Le confi­ne­ment du prin­temps dernier et ses dépla­ce­ments limi­tés, les chan­ge­ments d’ha­bi­tude qui en ont découlé, la préoc­cu­pa­tion crois­sante par rapport à l’en­vi­ron­ne­ment et à la santé… Pas éton­nant que la petite reine soit deve­nue la nouvelle star du pavé lyon­nais. De plus en plus de familles se mettent à péda­ler, mais Lyon est-elle adap­tée à ce mode de trans­port doux ? Boos­tée par la volonté des nouveaux élus, le rôle de l’école, le tissu asso­cia­tif et les boutiques spécia­li­sées, peut-elle deve­nir une “ville à vélo” comme d’autres grandes métro­poles ? 

Et la petite reine devint gran­de…

Certes la trot­ti­nette a toujours le vent en poupe, le skate ne perd pas de terrain et les rollers reviennent en force, portés par la mode du vintage. Mais au rayon des trans­ports doux (comprendre : qui ne polluent pas), le vélo est passé à la vitesse supé­rieure au prin­temps dernier et a pris d’as­saut le pavé lyon­nais.

Pendant le confi­ne­ment en effet, les trans­ports en commun étant moins fréquents et surtout plus anxio­gènes, nombreux sont ceux qui ont dépous­siéré leur deux-roues et décou­vert les joies de péda­ler dans une ville fantôme. D’autres ont réalisé qu’ils se déplaçaient plus vite en péda­lant, et qu’en plus des écono­mies réali­sées cela permet­tait de pratiquer une acti­vité physique, bonne pour la planète aussi.

Sorties au parc, visites à la famille, trajet pour l’école, cour­ses…­main­te­nant on fait tout en vélo, raconte Manon, maman de deux enfants dont un en bas âge. On a réalisé qu’on allait plus vite qu’en trans­ports en communs. J’ai un siège pour le plus petit quand on se balade et j’ai pris une remorque pour le trans­por­ter avec sa soeur, ainsi que les courses. Je suis surprise de voir que j’ar­rive très bien à rouler malgré ce poids à l’ar­rière, d’au­tant que je ne suis pas spor­tive ! Main­te­nant on envi­sage le vélo pour nos road trips en vacances”.

Une famille à vélo dans Lyon
© Susie Waroude

Un enthou­siasme conta­gieux : dans la foulée du décon­fi­ne­ment, les ventes ont plus que doublé (entre le 12 mai et le 12 juin elles ont augmenté de 117%, selon les chiffres de l’Union Sport & Cycle) boos­tées par la météo prin­ta­nière. Les maga­sins de sport ont été déva­li­sés et il a fallu attendre la rentrée pour ache­ter sa précieuse monture ou simple­ment la comman­der. Ce qui a d’ailleurs donné l’oc­ca­sion à certains d’ex­plo­rer d’autres pistes pour s’équi­per, comme les boutiques spécia­li­sées, telles Vélo­naute ou Cyclable, les ateliers de répa­ra­tion où l’on déniche des modèles vintages, comme la RénoCy­clette, ou encore les bourses à vélo comme celle orga­ni­sée en septembre à Villeur­banne par la Maison du Vélo.

L’ef­fet Covid, lié à l’ar­ri­vée des écolo­gistes au pouvoir, a mis la planète vélo en surchauffe, confirme Fabien Bagnon, Vice-président de la Métro­pole (groupe Écolo­gistes), surnommé “Monsieur vélo”. En réalité le trafic explose depuis une dizaine d’an­nées. Le vélo devient un mode de dépla­ce­ment de masse et ce n’est pas une régres­sion, au contraire ! La voiture n’a pas tenu sa promesse de liberté, on se retrouve coin­cés dans les bouchons. Le vélo est l’ou­til miracle de mobi­lité : il est non seule­ment plus agréable mais aussi plus perfor­mant car il fait gagner du temps de trajet. Regar­dez Barce­lone, Séville, les capi­tales d’Eu­rope du Nord, Stras­bourg (sacrée “capi­tale du vélo” en 2018, ndlr)… La tendance est globale et Lyon est en retard.

Pour­tant, avec plus de 800 kilo­mètres, le réseau lyon­nais fait partie des trois premiers au niveau natio­nal. Rien de tel pour encou­ra­ger le déve­lop­pe­ment de la pratique. Mais certains veulent mettre des bâtons dans les roues à cette belle dyna­mique : quar­tiers réti­cents aux pistes cyclables, autos et camions agacés par la coha­bi­ta­tion et qui commettent donc des inci­vi­li­tés envers les cyclis­tes… La lettre de doléances adres­sée au maire par l’as­so­cia­tion La ville à vélo, fin août, résume bien les diffi­cul­tés rencon­trées par les usagers, notam­ment les pistes occu­pées par les voitures, les utili­taires et les poids-lourds. Péda­ler sur le pavé lyon­nais n’est pas sans risques. Mais cela n’em­pêche pas la ville d’évo­luer dans le bon sens.

