Le 1er décembre 2021, l’As­sem­blée natio­nale votait la propo­si­tion de loi Bala­nant pour la créa­tion d’un délit de harcè­le­ment scolaire. Un renfor­ce­ment légis­la­tif discuté, qui marque pour­tant une prise de conscience natio­nale de ce fléau touchant un élève sur dix en France. Le texte pointe aussi la néces­sité d’une meilleure forma­tion pour détec­ter et prendre en charge les cas de harcè­le­ment scolaire. Sur le terrain, le manque de connais­sance des outils exis­tants et la loi du silence font écla­ter le besoin d’une libé­ra­tion de la parole.

À l’âge de 10 ans, Noa a commencé à être insulté et rabaissé par d’autres élèves à l’école. De la « méchan­ceté gratuite  », sans violence physique au début. Puis, « ils ont vu qu’ils ne pouvaient pas m’at­teindre sur le plan verbal, alors ils ont commencé à me mettre des coups de poing dans l’épaule, des balayettes  », se rappelle Noa, aujourd’­hui âgé de 15 ans. La situa­tion s’en­ve­nime pendant deux ans, jusqu’à son entrée en 5e. « Quand Noa nous a dit “j’y arrive plus, il faut m’ai­der”, on est allé voir le direc­teur  », retrace le père, Patrice Iaco­vella. S’en­suit alors un long parcours du combat­tant face à un chef d’éta­blis­se­ment qui nie les faits. « Il disait “c’est normal, ce sont des enfants…” Mais Noa rentrait avec des bleus et perdait le goût d’al­ler à l’école !  » s’ex­clame le père, ému en se remé­mo­rant l’in­dif­fé­rence. « En tant que parents, on est complè­te­ment dému­nis, on se pose plein de ques­tions : qu’est-ce que j’ai raté ? Que puis-je faire ?  »

Un phéno­mène de société rava­geur

Dans son rapport sur le harcè­le­ment scolaire remis en octobre 2021 aux ministres de l’Édu­ca­tion et de la Justice, le député Erwan Bala­nant dresse un constat : plus de 10 % des élèves seraient victimes chaque année, en France. Cent vingt propo­si­tions pour « comprendre et combattre  » le phéno­mène ponc­tuent l’enquête.

Comprendre s’avère en effet le premier enjeu face à la mini­mi­sa­tion des faits, trop souvent appa­ren­tés à de banales querelles d’en­fants. Alors, à quel moment peut-on parler de harcè­le­ment scolaire ? Sur le site de l’Édu­ca­tion natio­nale, il se défi­nit comme « une violence répé­tée qui peut être verbale, physique ou psycho­lo­gique. […] Elle est le fait d’un ou de plusieurs élèves à l’en­contre d’une victime qui ne peut se défendre. Lorsqu’un enfant ou un adoles­cent est insulté, menacé, battu, bous­culé ou reçoit des messages inju­rieux à répé­ti­tion, on parle donc de harcè­le­ment.  »

Une défi­ni­tion reprise sur le site de l’as­so­cia­tion lyon­naise HUGO ! qui lutte contre le harcè­le­ment scolaire depuis 2008. C’est à la suite d’une hospi­ta­li­sa­tion, après avoir été harcelé à l’école de ses 6 à 18 ans, qu’Hugo Marti­nez trouve son salut en créant cette asso­cia­tion. « Toute diffé­rence peut amener un enfant à être victime  », explique-t-il, en ajou­tant que le harcè­le­ment touche autant les filles que les garçons. Le rapport Bala­nant confirme : « Les enfants victimes sont ceux qui, bien souvent, sont consi­dé­rés comme diffé­rents du groupe, par le biais de critères de discri­mi­na­tion offi­ciel­le­ment recon­nus ou pour tout autre motif, réel ou supposé, qui les distin­gue­raient du reste du groupe.  » Toute­fois, Hugo Marti­nez tient à clari­fier : « Il n’y a pas de profil type d’en­fant harcelé. On a vu des cas de harcè­le­ment scolaire pour la couleur d’un masque !  » Absur­dité parfois meur­trière : d’après les chiffres de l’as­so­cia­tion HUGO !, 20 jeunes sont décé­dés des suites de harcè­le­ment scolaire en 2021…

