Passion­née de contes depuis l’en­fance, Auré­lie Loiseau en a fait son métier, au fil de ses rencontres et de ses voyages. Un fil qu’elle a plai­sir de dérou­ler pour racon­ter aux oreilles de tous âges des contes qu’elle brode et tricote seule et, parfois, avec d’autres artistes.

Les contes, Auré­lie Loiseau a toujours aimé ça. “Quand j’étais petite, je ne m’en­dor­mais jamais tout de suite, et me cachais sous la couette pour dévo­rer des livres, encore et encore” s’amuse-t-elle aujourd’­hui. En gran­dis­sant en région pari­sienne, c’est vers le dessin qu’elle se dirige en premier lieu, plus préci­sé­ment celui de l’im­pres­sion textile, à l’école Olivier de Serres. Mais voilà qu’en créant ces motifs, elle convoque des images, une litté­ra­ture, une poésie, qui la ramènent à sa passion pour les mots. “Ces mots l’ont emporté sur le visuel” résume la jeune femme.

Alors qu’elle est encore étudiante, elle fait la rencontre de sa vie : une gale­riste et conteuse, qui orga­nise des visites contées de ses expo­si­tions. Pendant trois ans, cette bonne fée trans­met son savoir-faire à Auré­lie qui, en échange, anime des ateliers textiles pour les enfants, dans la gale­rie. La jeune femme est désor­mais conteuse. Elle se forme au chant, à la danse, au clown. Puis, elle voyage beau­coup. Cette décou­verte de nouveaux terri­toires, de nouvelles cultures, nour­rit son réper­toire de contes et lui permet, lorsqu’elle crée un spec­tacle inspiré de l’un de ces pays visité, d’uti­li­ser une carto­gra­phie et des images précises issues de ses souve­nirs person­nels.

Aujourd’­hui instal­lée dans l’Ain, dans le village de Reyrieux, à 30 minutes de Lyon, Auré­lie savoure sa chance d’avoir de l’es­pace et de pouvoir, quand ça lui chante, aller nour­rir sa curio­sité intel­lec­tuelle dans la métro­pole lyon­naise et s’y produire en tant qu’ar­tiste. Elle parti­cipe notam­ment régu­liè­re­ment au festi­val du Lâcher d’oreilles au Pola­ris, à Corbas.

Auré­lie Loiseau dans Strong Doudou © Guillaume MOLOKO

Parler à l’oreille des tout-petits

Très natu­rel­le­ment, Auré­lie s’adresse aux tout-petits (dès 18 mois). Un public qu’elle juge exigeant et diffi­cile, mais qui est son préféré. « J’aime leur immé­dia­teté, leur sincé­rité. S’ils partent à quatre pattes au bout de cinq minutes, c’est que quelque chose ne fonc­tionne pas dans le spec­tacle, explique-t-elle. Si au contraire, ils ont les yeux grand ouverts et n’en perdent pas une miette, c’est gagné ! » Les jeunes enfants ne trichent pas, et lui rendent compte de son travail en temps réel : « Je peux alors ajus­ter mon travail, en jouant sur la musi­ca­lité de la parole : je slame, je swingue ou au contraire je ralen­tis. »

Pour créer, Auré­lie aime parfois s’as­so­cier le talent d’autres artistes. Comme l’au­teure jeunesse Agnès de Lestrade pour son dernier spec­tacle Emois, et moi ?!, qui explore les émotions. Ou l’au­teure et illus­tra­trice Ylia Green dont l’uni­vers doux et coloré lui inspire Strong Doudou. Et si les enfants restent son public fétiche, Auré­lie n’a pas peur de s’aven­tu­rer auprès des adultes, dans un spec­tacle qui brode un conte autour de son collec­tage de témoi­gnages de personnes âgées.

Auré­lie garde toujours sur elle un carnet dans lequel elle note ces récits de vie, une phrase pronon­cée par un inconnu à la terrasse d’un café, une autre par son fils en train de jouer.

Autant de mots qui en amène­ront d’autres et donne­ront peut-être une histoire. Comme le fil que l’on tire, que l’on tisse, que l’on brode. Le textile n’est jamais loin des contes d’Au­ré­lie. Des tissus que l’on super­pose comme des peaux puis qu’on soulève, qu’on retire, pour décou­vrir qui on est ou qui on est devenu. Des méta­mor­phoses donc, un thème cher à Auré­lie. Car les contes résonnent de manière perpé­tuelle avec ce que l’on est en train de vivre. Ils nous aident à gran­dir, à évoluer. « Les contes viennent me trou­ver, plutôt que l’in­verse » confie Auré­lie Loiseau. Les siens viennent désor­mais nous trou­ver, ici et main­te­nant, en cette période inédite de confi­ne­ment.

Décou­vrez l’uni­vers d’Au­ré­lie Loiseau : http://aure­lie­loi­seau.com/

Par Clarisse Bioud / Photos de Guillaume MOLOKO