Un usage de plus en plus fami­lial

Lyon a mis le turbo au lende­main des élec­tions Métro­po­li­taines : l’es­sen­tiel du grand plan mobi­lité proposé David Kimel­feld, poussé par ses convic­tions et le contexte élec­to­ral, a été validé et de nouveaux aména­ge­ments ont été lancés.

Le trafic a augmenté de 36% à la rentrée par rapport à 2019. Or pour faci­li­ter l’usage du vélo, il faut encore plus d’in­fra­struc­tures. Donc nous avons réalisé des aména­ge­ments tran­si­toires et nous travaillons sur d’autres, plus pérennes, comme la montée de la Boucle et le cours Vitton-Roose­velt qui deviennent cyclables. Et comme l’usage est de plus en plus fami­lial, on ne se contente pas de créer plus de pistes : on monte en gamme le “réseau express vélo” pour le confort des usagers. Notre objec­tif est de faire de Lyon une métro­pole 100% cyclable, car elle ne peut pas rester la dernière métro­pole euro­péenne à avoir une confi­gu­ra­tion routière”, explique Fabien Bagnon.

L’idée est de réduire le trafic de voitures en centre-ville, comme l’a fait Londres par exemple, de piéton­ni­ser des zones entières, malgré les réti­cences de certains commerçants et rési­dents. Depuis le prin­temps, 45 kilo­mètres de pistes cyclables ont été aména­gés. Et les projets se multi­plient : l’amé­na­ge­ment de la rive droite des quais du Rhône, avec une piste de quatre mètres de large, est prévu pour 2025. Au total, 250 kilo­mètres sont prévus d’ici la fin du mandat, dans le but de multi­plier par trois les dépla­ce­ments à vélo.

Le nombre d’amé­na­ge­ments prévus est phéno­mé­nal”, se réjouit Cyril Vernay de la Maison du Vélo, asso­cia­tion créée en 2004 dont l’une des missions est de donner envie de choi­sir le vélo comme mode de dépla­ce­ment et de faci­li­ter sa pratique.

Mais il ne suffit pas de possé­der une bicy­clette et d’avoir des pistes à portée de roues : encore faut-il savoir circu­ler. C’est ce qu’on apprend notam­ment à la Maison du Vélo. Car rouler en ville n’est pas inné et mal circu­ler peut même coûter très cher : de 11€ l’amende pour des éclai­rages ou des freins mal réglés, jusqu’à 135€ si on ne s’ar­rête pas au feu rouge ou encore si on roule avec des écou­teurs ou télé­phone à la main. 

Péda­ler en toute sécu­rité, ça s’ap­prend

En plus, ou à la place des parents, l’école est un acteur majeur dans l’ap­pren­tis­sage du vélo. Les élèves de CM2 doivent d’ailleurs passer une évalua­tion et tout élève entrant au collège doit possé­der une feuille avec ses compé­tences APER (Attes­ta­tion de première éduca­tion à la route). Une disci­pline pluri­dis­ci­pli­naire qui inter­vient dès la petite section et qui mêle éduca­tion civique, éduca­tion physique et spor­tive, français… Elle permet à l’en­fant d’ap­prendre les règles de circu­la­tion et de compor­te­ment sur la route, qu’il soit passa­ger, piéton ou “roulant”.

En complé­ment de l’ap­pren­tis­sage scolaire, la Maison du Vélo forme les enfants, et leurs parents, à rouler en milieu urbain. “On met en place des anima­tions dans les écoles et les centres de loisirs sur le temps péri­sco­laire, mais on propose égale­ment des sessions d’1h30 aux familles qui le souhaitent, pour revoir les bases de la signa­li­sa­tion routière, les diffé­rents aména­ge­ments exis­tants pour les cyclistes, comme les doubles sens cyclables dans les zones limi­tées à 30km/h… On met en commun nos connais­sances du terrain avec les parents, tout le monde y gagne”, explique Cyril Vernay. Cette vélo-école donne les clefs à l’en­fant pour péda­ler en toute sécu­rité. La connais­sance du maté­riel étant primor­diale pour lui assu­rer la meilleure expé­rience possible sur la route. 

Grâce à une autre struc­ture, les Bicy­clettes Lyon­naises, les plus jeunes peuvent parti­ci­per à un “stage Biclou”, à partir de 4 ans, pour apprendre à rouler, véri­fier son maté­riel… lors de trois séances de 1h30 dans les parcs de la ville, pendant les vacances scolaires, le week-end, ou le mercredi après-midi. Et pour s’en­traî­ner, ils peuvent se rendre dans les parcs dédiés aux fous de vélo comme WeRide, doté d’une zone sécu­ri­sée pour les deux à sept ans qui pour­ront s’amu­ser sur le parcours d’obs­tacles, et d’un espace spécial VTT.

Une famille à vélo dans Lyon
© Susie Waroude

Méca pour tous ! 

