Cette 16e édition de la Bien­nale est si enthou­sias­mante que nous avions envie, après avoir visité
les trois lieux prin­ci­paux qui l’ac­cueillent, de vous parta­ger nos dix œuvres coups de cœur, à aller
voir ou revoir avec vos enfants.

Aux usines Fagor

1– We were the last to stay, de Hans Op de Beeck

C’est à nos yeux le choc de Fagor, et peut-être même de la Bien­nale ! Occu­pant la tota­lité d’un hangar, ce qui ressemble à un camping aban­donné est entiè­re­ment recou­vert de pein­ture grise, comme gisant sous la cendre. C’est triste car toute vie semble avoir soudai­ne­ment disparu, du fait d’une guerre ou d’une catas­trophe écolo­gique, comme en témoignent ces jouets inani­més au sol ou ces restes de repas… Mais cette immen­sité mono­chrome et silen­cieuse est aussi sublime. Elle susci­tera l’éton­ne­ment des enfants qui parcour­ront l’œuvre en quête de réponses.

2– Moss people, de Kim Simons­son

Sont-ce les mini-messa­gers d’une autre planète, venus nous aler­ter des dangers que nous faisons courir à la nôtre? Une troupe de créa­tures enfan­tines de couleur verte, comme faites de mousse végé­tale (il s’agit en fait de céra­mique recou­verte de fibre de nylon), forment le corps d’une armée paci­fiste mais rebelle, harna­chée de sacs et de feuillages. L’ar­tiste étant finlan­dais, on pense aux elfes des contes nordiques, mais aussi aux héroïnes de Miya­zaki toujours en étroite rela­tion avec la nature ou aux person­nages de mangas et de jeux vidéo.

Moss People de Kim Simons­son aux Usines Fagor, Bien­nale d’art contem­po­rain de Lyon 2022 @ Amande Dionne

3– Growths, de Eva Fabre­gas

On ne sait pas trop si l’on se balade sous les organes et boyaux d’un indi­vidu plus ou moins en bonne santé ou si on a affaire à de gros bonbons aux drôles de formes bour­sou­flées. Même s’il semble plutôt s’agir de la première option, on peut décré­ter préfé­rer la seconde, tout au plai­sir d’ob­ser­ver ces rondeurs pompon­nées de couleurs chair et rose Mala­bar. On aime­rait les toucher, les malaxer, voire les croquer.

4– Stat­less / Weird family de Sylvie Selig

L’ar­tiste utilise diffé­rents supports pour créer une touchante fantas­ma­go­rie, qui se déploie sur 50 mètres. Il y a des pein­tures à l’huile et une famille de person­nages mi-hommes mi-bêtes réali­sés à partir de mannequins de coutu­rière, de papier mâché et d’objets de récup’. Sont-ce les membres d’an­ciennes tribus dispa­rues en costumes rituels ? Étrange et totale, l’œuvre excite nos imagi­naires, a fortiori celui des plus jeunes.

5– Virgo, de Pedro Gomez-Egaña

Cette vaste instal­la­tion aligne 29 parois, au sein desquelles on recon­naît les diffé­rentes pièces d’un appar­te­ment, fami­lières mais rétré­cies, résu­mées aux objets qui carac­té­risent leur fonc­tion. Le lit pour la chambre, le porte-crayon du bureau, le lavabo de la salle de bain… Un ingé­nieux système de rails permet de faire circu­ler le décor à travers les panneaux. On croi­rait la cinquième dimen­sion intro­duite chez Ikea.

Au musée Guimet

6– Graf­ted memory system, de Ugo Schiavi

L’ins­tal­la­tion occupe une grande partie de la grande salle du musée Guimet, qui est déjà une œuvre en soi lais­sée dans son jus après sa longue ferme­ture. Ces immenses serres empi­lées, évoquant les grandes heures des expo­si­tions d’histoire natu­relle, montrent une vision dysto­pique de l’aban­don du musée.
S’y enche­vêtrent des plantes, des écrans vidéo, des déchets, des osse­ments baignés par un son légè­re­ment flip­pant. Mais c’est très beau.

Graf­ted memory system d’Ugo Schiavi, au Musée Guimet, Bien­nale d’art contem­po­rain de Lyon 2022 © Blan­di­neSou­lage

7– Mater, de Lucile Boiron

Dans la cour­sive qui surplombe la grande salle, on tombe en arrêt et en amour devant ces magni­fiques photo­gra­phies qui dégou­linent litté­ra­le­ment des vitrines pour montrer le corps fémi­nin, sous toutes les coutures et dans toute sa longé­vité. C’est char­nel, orga­nique, érotique. Les enfants ne comprennent pas forcé­ment d’em­blée le propos, mais ils seront saisis par la beauté de ces images aux couleurs écla­tantes.

8– Plague, de Puck Verkade

C’est assis au milieu de frites géantes, un peu comme si on était des saucisses au centre d’une assiette, qu’on assiste à la vidéo déli­rante d’une mouche qui veut se débar­ras­ser de l’es­pèce humaine et d’une ména­gère consu­mé­riste. Le graphisme, faus­se­ment naïf, évoque la maladresse d’ani­ma­tions en pâte à mode­ler. On ne comprend pas tout, mais les enfants – y compris les plus petits – rigolent bien.

Plague, de Puck Verkade, au Musée Guimet, Bien­nale d’art contem­po­rain de Lyon 2022 © Blaise Adilon

Au Mac de Lyon

9– Le Sang du phénix, de Nico­las Moufar­rege

Les œuvres présen­tées au musée d’art contem­po­rain sont les moins direc­te­ment acces­sibles aux enfants. Mais ils n’y verront rien de choquant et il est inté­res­sant de leur montrer la richesse des formes que peut prendre l’art contem­po­rain aujourd’­hui. Il en va ainsi des tapis­se­ries et brode­ries, présentes dans l’expo Beyrouth et les Golden Sixties qui retrace une riche période artis­tique de la capi­tale liba­naise. L’œuvre de Moufar­rege évoque avec onirisme la guerre du Liban. Son graphisme est éton­nant de préci­sion comme celui d’autres tapis­se­ries expo­sées à Fagor mais créées par des artistes contem­po­rains.

10– Les pein­tures de Khalil Zgaib

Dans la même expo, on découvre avec émotion les toiles de ce peintre né en 1911, barbier de métier et venu à la pein­ture en auto­di­dacte à la quaran­taine. Son style naïf lui sert à illus­trer des événe­ments marquants surve­nus dans sa ville, comme pour­raient le faire des enfants. Ceux-là seront atti­rés par la préci­sion de ses soldats et navires de guerre et chars, dont les couleurs n’ont rien perdu de leur éclat malgré soixante ans passés.


16e Bien­nale d’art contem­po­rain de Lyon. Dès 5 ans. Jusqu’au 31 décembre 2022.
• Usines Fagor, 65 rue Chal­le­mel-Lacour, Lyon 7e
• Musée Guimet, 28 boule­vard des Belges, Lyon 6e
• Mac de Lyon, Cité inter­na­tio­nale, 81 quai Charles-de-Gaulle, Lyon 6e
Visites guidées et ateliers propo­sés aux enfants et / ou familles : labien­na­le­de­lyon.com

Article rédigé par Clarisse Bioud et François Mailhes • Photo d’ou­­­­ver­­­­ture : Hans Op de Beeck, We were the last to stay, 2022 © ADAGP, Paris, 2022 / Blan­dine Soulage