Quels sont vos tout premiers souvenirs d’exploration ?
Laurent Ballesta : « Je me souviens des plages de Carnon et de Palavas, à côté de chez moi, à Montpellier. Mes parents n’étaient ni plongeurs, ni marins, c’étaient de vrais plagistes ! J’étais donc soit condamné à m’ennuyer dans le sable, soit à m’imaginer autre chose. À l’époque, il y avait les aventures du commandant Cousteau à la télé qui nous faisaient rêver, moi et des centaines de millions de gens dans le monde. Alors, à la plage, je jouais au Commandant Cousteau. Et 25 ans plus tard, je joue encore à Cousteau !
C’était donc l’aventure qui vous appelait ?
Et la curiosité ! On n’est jamais aussi honnête dans sa démarche d’exploration que quand on est un gamin. Méfiez-vous des explorateurs adultes ! Faites une confiance absolue à l’enfant ! Celui qui explore le fond de son jardin est un vrai explorateur : il a peur, il y va quand même et il découvre des choses qu’il n’avait jamais vues jusqu’alors.
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Plus tard, vous avez suivi des études de biologie. Comment gérez-vous aujourd’hui cette double casquette de chercheur et de photographe ?
Cela se complète merveilleusement. Si je n’avais aucune formation scientifique, je ne pourrais pas comprendre les choses qui me dépassent ; si j’étais simplement biologiste sans aucune aptitude au terrain ou à la prise de vue, je ne crois pas que j’aurais la même patience et les mêmes émotions devant l’inconnu. Pour moi, l’incompréhension n’est pas source de frustration, mais au contraire source de respect et de motivation.
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Dans les projets que je mène, il y a des défis techniques, avec une part d’aventure, de plongée sportive, et puis il y a une rigueur scientifique pour appréhender le mystère de manière rationnelle. Il y a aussi besoin d’images pour pouvoir partager la connaissance.

© Laurent Ballesta / Gombessa Expéditions / Cap Corse
Quelles sont les recherches à l’origine de l’exposition Le mystère des anneaux présentée au musée des Confluences ?
Tout a commencé par des campagnes de cartographie, il y a une quinzaine d’années, à l’université de Corse. Deux de mes professeurs avaient fait une étrange découverte : sur l’écran de leur sonar étaient apparus des petits ronds parfaitement circulaires. C’était intriguant : il n’y avait pas d’équivalent dans le monde. Nous nous sommes rendus sur place, même si cela était difficile, à 20 kilomètres au large et à 120 mètres de profondeur au nord du Cap Corse. Une zone où la météo est rarement clémente et le trafic maritime très intense. Dix ans plus tard, nous avons fait une première descente en plongée, sans savoir ce qui nous attendait. Je me souviens m’être arrêté avant d’atteindre le fond, parce que le spectacle était encore plus fascinant de loin que de près.
Qu’avez-vous vu ?
J’ai pu embrasser d’un seul regard deux, trois, quatre anneaux. Il y avait là tout ce que j’aime : un mystère, un défi, des images inédites ! Immédiatement après, j’ai monté une expédition pour tenter d’expliquer l’origine de ce phénomène. Les découvreurs des anneaux avaient en effet émis des hypothèses qui n’avaient pas encore été vérifiées, car ils n’en avaient alors pas forcément les moyens.
Quelle est la différence entre ces anneaux et les coraux ?
Ce sont des anneaux de coralligènes. Le mot vient des corallines, qui sont des algues dures comme de la pierre. Elles peuvent ressembler à des coraux, mais ça n’a rien à voir !

