Dans le royaume de Tachychardie, le Roi Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize règne avec la tyrannie propre aux petits égos. La cour, les peintres en charge du portrait royal : tous feignent les courbettes et de ne pas remarquer le strabisme du roi, une loucherie qui laisse juger de sa hauteur de vue…
Tous, sauf un tapageur oiseau, dont le plumage se rapporte au ramage et qui n’hésite pas à provoquer le despote.
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Ce roi n’aime personne, sauf une petite bergère peinte dans un des tableaux de ses appartements. Mais celle-ci aime un ramoneur, celui de la peinture d’en face…
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Une nuit, les œuvres prennent vie. Voyant leurs cajoleries, le portrait du roi gronde : il épousera la bergère, car les bergères épousent toujours les rois, « d’ailleurs, c’est écrit dans les livres. »
S’échappant de leur cadre, les deux amants s’enfuient alors. C’est le début d’une course à travers le royaume où la bergère et le ramoneur sont traqués par une police d’État en habit de chauve-souris…
Le Roi et l’Oiseau, deux versions mais pas la même vision
Adapté du conte d’Andersen La Bergère et le Ramoneur, histoire d’amour impossible entre deux figurines de porcelaine qui prennent vie, Le Roi et l’Oiseau est un chef-d’œuvre de l’animation française, le premier dessin animé récompensé du prix Louis-Delluc.
Né de la rencontre entre les dessins du réalisateur Paul Grimault et la poésie surréaliste de Jacques Prévert, il est enfin le premier long métrage d’animation français.
Sa production, qui durera 35 ans, est pourtant un chemin semé d’embûches qui pousse au bord de la faillite le studio artisanal fondé par Grimault et le producteur à prendre conseil auprès de Disney.
Pour s’assurer à la fin un film grand public, on lui conseille de couper ici et là, d’ajouter des scènes comiques… Le film échappe à la vision des deux réalisateurs, peu à peu écartés de la production.
Achevé en 1953 sous le titre La Bergère et le Ramoneur, il sort en salle sans leur accord. Ce n’est qu’en 1966, après un long combat judiciaire, que Grimault rachète les droits et reprend avec Prévert le film. Le Roi et l’Oiseau sort au cinéma en 1980.
Une perle poétique pour une critique du totalitarisme
Initié au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le film est une critique du totalitarisme, de sa surveillance systématique, de son culte de la personnalité et du travail à la chaîne.
Allégorie de la jeunesse innocente, les deux amants blonds comme les blés fuient une machine autoritaire qui veut marier de force la bergère et mettre au travail le ramoneur, car « le travail, c’est la liberté ».
C’est l’oiseau, libre et irrévérencieux, qui vole au secours de leur amour opprimé. Conteur hors pair, maniant le toucan aussi bien que le latin, il montre la force transformatrice du récit, par lequel il libère d’un triste zoo une horde de fauves qui déferlent sur le royaume…
Avant de s’emparer du robot géant du roi, lequel, laissé sans personne à ses commandes, se laisse surprendre à l’aube dans la posture du Penseur dans une sublime scène finale.
Les dialogues, moins nombreux que dans un Disney mais dont le sens profond résonne longtemps, sont complétés par la musique du polonais Wojciech Kilar qui rythme le film avec brio. Nul doute que Le Roi et l’Oiseau saura captiver les enfants, en même temps qu’il contera aux parents une fable politique bourrée de références et de poésie.
Le Roi, l’Oiseau et Miyazaki
Référence pour nombre de réalisateurs à travers le monde, Le Roi et l’Oiseau marqua durablement Hayao Miyazaki. Le réalisateur japonais repris en effet de nombreux thèmes du film, dont celui du château (Le Château ambulant, Le Château dans le ciel…) et des enfants menacés par les dérives autoritaires des adultes.
En visionnant le film, on est aussi frappés de reconnaître dans certains personnages les traits de protagonistes miyazakiens, un univers rétro-futursite peuplés de drôles de machines et enfin, un robot géant qui rappelle celui du Château dans le ciel…
Le Roi et l’Oiseau, dès 7 ans. Durée : 1 h 21
