Les réponses d’Anne-Cécile Noel Da Silveira, psycho­mo­tri­cienne formée à la relaxa­tion théra­peu­tique, à Tassin-La-Demi-Lune.

Au bout d’un mois de confi­ne­ment, il est natu­rel que les colères et crises de larmes des enfants s’in­ten­si­fient à la maison. Comment faire pour les apai­ser ?

Il y a actuel­le­ment, notam­ment sur Inter­net, un foison­ne­ment de propo­si­tions pour calmer ses enfants, mais il est impor­tant de se déca­ler de ces injonc­tions. Il vaut mieux essayer de comprendre quelle émotion traverse l’en­fant et lui deman­der ce qu’il ressent: est-ce de la colère, de la peur, de la tris­tes­se…? Car quand on est en colère, on n’a pas envie de faire de la relaxa­tion! Accueillir l’émo­tion ressen­tie, la vali­der puis accom­pa­gner l’en­fant à ce moment-là va l’ai­der à s’apai­ser.

Comment peut-on l’ac­com­pa­gner concrè­te­ment?

On peut accom­pa­gner l’en­fant dans l’ex­pres­sion corpo­relle de son émotion, en le faisant taper des pieds, sauter, se dépla­cer comme un animal en colère, ou encore utili­ser un objet pouvant être malmené sans danger pour lui, comme un cous­sin ou une poupée de chif­fon. Cette période de confi­ne­ment est aussi le bon moment pour encou­ra­ger l’en­fant, dès l’âge de 3 ans, à construire une cabane: un lieu pour soi qui symbo­lise un espace de calme inté­rieur. Cette cabane peut aider l’en­fant à se proté­ger du monde exté­rieur mais aussi de ce qui est suscep­tible de l’agi­ter à l’in­té­rieur de lui. On peut dire que c’est créer du confi­ne­ment dans le confi­ne­ment, mais cela contri­bue juste­ment à se créer un espace à soi dans un envi­ron­ne­ment où on est actuel­le­ment toujours ensemble.

Une fois qu’on a compris ce proces­sus d’ac­cueillir l’émo­tion, y a-t-il des exer­cices de relaxa­tion que l’on peut faci­le­ment mettre en place à la maison?

Oui, en privi­lé­giant de les faire avec son enfant et, toujours, en sortant de toute posture injonc­tive. Plutôt que de la relaxa­tion passive diffi­cile à accom­pa­gner lorsqu’on n’est pas formé, je conseille aux parents de faire des exer­cices de relaxa­tion active qui sont aussi d’ex­cel­lents moyens, pour les enfants, de prendre conscience de leurs corps et de leurs sensa­tions.

Pour le jeune enfant, la motri­cité reste le terrain de décou­verte du corps le plus investi. Et l’on peut trou­ver de la détente en faisant bouger son corps. Je propose donc une relaxa­tion dyna­mique, avec alter­nance de contrac­tion et de détente de diffé­rents groupes muscu­laires (voir exer­cices 1). On peut égale­ment faire d’autres exer­cices en utili­sant une balle (de massage, à picots ou simple­ment de tennis) (voir exer­cices 2).

Enfin, n’ou­bliez pas de rire ! Car c’est une bonne façon de travailler de nombreux groupes muscu­laires et de dénouer les tensions, par exemple en faisant un concours de grimace, en jouant au cham­boule-tout avec des tout-petits, en regar­dant un dessin animé burlesque… le rire est acces­sible à tous!

1 – Exer­cices de détente et contrac­tions en alter­nance

  • Le visage: deman­dez à l’en­fant de plis­ser le nez, la bouche et le front, puis de relâ­cher. La contrac­tion peut s’ac­com­pa­gner d’une image, ou d’une qualité senso­rielle par exemple en faisant imagi­ner qu’il sent une très mauvaise odeur. Répé­tez trois fois de suite.
  • Les mâchoires: deman­dez à votre enfant de les serrer très fort, puis de relâ­cher douce­ment pour finir la bouche ouverte, la mâchoire déten­due. L’image propo­sée peut-être de faire comme un petit chien qui refu­se­rait de lâcher son os.
  • Les bras et les mains: deman­dez à l’en­fant de serrer les poings, de fléchir les bras, puis de relâ­cher en expi­rant bruyam­ment. Là encore, la mise en image peut aider: on peut imagi­ner qu’on presse une boule de pâte et qu’on la projette avec force au sol. Faites cet exer­cice trois fois de suite avec chaque bras.
  • Les abdo­mi­naux: allon­gés au sol, invi­tez l’en­fant, trois fois de suite, à contrac­ter ses abdo­mi­naux le plus fort possible, en roulant sur le côté, et se faisant le plus petit possible, mais seule­ment pendant quelques secondes, puis de relâ­cher la tension et de s’éta­ler au sol sur le dos comme une étoile de mer.
  • Les jambes et les pieds: debout, pieds nus, deman­dez à l’en­fant de faire comme s’il creu­sait dans le sable avec ses doigts de pieds. Il va alter­na­ti­ve­ment les replier en appuyant sur le sol puis les étirer, jusqu’à sentir ces mouve­ments dans les muscles de ses jambes.
  • Termi­nez par des étire­ments comme au réveil, comme font les chats à chaque chan­ge­ment de posi­tion.

2 – Exer­cices de détente et conscience du corps avec massage rapide de balle

Faire rouler la balle sous les pieds, en mettant du poids, puis sur les diffé­rents segments du corps, et enfin sous le dos, ce qui est le plus appré­cié.

Prendre la posture de l’en­fant en yoga : se poser genoux au sol, en boule, la tête posée juste devant et les bras relâ­chés le long du corps, paumes vers le haut. Puis, chacun son tour, donner et rece­voir le petit massage.

Enfant relaxation thérapeutique
Posi­tion de l’en­fant

Enfin, un exer­cice à faire en toute auto­no­mie: adossé à un mur avec la balle contre le dos, on la fait bouger le long de son dos comme un ours qui se grat­te­rait le dos contre un arbre.

Termi­ner par des étire­ments.

Enfant relaxation thérapeutique
Faire bouger la balle le long de son dos

Anne-Cécile Noel Da Silveira, cabi­net de psycho­mo­tri­cité, 29 avenue de la Répu­blique, Tassin-la-Demi-Lune. Tél. 06 60 06 39 25

Propos recueillis par Clarisse Bioud