Sorti en 2017, Parvana, une enfance en Afgha­nis­tan suit le parcours d’une jeune Afghane qui, après l’ar­res­ta­tion de son père par le régime tali­ban, se traves­tit en garçon pour avoir accès à l’es­pace public et subve­nir aux besoins de sa famille. Un conte huma­niste qui résonne forte­ment avec la situa­tion actuelle des femmes afghanes et iraniennes.

Dans un Kaboul ravagé par la guerre, Parvana, tout juste âgée de 11 ans, se plaît à entendre les histoires que lui conte son père, un homme érudit et public. Mais un jour, celui-ci est jeté en prison par les Tali­bans, qui le soupçonnent d’en­freindre la Charia. L’exis­tence de Parvana en est brusque­ment boule­ver­sée. Comment trou­ver de l’argent et de la nour­ri­ture si sa mère, sa sœur et elle ne peuvent plus travailler sans l’ac­com­pa­gne­ment d’un homme ? Parvana n’a d’autre choix que de se couper les cheveux et de se faire passer pour un garçon pour subve­nir à leurs besoins, quitte à prendre d’énormes risques d’être démasquée.

“Femme, vie, liberté”

Alors que les femmes défilent actuel­le­ment contre la répres­sion en Iran, au péril de leurs vies, la situa­tion n’est guère plus relui­sante en Afgha­nis­tan où les Tali­bans ont pris le pouvoir depuis plus d’un an. Rapi­de­ment, malgré les promesses du régime, la gent fémi­nine a été exclue de la vie publique, privée de ses droits d’étu­dier et de travailler. Dans ce contexte, (re)voir Parvana, une enfance en Afgha­nis­tan résonne comme une éloquente piqûre de rappel.

Parler de l’op­pres­sion tali­bane aux enfants

Avec ce long-métrage d’ani­ma­tion triple­ment récom­pensé au festi­val d’An­necy en 2018 et nommé aux Oscars, la réali­sa­trice irlan­daise Nora Twomey aborde fron­ta­le­ment la tragé­die de l’occu­pa­tion tali­bane, ne cher­chant pas à en mino­rer l’im­pact – bien que le film s’adresse à un jeune public. L’au­teure consi­dère même qu’il est essen­tiel que les enfants en soient conscients. « Les adultes ne doivent pas occul­ter ou masquer cette réalité, ni ériger une barrière pour les proté­ger et qui, au bout du compte, ne fera que les effrayer encore plus. Famille, ensei­gnants, proches doivent encou­ra­ger le débat avec eux sur ces sujets auxquels ils fini­ront forcé­ment par être confron­tés. Ainsi, le jour venu, ils sauront mieux gérer et appré­hen­der toute cette horreur  », décla­rait-elle lors de la promo­tion du film.

Une fable huma­niste tour­née vers l’es­pé­rance

Formi­dable conte sur l’éman­ci­pa­tion des femmes et véri­table plai­doyer en faveur de l’ima­gi­na­tion et de la mémoire comme remèdes à l’obs­cu­ran­tisme, Parvana, une enfance en Afgha­nis­tan est une fable huma­niste à la fois rude et remplie d’espoir et de tendresse.


L’info en plus : tous les person­nages du film sont doublés en français par des comé­diens iraniens et afghans vivant en exil en France. Parmi eux, on retrouve la désor­mais célèbre Golshif­teh Fara­hani, qui prête sa voix au person­nage prin­ci­pal, Parvana.


Parvana, une enfance en Afgha­nis­tan, de Nora Twomey. Durée: 1h33.

Article rédigé par Thomas Périllon • Photo d’ou­­­ver­­­ture: © DR