Depuis plus de dix ans, l’au­teure-illus­tra­trice Clémen­tine Sour­dais conçoit ses livres comme des décors de théâtre pour mettre en scène des contes tradi­tion­nels ou décla­rer sa flamme à la nature. Dans son dernier album, dont elle a écrit le texte, elle nous raconte la randon­née d’une petite fille en montagne, partie à la décou­verte de la nature et d’elle-même.

Clémen­tine Sour­dais parle avec les mains, d’une gestuelle souple et sensuelle qui vient souli­gner ses propos comme une choré­gra­phie. « Je suis très manuelle et très tactile  », confirme l’in­té­res­sée, avant de plon­ger les lèvres dans son chaï latte. Ce sens du toucher, hyper-déve­loppé, est chez
elle inné. Quand elle était petite, bien plus que le dessin, son truc à elle, c’était la pote­rie. « Je fabriquais beau­coup d’objets usuels et quelques saynètes de narra­tion, avec des maisons dont on pouvait enle­ver le toit, des cours d’école, des person­na­ges…  » Un goût pour les histoires et les décors que Clémen­tine relie au théâtre. Car née à Avignon, elle a eu très tôt l’ha­bi­tude d’as­sis­ter au festi­val en famille : « J’ai eu la chance d’être au contact de grandes œuvres dans des lieux spec­ta­cu­laires qui m’ont marquée.  » Aujourd’­hui encore très inté­res­sée par le théâtre, on retrouve toujours dans son travail « un lien entre une fiction, une narra­tion, un espace et une mise en scène.  » Des histoires, elle en a aussi fait le plein dans la librai­rie jeunesse de ses parents : « J’avais accès à tout l’éven­tail de ce qui exis­tait, avec des livres très spéci­fiques comme les Prélivres de Bruno Munari, mais aussi les Tom-Tom et Nana: c’était une grande richesse, une fenêtre sur le monde et sur des person­na­li­tés singu­lières. Cela me passion­nait.  » Depuis l’en­fance, elle l’af­firme : « Les livres, c’est ma maison !  » Après deux ans aux Beaux-Arts de Marseille où elle peine « à inven­ter son propre langage  », Clémen­tine migre à l’école Émile Cohl de Lyon dont les huit heures de pratique artis­tique quoti­dienne lui permettent d’ac­qué­rir « une solide forma­tion, essen­tielle  ». Un diplôme et un premier bébé plus tard, elle prend le temps de dessi­ner d’im­menses scènes de marchés d’un peu partout dans le monde et d’adap­ter, avec son amou­reux, un conte mongol. Ces créa­tions sédui­ront des éditeurs et lance­ront sa carrière d’illus­tra­trice. Le tour­nant s’opère il y a une dizaine d’an­nées, lorsqu’elle crée « un mini-livre en dentelle de papier  » pour le concours de livres minus­cules orga­nisé par le musée de l’Im­pri­me­rie de Lyon. Le décou­vrant, les éditions Hélium lui commandent une série de livres en papier découpé sur les contes de Perrault. Le Petit Chape­ron rouge, Le Chat botté… des récits ancrés dans nos mémoires que l’illus­tra­trice va mettre en scène dans de précieux « livres- objets » qui se déplient comme un accor­déon entre les mains de l’en­fant, d’un côté en couleur, de l’autre en noir pour se racon­ter l’his­toire en théâtre d’ombres.

Nature et décou­vertes

D’un tempé­ra­ment indé­pen­dant, Clémen­tine travaille seule. À une excep­tion près : avec son amie Char­line Picard, auteure-illus­tra­trice, elle a publié une série sur les quatre saisons en mettant l’ac­cent sur la nature qui l’at­tire et la passionne de plus en plus. « Contrai­re­ment à Char­line qui est née près du lac d’An­necy, je n’ai pas eu la trans­mis­sion d’un savoir de la nature. J’ai l’im­pres­sion qu’il me manque quelque chose : j’ai envie de comprendre comment ça marche !  », confie-t-elle. Ces livres ont donc été l’oc­ca­sion d’ef­fec­tuer de nombreuses recherches : « C’est la première fois que j’al­lais au dépar­te­ment sciences de la biblio­thèque de la Part-Dieu !  » Le résul­tat ? De superbes ouvrages four­millant d’in­for­ma­tions, agré­men­tées de jeux, de poèmes et de recettes, le tout traité avec une grande variété d’illus­tra­tions.

« La nature, c’est quelque chose de contem­pla­tif et de poétique ; ça t’em­porte en fait !  », s’ex­clame Clémen­tine, qui vient de publier

La Grande Esca­pade, au Seuil Jeunesse. Riche de découpes et de pop-up, cet album, qui compte aussi des planches natu­ra­listes, est une ode à la nature et à la liberté. On y suit la jeune Brume qui, après s’être dispu­tée avec sa mère, part au sommet de la montagne. Une histoire que, pour la première fois, Clémen­tine a écrite seule. Pour une raison simple : « Cette petite fille, c’est moi ! Mais c’est aussi un enfant d’aujourd’­hui. J’ai grandi à une époque où on avait beau­coup plus de liberté, où on pouvait se prome­ner seul. Décou­vrir mon quar­tier toute seule en vélo, c’était puis­sant !  » Pour les illus­tra­tions aussi, Clémen­tine s’est recon­nec­tée à l’en­fant qu’elle était, retrou­vant « le plai­sir de dessi­ner en assu­mant ce qui sort en premier, de frot­ter, de grat­ter, de faire des trucs plus libres à la pein­tu­re…  » Dans cette quête d’éman­ci­pa­tion, Clémen­tine veut aujourd’­hui pous­ser plus loin la concep­tion de livres-objets, mais aussi l’écri­ture comme pour mieux sonder ce qu’elle a en elle : « J’ai du mal à sortir de moi, ça reste assez sérieux et intros­pec­tif. J’ai­me­rais faire remon­ter plus de joie, ce trait de person­na­lité que j’ai  », sourit-elle en agitant les mains dans une dernière voltige.

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