Que vous soyez passé à côté d’un film culte lors de sa sortie en salle ou que vous ayez envie de parta­ger un bon moment de cinéma avec vos enfants, la rubrique Mon ciné-club vous propose de (re)décou­vrir des films incon­tour­nables, faciles à déni­cher et à vision­ner en famille. Ce mois-ci : Peter Pan, sorti en France en 2004.

Peter Pan a beau refu­ser de vieillir, il est pour­tant désor­mais cente­naire – la pièce date de 1904, la version roman a, elle, été publiée en 1911. Tout le monde connaît le mythe du garçon qui ne voulait pas gran­dir. Régu­liè­re­ment adap­tée au cinéma, plus ou moins libre­ment comme le cultis­sime Hook de Steven Spiel­berg ou récem­ment le plus singu­lier Wendy de Benh Zeit­lin, l’his­toire de Peter Pan et Wendy sera de nouveau portée à l’écran dans les prochains mois sous la direc­tion du brillant David Lowery – à qui l’on doit déjà Peter et Elliott le dragon. L’at­tente de cette nouvelle version est une bonne occa­sion de décou­vrir celle du réali­sa­teur austra­lien P. J. Hogan, sortie en 2003, et de se deman­der en quoi elle est aujourd’­hui plus recom­man­dable que le long-métrage d’ani­ma­tion de Disney réalisé en 1953.

Une relec­ture bien­ve­nue

Loin d’em­prun­ter des sentiers scéna­ris­tiques aven­tu­reux, ce Peter Pan assume sa fidé­lité au maté­riau origi­nel de J.M. Barrie, faisant la part belle au diver­tis­se­ment et à la rela­tion roman­tique entre les deux person­nages prin­ci­paux, tout en conser­vant son charme intem­po­rel. Mais s’il respecte l’es­prit de l’œuvre origi­nelle, Hogan l’ac­tua­lise en éclip­sant les écarts sexistes (le bavar­dage intem­pes­tif, le narcis­sisme et la jalou­sie exces­sive des person­nages fémi­nins, dont Clochette) et racistes (la repré­sen­ta­tion primi­tive des Natifs améri­cains, appe­lés les « Peaux rouges ») qu’elle conte­nait et qui étaient encore très présents dans le dessin animé de Disney.

Le sous-texte freu­dien (notam­ment les allu­sions à l’in­ceste), est lui atté­nué au profit de la romance et de la théma­tique du passage à l’âge adulte, tandis que la dimen­sion tyran­nique et égocen­trique de Pan est édul­co­rée pour propo­ser une aven­ture dans la lignée d’Harry Potter et Pirates des Caraïbes, sortis en salle à la même époque.

Sans réali­ser une grande œuvre ciné­ma­to­gra­phique, P.J. Hogan revi­site Peter Pan avec une éner­gie commu­ni­ca­tive et illu­mine son pays imagi­naire d’une flopée d’idées roman­tiques, d’une pointe d’hu­mour, de décors féeriques et de scènes d’ac­tion qui assurent le spec­tacle, éner­gique­ment mené par une jeune troupe pétillante.

Durée du film : 1h53.

L’info en plus

La version que David Lowery a tour­née en 2021, et qui sera dispo­nible dans le courant de l’an­née sur Disney+, s’an­nonce plus sombre et plus mature. « Et si on faisait The Reve­nant avec des enfants volants ? » a-t-il proposé au studio, qui lui a donné le feu vert. Bien sûr, il s’agit là d’une plai­san­te­rie du réali­sa­teur visant à donner une piste quant à la colo­ra­tion qu’il a souhaité donner au film : « plus viscé­rale et ancrée dans la réalité, tout en conser­vant la joie, l’exu­bé­rance et la magie ». À l’image de son Peter et Elliott le dragon, en somme.

Article rédigé par Thomas Périllon © DR