Guide-confé­ren­cière, Alice Laurent a fondé Bistan­clac et Graf­fiti il y a un an pour propo­ser aux familles des balades cultu­relles et artis­tiques, à la Croix-Rousse. Que ce soit la visite des traboules ou la décou­verte d’œuvres de street art, la jeune femme met la même éner­gie à s’adap­ter aux enfants qui la suivent.

« Avec la média­tion, tu peux tout faire, je pense que rien n’est impos­sible! » affirme Alice Laurent, ses longs cils battant sur ses yeux noirs et pétillants. Cet enthou­siasme explique sûre­ment pourquoi les familles sont de plus en plus nombreuses à la suivre dans les Pentes et sur le plateau de la Croix-Rousse. Car depuis un an, la jeune guide-confé­ren­cière, riche d’une expé­rience de sept ans de média­tion dans diffé­rentes struc­tures lyon­naises, s’est lancée à son compte en créant Bistan­clac et Graf­fiti : « L’idée est de propo­ser des balades cultu­relles ou artis­tiques, ludiques, à faire en famille, avec des enfants dès l’âge de 5 ans », explique-t-elle.

Alice Laurent, fonda­trice de Bistan­clac et Graf­fiti © DR

Visite des traboules et décou­verte du street art en famille

Se foca­li­sant pour l’ins­tant sur le terri­toire de la Croix-Rousse qu’elle connaît bien, la jeune femme anime deux balades : Bistan­clac, du nom du métier à tisser des Canuts, fait juste­ment décou­vrir aux familles la vie et la révolte des Canuts à travers la visite des traboules; Graf­fiti leur fait cher­cher des œuvres de street art réali­sées à partir de diffé­rentes tech­niques (pochoir, collage, céra­mique). Alice prépare beau­coup ses sorties en amont. Pour les traboules, ses années de média­trice à la Maison des Canuts lui ont fourni de bonnes bases. Pour le street art, cette titu­laire d’un master en histoire de l’art multi­plie les repé­rages pour véri­fier que les œuvres n’ont pas disparu et décou­vrir les nouvelles arri­vées. Elle est aussi en lien avec un certain nombre d’ar­tistes, via Insta­gram, pour les ques­tion­ner sur leur travail et parfois même apprendre l’im­mi­nence d’une nouvelle créa­tion. Ce qu’elle aime plus que tout, c’est s’adap­ter à son public, les enfants, même s’ils sont accom­pa­gnés d’un parent.

Alice Laurent devant une œuvre d’Eme­mem © DR

Un éveil cultu­rel et artis­tique

« J’aime leur apprendre des choses, les écou­ter; on est dans une rela­tion vraie! » Dans la balade Bistan­clac, elle leur fait porter des rouleaux de tissu, à la manière des Canuts dans les traboules, et les met en situa­tion : « Je leur dis qu’ils sont les Canuts, leurs parents les soyeux, et qu’ils veulent négo­cier avec eux le prix du tissu, pour les aider à comprendre la révolte des Canuts. » Dans la balade Graf­fiti, elle leur four­nit des indices pour les aider à déni­cher les œuvres, leur demande ce qu’ils voient, puis les renseigne sur leurs auteurs. Même avec les plus jeunes, elle n’élude pas le carac­tère engagé de certaines œuvres, comme le collage Black lives matter de Jalb. Les enfants sont capti­vés : « C’est drôle car très vite, ils sont tous autour de moi et les parents loin derrière! » Des parents qui se réjouissent de voir leurs petits marcher aussi faci­le­ment et de les faire béné­fi­cier de cet éveil cultu­rel et artis­tique, simple et adapté : « Beau­coup me disent qu’en­suite, quand ils se promènent en famille dans la rue, les enfants repèrent à nouveau des œuvres! »

Une visite et un atelier de tissage au Mac de Lyon

Forte de sa connais­sance de l’his­toire des Canuts et ayant appris à tisser, Alice colla­bore avec le Mac de Lyon, dans le cadre de la Bien­nale d’art contem­po­rain jusqu’au 31 décembre 2022. Elle assure ainsi une visite Famille de l’ex­po­si­tion Les Nombreuses Vies et Morts de Louise Brunet, en amont d’un atelier de tissage qu’elle anime elle-même. Mais comment s’y prend-elle pour rendre acces­sible aux enfants de 5 ans cette expo dense et concep­tuelle? « Au début, je me suis dit que les commis­saires n’avaient pas pensé à eux lors de sa concep­tion », sourit Alice qui, loin de bais­ser les bras, a fina­le­ment trouvé la manière d’em­barquer les jeunes visi­teurs. « Je commence par leur expliquer le thème de la Bien­nale de manière assez simple, la fragi­lité, en leur disant qu’on va parler ici de la fragi­lité d’une personne qui a eu dans sa vie un moment diffi­cile, et qui a essayé de résis­ter », explique Alice, qui a choisi quelques œuvres suffi­sam­ment évoca­trices sur lesquelles s’ap­puyer, comme un tableau montrant une vieille fileuse de soie. Ce récit, qu’elle illustre aussi de cocons et de fils de soie en sa posses­sion, la conduit natu­rel­le­ment à l’ate­lier de tissage où enfants et parents se partagent un métier à tisser et des bandes de tissus recy­clés pour créer en duo et quit­ter le musée avec un joli souve­nir.

Atelier Tissons le fil de Louise Brunet, animé par Alice Laurent, au Mac de Lyon © DR

À l’ave­nir, Alice aime­rait pouvoir toujours asso­cier des ateliers à ses balades, comme elle le propose déjà à des écoles et de nombreux centres de loisirs. Souhai­tant aussi étendre sa gamme de visites à d’autres quar­tiers lyon­nais, elle n’a pas fini de nous bala­der.


Bistan­clac et Graf­fiti. Contact : 06 99 32 25 08 ou @bis­tan­cla­cet­graf­fiti sur Insta­gram/Face­book.

Prochaines balades : Graf­fiti les 8, 10, 19 et 29/12/2022 à 14h15; Bistan­clac les 7, 9, 17 et 22/12/2022 à 14h15. Durée : 1h30. Tarifs : 10€ /enfant et 7€ /adulte accom­pa­gnant. billet­web.fr/pro/bistan­cla­cet­graf­fiti

Visite-atelier tissage « Tissons le fil de Louise Brunet » au Mac de Lyon, Lyon 6e. Le dimanche 4/12/2022 à 14h pour les enfants à partir de 10 ans. Les mardi 27 et mercredi 28/12/2022 à 14h pour les enfants de 5 à 10 ans, accom­pa­gnés d’un adulte. Durée : 1h45. Tarifs : 10€ /personne. Inscrip­tion : Visite-atelier macFIL – Bien­nale de Lyon (labien­na­le­de­lyon.com)


Article rédigé par Clarisse Bioud • Photos d’ou­­­­­ver­­­­­ture : Alice Laurent devant l’oeuvre Black Lives Matter de Jalb © DR