© Laurent Ballesta / Gombessa Expéditions / Cap Corse
L’exposition au musée des Confluences est donc aussi bien scientifique que photographique ?
Oui, nous avons la double ambition d’expliquer simplement un phénomène très compliqué et de le mettre en image pour en faire aussi une expérience esthétique. En sortant de l’exposition, nous aimerions que les gens aient l’impression d’avoir physiquement participé à notre expédition, et d’avoir fait l’expérience d’un travail de photographie réfléchi.
La Troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan se tient en juin, à Nice. Comment expliquer à un enfant les menaces pesant sur l’océan ?
Il ne faut pas tourner autour du pot. Par exemple, quand vous tirez la chasse d’eau, ce n’est pas de la magie : tout ne disparaît pas ! Tout part dans des stations d’épuration, et à la fin tout finit à la mer. Il faut apprendre les bons gestes aux enfants, mais je pense qu’il faut surtout leur apprendre à s’émerveiller. Leur apprendre à être curieux, à éteindre leurs tablettes et à ouvrir les yeux, pour leur donner envie de prendre soin de la nature qui les entoure.
En tant qu’explorateur, vous devez être le premier témoin de l’impact de la pollution sur la vie marine…
Il n’y a pas besoin d’être un plongeur professionnel pour observer des traces de pollution : allez dans l’eau avec un masque et un tuba et vous verrez du plastique, moins de poissons parce qu’ils ont été pêchés. Mon métier, c’est essayer de trouver les endroits où il y a encore quelque chose qui résiste. Et ça, c’est très satisfaisant.

© Laurent Ballesta / Gombessa Expéditions / Cap Corse
Vous citez dans vos modèles d’enfance le commandant Cousteau, explorateur marin critiqué pour certaines de ses méthodes. Comment une expédition prend-elle soin des écosystèmes aujourd’hui ?
Le commandant Cousteau est connu pour ses films, qui datent des années 50 : la préservation, la conservation, ça n’existait pas. On peut voir son équipe plonger sur un récif corallien en Mer Rouge et mettre un bâton de dynamite dans l’eau pour récupérer les poissons, les compter et les identifier. À l’époque, c’est comme ça que se faisait la science naturelle… Cousteau lui-même a rediffusé ses films dans les années 80 en disant « Regardez, le film qui m’a valu la Palme d’Or à Cannes n’est plus regardable aujourd’hui« . C’est magnifique parce que ça veut dire que les mentalités ont changé ; notre conscience écologique a grandi.
Avec mon équipe, nous menons des actions très localisées de restauration écologique. On essaie d’aider la nature à accélérer un peu ses capacités de guérison… On a développé l’application de cartographie Donia, qui permet à ceux qui ont un bateau de connaître la nature des fonds sur lesquels ils jettent l’encre.
Mais le travail d’exploration, lui, se limite souvent au constat… Quoique nos découvertes peuvent donner des arguments aux autorités pour activer une protection. Au Cap Corse, avec les anneaux, c’est ce qui va se passer ! Notre fierté n’est pas tant d’avoir percé le mystère des anneaux, c’est plutôt que le parc marin, grâce à la connaissance que nous avons ramenée, va y créer une zone de protection renforcée.
Quels conseils donneriez-vous à un enfant qui voudrait devenir « océanaute », comme vous en rêviez vous-même étant petit ?
Comme à n’importe quel autre enfant, je lui conseillerais de croire en ses rêves. Et encore une fois, de regarder le monde qui l’entoure. Lisez des livres, regardez des vrais documentaires, pas des vidéos courtes de réseaux sociaux. Mettez vos chaussures, vos palmes et votre masque et allez voir ce qui se passe.
La satisfaction est plus longue à venir que devant une vidéo de chat de 15 secondes… Il faudra peut-être nager deux heures avant de trouver une petite pieuvre dans un rocher, mais une fois qu’on l’a dénichée et que l’on regarde son manège, ça vaut toutes les vidéos de chats du monde ! »

© Laurent Ballesta / Gombessa Expéditions / Cap Corse
Exposition Le Mystère des anneaux, par Laurent Ballesta, du 14 juin 2025 au 19 avril 2026, au musée des Confluences, 86 quai Perrache, Lyon 2e. Tél. 04 28 38 12 12. Ouvert du mardi au dimanche de 10h30 à 18h30. Tarifs: 7 et 12€, gratuit pour les – 18 ans. Plus d’infos sur museedesconfluences.fr
Propos recueillis par Apolline Authier
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