« Les consé­quences psycho­lo­giques sont durables et destruc­trices, assure Julie Fran­cols, psycho­logue clini­cienne respon­sable du Centre de Psycho­trau­ma­to­lo­gie et de Victi­mo­lo­gie de Lyon 3e. Car le harcè­le­ment ne s’ar­rête pas à l’acte de violence. Comme le trau­ma­tisme, il incruste quelque chose chez l’en­fant, qui est ensuite dans la déshu­ma­ni­sa­tion ; il n’est plus un sujet, mais la proie d’un autre enfant. L’es­time de soi est alors quasi­ment nulle, et la recons­truc­tion très longue. On parle d’un enfant en construc­tion dans son rapport à lui-même et aux autres. Le travail théra­peu­tique est donc fonda­men­tal très tôt ».Tout­chan­ge­ment­sou­dain­dans­le­com­por­te­ment de l’en­fant doit mettre la puce à l’oreille des adultes : troubles du sommeil, troubles anxieux (maux de ventre, eczéma), perte d’ap­pé­tit, perte de l’es­time de soi, désin­ves­tis­se­ment scolaire avec baisse des résul­tats, ou encore perte d’en­train et repli sur soi. Dans les cas les plus graves, les victimes présentent des symp­tômes asso­ciés aux états de stress post-trau­ma­tique, comme des cauche­mars, ressas­se­ments des violences vécues avec détresse émotion­nelle réac­ti­vée dès qu’elles repensent à la scène, compor­te­ments d’évi­te­ment, troubles de la mémoire, irri­ta­bi­lité, culpa­bi­li­té… voire idées suici­daires avec passage à l’acte. Selon le rapport Bala­nant, « un quart des victimes de harcè­le­ment a déjà envi­sagé le suicide.  » En outre, obte­nus de plus en plus tôt, les smart­phones et ordi­na­teurs portables permettent au harcè­le­ment scolaire de se pour­suivre jusqu’au domi­cile des élèves, via les réseaux sociaux. Les victimes de ce cybe­rhar­cè­le­ment ne trouvent alors plus de répit. D’après le rapport Bala­nant, 25 % des collé­giens ont déjà été victimes d’at­teintes en ligne en 2017, avec une prédo­mi­nance chez les filles davan­tage expo­sées aux cyber­vio­lences à carac­tère sexiste ou sexuel. Mais le phéno­mène touche de plus en plus dès l’école élémen­taire. En France pour­tant, la majo­rité numé­rique est fixée à 15 ans, et les réseaux sociaux inter­dits au moins de 13 ans (moins de 16 ans pour Snap­chat).

Ces attaques sont d’au­tant plus violentes que les écrans favo­risent une distance qui rend invi­sible la souf­france de la personne. Les consé­quences sont alors plus graves : en 2020, une enquête IFOP révé­lait que des séquelles psycho­lo­giques concernent 35 % des enfants harce­lés contre 67 % des victimes de cybe­rhar­cè­le­ment, plus sujettes aux suicides. Face à ces glaçants constats, une prise de conscience poli­tique s’opère progres­si­ve­ment.

Vers un délit de harcè­le­ment scolaire ?

Aujourd’­hui, le harcè­le­ment scolaire tombe sous le coup du harcè­le­ment moral, puni par le Code pénal. L’au­teur des faits, âgé de plus de 13 ans et de moins de 18 ans, encourt une peine de prison de 6 à 18 mois et une amende de 7 500 euros. Dans les faits, des mesures éduca­tives sont le plus souvent appliquées. Pour les moins de 13 ans, la Justice des mineurs accorde en géné­ral la présomp­tion de non-discer­ne­ment. Autre outil légis­la­tif : le Code de l’édu­ca­tion instaure le droit pour tous les enfants de suivre une scola­rité sans harcè­le­ment scolaire. En mai 2021, le tribu­nal admi­nis­tra­tif de Melun a reconnu ce droit comme une liberté fonda­men­tale. Mais Hugo Marti­nez veut aller plus loin. Avec son asso­cia­tion, il milite depuis cinq ans pour la créa­tion d’un délit spéci­fique de harcè­le­ment scolaire : « Aujourd’­hui en France, on peut porter plainte pour harcè­le­ment sexuel, au travail, dans la rue, moral, mais pas pour harcè­le­ment scolaire. L’idée est de mettre fin à cette inéga­lité. La société française a malheu­reu­se­ment besoin qu’il y aitun­dé­lit­pourque­des­moyens­soient­mi­senœuvre. »Pour­lejeune homme, la quali­fi­ca­tion pénale permet­trait « d’abord à la victime d’être recon­nue comme telle afin que ça ouvre une prise en charge des soins théra­peu­tiques. Puis, montrer aux harce­leurs qu’ils ont dépassé une ligne rouge.  » Voté à l’una­ni­mité à l’As­sem­blée natio­nale, le texte de loi Bala­nant crée le délit de harcè­le­ment scolaire, alors puni de 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende lorsque les faits auront causé une inca­pa­cité totale de travail infé­rieure ou égale à huit jours. Dans le cas d’un suicide ou d’une tenta­tive de suicide de la victime, la peine monte à 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende. Mais le texte doit encore être étudié par un Sénat beau­coup moins convain­cu…

