Jusqu’en 1945, la France envoyait ses mineurs délinquants et orphelins vagabonds travailler aux champs loin des villes. Dans ces colonies pénitentiaires agricoles, ils devaient recevoir une éducation morale et religieuse, pour en revenir prêts à réintégrer la société. La réalité était tout autre : fondés par des propriétaires privés, ces bagnes accueillaient dans des conditions de vie terribles et loin des yeux une main-d’œuvre gratuite, soumise à un travail harassant et livrée à la violence des gardiens.
Parmi eux, la colonie de Sainte-Anne, sur l’île du Levant au large de Toulon, est connue pour avoir été l’une des plus cruelles. Ses premiers pensionnaires, une soixantaine d’enfants âgés de 5 à 21 ans, y débarquèrent en 1861 d’une prison parisienne. Ils y endurèrent travail forcé, malnutrition, punitions corporelles… Jusqu’au jour où, prenant peu à peu conscience de l’injustice de leur mauvais traitement, ils se révoltèrent.
Porter la voix des enfants
La metteuse en scène Pauline Laidet s’empare de cette histoire douloureuse — racontée par Claude Gritti dans Les Enfants du Levant (2019) et adapté en opéra par le librettiste Christian Eymery — pour en faire un spectacle de tendresse, de solidarité et de compassion. Dans le décor faussement enchanteur d’une île paradisiaque, elle donne la parole aux enfants, ici incarnés par ceux de la Maîtrise de l’Opéra de Lyon, sur la musique d’Isabelle Aboulker enrichie du chant des cigales et du bruit des vagues.
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Un décor qui pourrait être celui d’un autre pays méditerranéen, et qui n’est pas sans évoquer le sort tragique d’autres enfants qui, comme ceux de l’île de Sainte-Anne qui tentèrent de s’échapper, sont morts noyés en mer. Toutefois résolument lumineux pour s’adresser aux enfants, cet opéra interpelle aussi les adultes, pour attiser inlassablement la vigilance sur les droits des enfants et des adolescents. Car si les bagnes ont disparu, les violences commises sur les plus jeunes sont, elles, toujours bien présentes dans certains établissements.
Les Enfants du Levant, mercredi 27 mai à 16h, jeudi 28 et vendredi 29 mai à 19h et samedi 30 mai à 15h. Durée : 1h25. Dès 7 ans. Tarifs : de 14 à 28 €. Théâtre de La Renaissance, 7 rue Orsel, Oullins-Pierre-Bénite. Tél. 04 72 39 74 91. Réservation sur opera-lyon.com ou theatrelarenaissance.com
Par Louise Reymond et Clarisse Bioud
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