Que vous soyez passé à côté d’un film culte lors de sa sortie en salle ou que vous ayez envie de parta­ger un bon moment de cinéma avec vos enfants, la rubrique Mon ciné-club vous propose de (re)décou­vrir des films incon­tour­nables, faciles à déni­cher et à vision­ner en famille. Ce mois-ci : Où est la maison de mon ami ? de Abbas Kiaros­tami, sorti en 1987.

Dans le village de Koker, en Iran, Nemat­za­deh oublie de faire ses devoirs dans son cahier. Son insti­tu­teur le menace : au prochain oubli, il sera tout simple­ment renvoyé de l’école ! Par un malen­con­treux hasard, Ahmad confond son cahier avec celui de son ami, le privant ainsi de la possi­bi­lité de répondre aux exigences de leur maître d’école. Afin d’évi­ter que Nemat­zade ne se fasse dispu­ter et n’en­court une expul­sion le lende­main, il part à la recherche du domi­cile de son ami dans le hameau envi­ron­nant pour lui rendre son cahier. Les adultes, loin de lui venir en aide, lui demandent des services ou lui assènent de rudes sermons…

Pour ce conte à hauteur d’en­fant, Où est la maison de mon ami ?, Abbas Kiaros­tami, photo­graphe iranien devenu cinéaste, soigne son cadre et sa struc­ture, et suit le parcours du héros à travers de longs plans-séquences renforçant l’im­pres­sion docu­men­taire. Tenant au réalisme de la vie rurale, il va même jusqu’à enga­ger des habi­tants sur place pour leur faire jouer leur propre rôle. Ces détails, qui peuvent paraître anodins, permettent de décou­vrir l’or­ga­ni­sa­tion sociale d’un Iran tradi­tion­nel.

Le parcours du combat­tant

Ce récit initia­tique offre aussi un regard sur la consi­dé­ra­tion de la parole de l’en­fant dans la société iranienne, alors que le jeune Ahmad s’échine à se faire entendre pour éviter une injus­tice immi­nente. Il va ainsi multi­plier les allers-retours entre le village où habite son ami et le sien, comme une méta­phore du parcours de ce jeune héros déter­miné. En suivant le périple du garçon, on admire la persé­vé­rance dont il fait preuve, quitte à braver les inter­dits et s’af­fran­chir des obli­ga­tions (parfois para­doxales) qu’on lui impose.

En fil rouge, le suspens est limpide : Ahmad parvien­dra-t-il à trou­ver la maison de Nemat­za­deh et le sauver de l’évic­tion qui le guette ? Le temps lui est compté et le dénoue­ment – malin – ne se dévoi­lera qu’à la toute dernière minute du film.

L’info en plus : Abbas Kiaros­tami est à l’hon­neur en ce début d’été 2021 avec la reprise de ses films majeurs dans les ciné­mas d’art et d’es­sais de France, une rétros­pec­tive inté­grale et une expo­si­tion au Centre Pompi­dou à Paris (jusqu’au 26 juillet), sans oublier la sortie en vidéo de plusieurs films inédits en version restau­rée (Potem­kine Films). Enfin, deux ouvrages sur le réali­sa­teur viennent de paraître : Abbas Kiaros­tami, L’œuvre ouverte, d’Agnès Devic­tor et Jean-Michel Frodon et Une ques­tion de cinéma – Conver­sa­tion avec Abbas Kiaros­tami de Godfrey Cheshire.

Durée : 1h23.