Car le texte de loi divise, du côté des poli­tiques comme des asso­cia­tions. HUGO ! est la seule à le soute­nir, là où les autres le jugent trop répres­sif. Hugo Marti­nez rassure : « Ces sanc­tions permettent d’éta­blir la gravité des faits ; elles ne seront jamais appliquées telles quelles par la Justice des mineurs.  » Les détrac­teurs de la loi accusent pour­tant une « suren­chère pénale  » au détri­ment de réponses éduca­tives. C’est aussi l’avis de Maître Carine Monzat, avocate au barreau de Lyon : « On ne peut pas calquer à des enfants les mêmes sché­mas qu’aux adultes. De 3 à 12 ans, les gamins apprennent : c’est à nous, adultes, de leur apprendre la limite.  » Le harcè­le­ment scolaire étant déjà sanc­tion­nable par le biais du délit de harcè­le­ment moral, l’avo­cate évoque un « empi­le­ment de réformes  » qui éloigne du véri­table enjeu : la libé­ra­tion de la parole. « On a déjà un panel légis­la­tif avec lequel on obtient de bonnes déci­sions, pointe-t-elle. Le tout est de pouvoir appor­ter des preuves de ce harcè­le­ment. Car ceux qui osent parler sont rembar­rés. C’est une ques­tion de libé­ra­tion de la parole, pas d’ag­gra­va­tion des sanc­tions.  »

Face à la loi du silen­ce…

En 2019, Maître Monzat défen­dait un cas de harcè­le­ment scolaire. « On a dit à ma cliente : “tu peux pas dire ça, ça va nuire à la répu­ta­tion de l’éta­blis­se­ment” », dénonce-t-elle. Patrice Iaco­vella évoque lui aussi « un parcours du combat­tant  » pour se faire entendre : « Le collège niait en bloc. Pour prou­ver les faits, on a voulu récu­pé­rer le dossier médi­cal de Noa à l’in­fir­me­rie : bizar­re­ment, il avait disparu. Il était vierge comme si Noa n’y avait jamais été.  » Le père se rappelle aussi du mensonge du direc­teur pour sabo­ter une rencontre avec les parents du harce­leur, de profes­seurs témoins de scènes d’agres­sion qui ne voulaient pas témoi­gner… « Comme s’il ne fallait surtout pas que ça se sache !, s’en étrangle-t-il encore. On s’est sentis mépri­sés, face à un mur que je pensais infran­chis­sable.  » Patrice assure n’avoir jamais eu de réponse de l’Ins­pec­tion d’aca­dé­mie. Une situa­tion kafkaïenne, dans laquelle Noa se sentait coupable : « Je me disais qu’à cause de moi, mes parents ne dormaient plus, ne mangeaient plus…  »

Des proto­coles existent pour­tant sur le site de l’Édu­ca­tion natio­nale pour se saisir des faits. « Dans tous les cas, les direc­tions d’école sont infor­mées et respon­sables du trai­te­ment des situa­tions de harcè­le­ment  », affirment-ils. Il faut alors réunir l’en­sei­gnant, le direc­teur d’école, et, selon les cas, le corres­pon­dant de la mairie, le psycho­logue scolaire et l’in­fir­mier pour analy­ser la situa­tion et élabo­rer des réponses. Si la situa­tion peut faire l’objet d’une quali­fi­ca­tion pénale, le direc­teur doit faire un signa­le­ment auprès du procu­reur de la Répu­blique. L’alerte peut aussi être donnée via le numéro vert 3020 : les appels sont alors redis­tri­bués au niveau acadé­mique ou dépar­te­men­tal, où un réfé­rent harcè­le­ment prend contact avec l’éta­blis­se­ment.

