

La média­ti­sa­tion de Jamais sans Toit a permis de parler davan­tage des familles sans-abri. Est-ce qu’il y en a de plus en plus ?

Non, c’est la prise en charge par l’État et la collec­ti­vité qui est moins effi­cace. Des familles se retrouvent dehors alors qu’elles ont toutes les raisons d’être héber­gées. C’est la première année que nous aidons des deman­deurs d’asile. Aupa­ra­vant, ils étaient pris en charge immé­dia­te­ment par la Préfec­ture. En géné­ral, nous avons plutôt des débou­tés de l’asile, juste­ment. Mais il y a toujours des excep­tions, des cas de personnes qui ont des papiers et sont en galère de loge­ment, des femmes qui fuient des violences conju­ga­les…

Pourquoi ne pas fonder une asso­cia­tion ? Cela ne donne­rait-il pas plus de poids à vos actions ?

C’est un choix. Nous voulons rester des béné­voles mili­tants qui se spécia­lisent tout de même : certains inter­agissent davan­tage avec les services de la Métro­pole et la Préfec­ture, d’autres font plus de terrain… Nous récol­tons de l’argent grâce à des dons, les goûters soli­daires que nous orga­ni­sons dans les établis­se­ments. Cela nous sert à payer des nuits d’hô­tel quand une famille vient d’ar­ri­ver, avant la prise en charge de la Métro­pole, ou à payer les abon­ne­ments TCL. Ce sont de petites aides ponc­tuelles.

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Les écoles occu­pées de la métro­pole

À la fin janvier, le collec­tif Jamais sans Toit occu­pait encore quatre établis­se­ments : l’élé­men­taire Nigri­telle-Noire et le collège du Tonkin, voisins à Villeur­banne. L’école Pasteur, à Lyon 8e, et Paul-Bert, dans le 3e, étaient aussi concer­nées. Cet hiver, les parents d’élèves et ensei­gnants de Vaulx-en-Velin et du 1er arron­dis­se­ment de Lyon se sont régu­liè­re­ment mobi­li­sés.

Par Elise Capo­gna