Dans son premier long-métrage, Laura Wandel plonge le spec­ta­teur à hauteur d’en­fant dans le huis clos de l’école. Alors que Nora vit ses premiers jours en CP, elle découvre que son frère est harcelé par d’autres élèves. Entre son envie de l’ai­der et son besoin de s’in­té­grer, la fillette devra trou­ver sa voie dans cette micro société où agissent déjà les dyna­miques de groupe et d’ex­clu­sion.

Le film se situe du point de vue du témoin et pas de celui de l’en­fant harcelé. Pourquoi ?
Le point de vue du témoin n’est pas souvent abordé. Or, c’est aussi une grande violence pour le témoin de devoir se posi­tion­ner. Dans le film, lorsque Nora s’im­merge dans l’eau à la piscine ou rabat sur ses yeux le bandeau quand elle joue à colin-maillard, c’est une manière pour elle
d’es­sayer de se proté­ger. Je voulais montrer la violence morale, celle de Nora qui est tout le temps divi­sée entre aider son frère et s’in­té­grer… Décrire une rela­tion entre un frère et une sœur me permet de montrer ce qu’on est prêt, parfois, à aban­don­ner de sa propre iden­tité pour être accepté par les autres.

Elle essaie pour­tant de trou­ver de l’aide auprès des adultes, mais se heurte à une surveillante débor­dée, une maîtresse dému­nie, un père maladroit…
Je ne veux pas émettre de juge­ment sur les actes des adultes. Ils sont dému­nis et n’ont pas toujours les bons outils. Mais je voulais montrer la sensa­tion de cette enfant qui a l’im­pres­sion de ne pouvoir comp­ter sur personne. Dans la manière de filmer, on est toujours seul avec elle, le champ resserré montre son isole­ment. J’es­saie d’être dans la percep­tion de cette enfant qui vit la cour de récréa­tion comme une sorte de jungle où presque chaque milli­mètre d’es­pace est déjà pris et où il faut trou­ver sa place.

Un monde est-il un film sur le harcè­le­ment scolaire ?
Pas seule­ment. Je voulais montrer cette petite fille qui découvre l’école et les enjeux d’in­té­gra­tion et de recon­nais­sance. Tous ces enfants sont reliés par la même peur : celle de l’ex­clu­sion. Lorsqu’un enfant est violent, c’est qu’une bles­sure en lui n’a pas été recon­nue. C’est pourquoi le frère harcelé devient harce­leur : c’est sa façon d’ex­té­rio­ri­ser la violence. Je veux ainsi renvoyer le spec­ta­teur à ses propres a priori. Car ça prend du temps d’es­sayer de comprendre l’autre, de se mettre à sa place ; c’est plus facile de juger et d’ex­clure.

Un monde. Dès 10 ans. 1h13 (Bel). Actuel­le­ment en salle.