… libé­rer la parole

Clai­re*, profes­seure de français d’un collège lyon­nais, témoigne pour­tant : « Il y a des chefs d’éta­blis­se­ments qui ne prennent pas le risque de décla­rer les cas de harcè­le­ment scolaire au procu­reur de la Répu­blique : moins il y a de faits rappor­tés, mieux c’est pour leur bilan. Dans ce sens-là, on ne se sent pas soute­nus, car on sait qu’il y a une poli­tique comp­table derrière.  » Inter­rogé, le Recteur de l’aca­dé­mie de Lyon est formel : « Il n’y a aucune volonté de la part de l’ins­ti­tu­tion de lais­ser des cas de harcè­le­ment sous le tapis. Lorsqu’une infor­ma­tion remonte au recto­rat, elle est trai­tée. Ceci étant, le harcè­le­ment a une part de subjec­ti­vité. Parfois, la percep­tion que peuvent avoir les élèves ou les familles n’est pas avérée à nos yeux.  »

« Beau­coup de parents racontent comment l’école a essayé de les convaincre de trou­ver une solu­tion en interne, rapporte la psycho­logue Julie Fran­cols. À chaque étape du proto­cole, il y a une résis­tance qui fait qu’à la fin, il n’en ressort quasi­ment rien. On propose une solu­tion minime, une confron­ta­tion, mais on ne fait pas exis­ter les faits. Pour l’en­fant victime, c’est une façon d’être annulé une deuxième fois : on lui dit que ce qu’il a vécu n’est pas si impor­tant que ça.  » Elle prévient : « Les parents ne doivent pas se lais­ser enfer­mer dans cette confi­den­tia­lité : il faut remon­ter jusqu’au recteur de l’aca­dé­mie, l’ins­pec­tion de l’aca­dé­mie, puis élar­gir à la police.  » Un point de vue partagé par Maître Monzat : « Quand vous êtes confron­tés à l’omerta, l’enjeu est que les faits soient enten­dus. J’ai déjà conseillé à mes clients d’écrire à Média­part… Il faut que la parole sorte de l’en­ceinte de l’éta­blis­se­ment pour entrer dans le judi­ciaire.  » L’avo­cate insiste : s’il s’agit de « dire les choses  », il faut aussi « qu’il y ait une oreille pour les recueillir.  » Savoir détec­ter les situa­tions de harcè­le­ment scolaire et recueillir la parole d’un enfant en proie à la peur, la honte ou la culpa­bi­lité s’avèrent alors le nœud du problème dans les établis­se­ments scolaires.

Sur le terrain, un person­nel scolaire démuni

Pour ce faire, les proto­coles de l’Édu­ca­tion natio­nale proposent un guide détaillé sur la façon de recueillir la parole en primaire, au collège et au lycée. Une grille des signaux faibles permet aussi de mieux détec­ter les cas de harcè­le­ment scolaire. Pour­tant, peu d’en­sei­gnants ont connais­sance de ces outils. Muriel*, profes­seure de français dans un collège classé REP à Lyon 7e, enseigne depuis 20 ans : elle n’en a jamais entendu parler. Même chose du côté de Johanna Clau­din, profes­seure à l’école primaire Joseph-Cornier à la Croix-Rousse qui enseigne depuis 18 ans. Dans son rapport, le député Bala­nant constate le désar­roi du person­nel scolaire, démuni dans la plupart des cas : « Les efforts déployés pour sensi­bi­li­ser, détec­ter les signaux faibles ou accom­pa­gner les victimes dépendent encore trop des réflexes de bon sens des adultes.  » Face à ces écueils, la forma­tion du person­nel scolaire appa­raît alors indis­pen­sable. Pour­tant, « le harcè­le­ment scolaire n’est pas dans la forma­tion initiale des ensei­gnants, atteste Hugo Marti­nez. La seule chose propo­sée, ce sont des forma­tions qu’ils peuvent suivre sur la base du volon­ta­riat. Or, on a besoin que les enfants soient entou­rés d’adultes capables de rece­voir leur parole et de la trai­ter ensuite.  » Si dans le second degré, l’en­sei­gnant peut postu­ler à une forma­tion ou se la voir propo­sée par l’éta­blis­se­ment, celles-ci ne sont jamais obli­ga­toires, et rares sur le sujet. « Parfois la direc­tion n’ac­corde qu’une forma­tion par an, et parfois notre candi­da­ture n’est pas rete­nue car il n’y a pas assez de place  », ajoute Muriel. Au contraire, les profes­seurs des écoles ont 18 heures de forma­tions obli­ga­toires par an. Mais Johanna Clau­din assure ne jamais avoir été formée sur le harcè­le­ment scolaire. « Il y a le site Édus­col qui propose des ressources pour border plein de thèmes avec les élèves, admet-elle, mais c’est encore sur la bonne volonté de l’en­sei­gnant, et on est déjà submer­gés…  »

