William Arribart nous a donné rendez-vous au théâtre du Gai Savoir. L’air calme et sérieux, il ne ressemble pas au magicien qui pose en souriant et en costume brodé sur les affiches de ses spectacles. Seulement âgé de 26, l’illusionniste déjà producteur de neuf shows, a commencé à prendre des cours de magie à 6 ans dans ce petit théâtre de quartier. “Quand j’étais petit, mon rêve c’était d’apprendre à voler dans les airs, raconte-t-il. Pour ça, j’avais deux solutions: devenir super-héros ou magicien.”
L’enfant prodige de la magie
Quand il rentre de ses cours, le petit William montre ses tours à ses parents. “Au bout d’un moment, ils en ont eu marre, donc j’ai loué une salle et créé un spectacle pour le grand public”, retrace-t-il le plus normalement du monde. Il n’avait alors que 13 ans. Haut potentiel ? “Je préfère ne pas développer là-dessus. Je n’ai pas envie qu’on dise que je me prends pour…”
Son premier spectacle a lieu à la MJC Monplaisir dans une salle de 150 places et fait un carton. Ce succès lui permet de créer un autre spectacle, puis un autre… Jusqu’à faire sa première tournée en Angleterre. À Londres, il découvre la comédie musicale qui lui inspire un genre nouveau: des comédies musicales magiques. “On raconte une histoire au travers de magie, de chant, de danse et de théâtre dans le style Broadway.” Ainsi naît Le Sortilège des Neiges en 2019, qui obtient le prix du spectacle magique de l‘année de la Fédération Française des Artistes Prestidigitateurs.

L’Ile des Rêves, comédie musicale magique à voir en décembre
Sa dernière création, L’Île des Rêves, nominée pour le même prix cette année, jouera à Lyon en décembre avant de partir à Paris. “C’est l’histoire d’un jeune homme qui n’est pas heureux dans le monde dans lequel il vit et qui du coup s’invente une autre vie au travers de ses rêves lucides – des rêves que l’on peut contrôler, présente William. Tous les soirs, il retrouve donc l’Île des Rêves, où il vit des aventures incroyables avec ses amis.”
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Un spectacle coloré, avec des pirates… Mais qui pose en creux la question: “Faut-il vivre dans ses rêves ou essayer de rendre sa vie plus belle ?” S’agit-il d’un spectacle autobiographique? “L’île, j’en ai rêvé quand j’étais enfant, confirme-t-il. J’arrivais et une bande d’amis m’avait préparé un gâteau à la banane pour mon anniversaire, se souvient-il, une lueur enfantine dans la voix. Quand je me suis réveillé, j’étais anéanti. J’avais eu l’impression d’avoir vécu ce que c’était que d’avoir des amis.”
Car l’enfant prodige a toujours été en décalage avec les autres. “Je voulais devenir magicien, monter ma boîte… Forcément, je passais pour un premier de la classe”, confie-t-il. Alors le petit William tente de retourner sur l’île rêvée: peut-être que s’il se couche à la même heure, dans le même pyjama, le rêve reviendra… Rien n’y fait.
Entre rêve et réalité
“Jusqu’au jour où j’ai appris à faire des rêves lucides”, raconte-t-il encore. L’exercice est subtil: se rendre compte que l’on rêve sans se réveiller, grâce à des tests de réalité. “La première fois, j’ai posé un objet lourd sur l’eau qui flottait alors qu’il aurait dû couler. J’en ai conclu que je rêvais.” Pendant des années, il perfectionne sa maîtrise du rêve lucide, naviguant à la frontière de la réalité et de l’imaginaire.
Un peu comme dans ses spectacles: “On a imaginé trois mondes: le monde Réel, le monde des Rêves et le monde du Conte, explique William en faisant apparaître une carte. Chaque spectacle se passe dans un des mondes et permet de développer cet univers.”

Le sens du business
Mais le rêveur a aussi les pieds sur terre. Entré en école de commerce à 16 ans, il dirige aujourd’hui une société de 74 salariés. “Beaucoup pensent qu’il faut faire une école de magie pour devenir magicien, mais il faut surtout savoir se produire.”
Pour ses premiers spectacles, William contactait lui-même la presse, louait la salle, faisait les billets et les affiches… “Quand j’étais petit, ma devise c’était “quand on veut, on peut.” Cette auto-production nécessite “une vision business” que lui reprochent certains artistes. “On veut faire les choses pour l’amour de l’art, mais l’amour de l’art ne paye pas, dit-il simplement.
Des spectacles et des cours de magie pour enfants
Un réalisme au service du rêve, puisque “le but, c’est de réinjecter le plus d’argent dans les spectacles pour améliorer constamment leur qualité et faire de chacun le plus beau des spectacles”, explique-t-il convaincu. Aujourd’hui, le magicien se produit sans mal, et le petit William à trouvé comment se présenter aux autres: sur scène.
En outre, il transmet sa passion aux enfants: au théâtre du Gai Savoir, il a fondé une école de magie où il donne des cours à l’année, leur apprend des tours et à se présenter devant un public. “C’est ce que j’aime dans la magie: on a juste des choses à offrir; de l’émerveillement et la possibilité de rêver.”

au Théâtre du Gai Savoir (Lyon 6e) © DR
- L’île des rêves, dès 6 ans. À l’Espace Albert Camus (Bron) le 1er décembre à 14h et 17h et à la Bourse du travail (Lyon 3e) le 14 décembre à 15h. Durée: 1h20.
- Cours de magie à l’année: les jeudis à 18h pour les enfants (dès 6 ans) et à 19h pour les ado. Durée: 1h. Tarif: 440€.
- Stage de magie vacances, de 6 à 16 ans. Du lundi 21 au vendredi 25 octobre. Deux formules: magie de 14h à 17h (tarif: 159€ + frais d’inscription 20€) ou théâtre le matin et magie l’après-midi, de 9h à 17h (supplément de 139€). Théâtre du Gai Savoir, 94 rue des Charmettes, Lyon 6e. Infos et inscription sur coursdemagielyon.fr
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