Pour que l’en­fant soit acteur à part entière de ses sorties à vélo, des asso­cia­tions comme Le Chat perché ont élargi leurs ateliers méca­niques aux plus jeunes : lors du “Temps des chatons”, le deuxième samedi du mois, (à partir de novembre si la situa­tion sani­taire le permet), les cyclistes de 5 à 12 ans, accom­pa­gnés d’un parent, apprennent pendant deux heures à décou­vrir la méca­nique et répa­rer leur vélo, afin d’être auto­nomes à long terme. Comme en témoignent ces ateliers, à Lyon la volonté de démo­cra­ti­ser le vélo et de sortir les familles de leur voiture est plus forte que jamais. 

Bonnes adresses

  • Cyclable, 12 rue du Mail, Lyon 4. Tél. : 09 81 29 44 18. Lyon4.cyclable.com
  • Vélo­naute, 35 rue Tron­chet, Lyon 6. Tél. : 04 37 48 89 17. velo­naute.com
  • La RénoCy­clette, rue de Marseille, Lyon 7. Tél. : 07 69 04 04 01. Lare­no­cy­clette.fr
  • La Maison du Vélo, 244 rue Gari­baldi, Lyon 3. Tél. : 04 72 00 23 57. maison­du­velo.org. Sessions gratuites et possi­bi­lité d’em­prun­ter du maté­riel.
  • L’ate­lier du chat perché, 29 rue Salo­mon Reinach, Lyon 7. chat­perche.org. Le Temps des chatons: 2€ l’adhé­sion à la jour­née, 15€ l’adhé­sion annuelle.
  • Les Bicy­clettes lyon­naises, 6 route Napo­léon, Lentilly. Tél. : 06 33 74 39 92. Stage biclou, dès 4 ans: 60€.
  • WeRide, 7 Impasse Louis Saillant, Vaulx-en-Velin. Tél. : 04 28 29 89 22. weride.fr À partir de 9€ la jour­née pour les – 7 ans.

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Une famille en selle

Arri­vée à Lyon il y a 13 ans sans voiture, Virgi­nie, bretonne d’ori­gine, a appris à vivre sans. Pendant le confi­ne­ment elle a préféré son vélo au bus. Depuis on ne l’ar­rête plus ! Et dans la famille, qui vit en bas des pentes de la Croix-Rousse, tout le monde pédale.

Mes deux garçons de 11 et 12 ans ont appris à faire du vélo place des Terreaux et la petite soeur, Rose, 6 ans, n’est pas restée long­temps sur le porte-bagages. Je me rends tous les jours à mon travail en vélo, et je mets deux fois moins de temps qu’en bus pour parcou­rir les 12 kilo­mètres qui me séparent de Gerland. Sans comp­ter que je passe sur les quais et j’en prends plein les yeux entre les cygnes, les pêcheurs… Stan et Louis vont à l’école, en haut des pentes, à pied ou en vélo. Une fois qu’on est habi­tués, la montée n’est plus si diffi­cile. En famille, on fait des courses aux Corde­liers, on va au Musée des Confluen­ces… Depuis le confi­ne­ment, Rose décide de son itiné­raire lors de notre balade du dimanche en centre-ville. Au début j’ai été sévère, pour leur donner les clefs de la circu­la­tion à vélo, mais main­te­nant j’ai totale confiance en mes enfants. Un poli­cier m’a donné la solu­tion un jour pour limi­ter les risques : faire péda­ler mes enfants devant moi plutôt que derrière. Les vélos ache­tés sur le Bon Coin passent de l’un à l’autre. Pour les faire reta­per, on va chez Barou­deur Cycles en profi­tant de la prime de 50€ versée par l’État. Le vélo nous faci­lite vrai­ment la vie.”

Barou­deur Cycles, 10 Rue Sergent Blan­dan, Lyon 1. 

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5 conseils pour péda­ler avec son enfant 

© Susie Waroude
  • Pour débu­ter, préfé­rer la drai­sienne au vélo à roulettes car elle leur apprend l’équi­libre. On passe au vélo avec pédales quand l’en­fant à un bon appui sur la selle, sait s’élan­cer et s’in­cli­ner.
  • Avant sa première sortie à vélo, véri­fier que l’en­fant main­tient bien sa trajec­toire, y compris en montée, et qu’il sait frei­ner.
  • Avant d’ef­fec­tuer un trajet, le faire en amont seul, afin de repé­rer les passages problé­ma­tiques et donner le jour J à son enfant les infor­ma­tions les plus précises possible.
  • Péda­ler derrière son enfant pour anti­ci­per ses éven­tuelles erreurs et en décalé, légè­re­ment à gauche, afin d’obli­ger les véhi­cules à prendre plus de marge pour dépas­ser. Passer devant en cas d’in­ter­sec­tion diffi­cile et ne pas hési­ter à rede­ve­nir piéton.
  • Se rendre le plus visible possible, en portant un gilet jaune, en accro­chant un drapeau de sécu­rité au vélo…

Merci à Cyril Vernay de la Maison du Vélo.

Par Gaëlle Guitard

Photos : © Susie Waroude