Former les adultes, éduquer les enfants

En consé­quence, le texte de loi Bala­nant souhaite instau­rer la forma­tion des ensei­gnants et l’obli­ga­tion pour chaque établis­se­ment de défi­nir un proto­cole de trai­te­ment des faits de harcè­le­ment. « On sort le problème de l’en­fer­me­ment pour en faire un problème de société  », salue la psycho­logue Julie Fran­cols. En atten­dant, les ensei­gnants prennent déjà des initia­tives pour sensi­bi­li­ser leurs élèves. Johanna Clau­din s’est tour­née vers Le Labo collec­tif, une asso­cia­tion dont la fonda­trice Nina Vernay a mis au point un module sur le harcè­le­ment scolaire dans lequel elle utilise le théâtre pour permettre aux enfants de se glis­ser dans la peau d’un enfant harcelé, harce­leur, témoin… « J’amène une réflexion sur ce qu’est une violence verbale : est-ce que c’est aussi grave qu’une violence physique ? Où est-ce que ça fait mal ?, décrit-elle. J’évite d’uti­li­ser les mots “harcè­le­ment scolaire”, car je m’ins­pire de la méthode Pikas où on ne parle pas de harce­leur ni harcelé, mais d’in­ti­midé et d’in­ti­mi­da­teur. Je trouve impor­tant à leur âge de ne pas les canton­ner à ces rôles.  » Conçue dans les années 1970 en Suède par le psycho­logue Anatol Pikas, la méthode Pikas part du prin­cipe que le harcè­le­ment est un phéno­mène de groupe qui repose sur la peur et exerce une pres­sion sur chacun de ses membres, le harcelé comme le harce­leur, sans oublier les témoins. Pour insuf­fler une dyna­mique construc­tive et empa­thique, des entre­tiens indi­vi­duels sont menés avec les élèves pour cher­cher avec eux ce qu’ils pour­raient mettre en œuvre pour que le harcè­le­ment cesse. À ce jour, cette méthode s’avère une des plus effi­caces pour résoudre les situa­tions de harcè­le­ment. Il y a deux ans, Muriel s’y est formée auprès de l’APHEE**. En janvier, elle devait parta­ger son savoir avec d’autres ensei­gnants, une idée de sa CPE. Mais la forma­tion a été annu­lée à cause du Covid.

Dans son rapport, le député poin­tait déjà le besoin d’éduquer les enfants pour ne plus repro­duire les logiques de discri­mi­na­tions à la base du harcè­le­ment scolaire : « Le rôle des parents et des éduca­teurs est de rendre la personne diffé­rente de soi fami­lière.  » Aussi le texte de loi propose-t-il un stage de « sensi­bi­li­sa­tion aux risques liés au harcè­le­ment  » pour les harce­leurs. Une mesure qu’Hugo Marti­nez appelle de ses vœux : « Dans 9 cas sur 10, ce sont des enfants qui souffrent : parfois ce sont d’an­ciennes victimes de harcè­le­ment scolai­re… Il faut les aider à comprendre comment ils en sont arri­vés là. L’as­so­cia­tion HUGO ! peut les aider. Le H de HUGO ! c’est le H de harcelé, mais aussi de harce­leur ; on ne stig­ma­tise pas les enfants.  »

* Les prénoms ont été chan­gés à la demande des personnes.
** Asso­cia­tion pour la préven­tion des phéno­mènes de harcè­le­ment entre élèves.


Trou­ver de l’aide

• Asso­cia­tion HUGO ! : 09 80 40 53 10. asso-hugo.fr
• Numéro vert natio­nal contre le harcè­le­ment scolaire : 3020
• Net Écoute, le numéro vert natio­nal de prise en charge des victimes de cybe­rhar­cè­le­ment à l’école : 3018 (Net Écoute peut aussi aider au retrait d’images ou de propos bles­sants, voire à la suppres­sion des comptes).
• Réfé­rent harcè­le­ment de l’aca­dé­mie de Lyon : 0 800 409 409.


Article rédigé par Louise Reymond • © Illus­tra­tions Camille Gabert