« Mon enfant, on n’épouse pas ses parents. » On se souvient des conseils avisés chantés par la fée des lilas à sa filleule Peau d’Âne dans le film éponyme de Jacque Demy. Le réalisateur pointait alors déjà le comportement interdit du roi envers sa fille, sans toutefois nommer et condamner clairement l’inceste dont il était question.
Dire et condamner l’inceste
C’est justement « parce qu’on ne comprend pas bien ce qui se passe qu’un malaise se crée« , estime la metteuse en scène Hélène Soulié qui s’interroge: « Comment parvient-on du conte de Perrault au film de Demy des centaines d’années plus tard, à toujours ne pas dire et à proposer [de cette histoire] une romance acceptable? » Alors dans sa version à elle de Peau d’Âne, écrite par l’autrice Marie Dilasser, les choses sont dites et le coupable puni.

Peau d’Âne et la Belle au bois dormant: la sororité au plateau
Pour cela, elle reconfigure le conte, entre fiction et réalité actuelle, et redistribue les rôles principaux. On a bien une enfant, un père et une mère, mais qui ne meurt pas: elle quitte son mari. L’âne est là aussi, sous la forme d’une grosse peluche auprès de laquelle l’enfant se confie.
L’histoire débute à leur domicile, dans un décor noir et blanc. Puis une auto-tamponneuse surgit, permettant la fuite de Peau d’Âne dans la forêt. Là, elle rencontre d’autres personnages de fiction : la Belle au bois dormant, la marâtre de Cendrillon qui n’en est plus une… « Ce sont comme des amies qui vont lui permettre de comprendre ce qui lui est arrivé et d’avancer, » souligne Hélène Soulié.
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A la fin, un procès aboutit à la condamnation du père « car il est important de dire aux enfants que l’inceste, c’est non! »
Protéger l’enfance et la nature
Précisons à l’attention des parents qu’un tel sujet refroidirait qu’aucune scène malaisante ne heurte la sensibilité des enfants. « Tout est suggéré, précise Hélène Soulié, mais ils comprennent très bien ce qui se trame au plateau. » Cependant, la pièce n’a rien d’éducatif. Il s’agit bel et bien d’un objet artistique. En témoignent la scénographie qui convoque aussi bien les codes du théâtre classique à la Feydeau que l’imagerie de la fête foraine, ainsi que les costumes flamboyants des acteur.ice.s.
Estimant enfin que les contes servent à témoigner d’une époque, Hélène Soulié accorde à la nature une place de choix dans son récit. Notamment à travers le personnage de la Belle au bois dormant qui, dans ses rêves, renouvelle la forêt. La metteuse en scène établit là un parallèle entre les violences faites aux enfants et à la nature: « C’est la même dynamique de domination: une façon d’appréhender le monde et d’écraser les autres. » Au contraire Peau d’Âne – La fête est finie propose « de faire attention à ce qui nous entoure. » Pour offrir aux enfants un avenir désirable.
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A noter: la représentation du samedi 24 mai 2025 sera suivie d’une discussion en bord de scène avec l’équipe artistique du spectacle.
