Une fois n’est pas coutume, c’est une escapade urbaine, dans votre propre ville, que Grains de Sel vous suggère, à la découverte d’un lieu rare et méconnu : la Ferme de Lyon, ex-Ferme Perraud, du nom de son ancien propriétaire sur plusieurs générations. Une ferme en ville, vraiment ? Oui, installée sur son site historique, le plateau de Saint-Rambert au fond du 9e arrondissement, mais qui s’étend aussi sur les communes voisines de Saint-Cyr, Saint-Didier et Saint-Germain-au-Mont-d’Or.
Le cœur de la ferme perché sur le plateau de Saint-Rambert
Cette multiplicité de parcelles constituait d’ailleurs l’une des difficultés de la ferme lorsque Simon Pascault, ingénieur agricole venu aider au projet de sa transmission par l’ancien propriétaire, Louis-Pierre Perraud, a finalement décidé de la reprendre. « J’étais très intéressé de travailler sur un projet qui reconnecte le monde urbain et le monde agricole », souligne celui qui a opté pour une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) pour porter la ferme : une structure à finalité commerciale, mais à forte dimension sociale. Ce qui a permis à la Métropole de Lyon, puis à la ville de Lyon et à la commune de Saint-Cyr, de soutenir financièrement la reprise en 2024.
Dès lors, Simon et sa dizaine d’associés ont basculé en agriculture biologique, sur les deux activités initiales de la ferme — le maraîchage et l’arboriculture – et le développement d’une troisième, l’élevage de porcs en pâturage.

Acheter les produits de la Ferme de Lyon directement sur place
En arrivant à la Ferme de Lyon, à Saint-Rambert, une grande porte en bois bleu s’ouvre sur une cour simple et hors du temps. Sur la droite, une petite cabane attire immédiatement l’attention : c’est ici que sont vendus les produits de la ferme. Sur les étals, légumes de saison, œufs, viande… Tout provient directement de l’exploitation ou de producteurs partenaires. Les enfants regardent, touchent, questionnent, pendant que les parents composent leur panier.
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Dans la même cour, un autre bâtiment laisse entrevoir une scène plus discrète mais tout aussi essentielle : la bouchère au travail. Derrière les murs, la viande est découpée et préparée sur place. Une manière concrète de comprendre le circuit court, du champ à l’assiette, sans intermédiaire.
Côté fruits et légumes, la ferme mise sur la saisonnalité. Une partie de la production provient directement de ses terres, notamment à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or. Selon la période, on y trouve salades, radis, carottes, poireaux, courgettes… Mais aussi des fruits issus des vergers environnants comme les pêches, abricots ou prunes. Des produits frais, cultivés à proximité, que l’on peut donc acheter presque là où ils ont poussé.
Noirs ou blancs, des cochons toujours élevés en pâturage
Pour poursuivre la visite, il faut franchir une autre bâtisse et pénétrer dans un tout autre espace : celui des animaux. Ici, les cochons et les poules vivent en plein air, dans un enclos où la terre est retournée, vivante. Deux types de cochons de pâturage cohabitent. Les premiers, noirs, plus familiers, évoluent tranquillement. Cela ne se voit pas, mais il y a là plusieurs races. « On travaille depuis six ans avec un programme de l’INRA pour reconstituer des races qui existaient localement, comme le Noir du Bourdeau et le Noir du Dauphiné », explique Simon Pascault qui poursuit : « On est sur le quatrième croisement, encore en phase d’expérimentation. »
C’est pourtant une autre espèce qui capte tous les regards : les Mangalica, des cochons blancs au pelage bouclé, presque laineux, et à la silhouette trapue, qui étaient historiquement présents en Europe centrale. Élevés en plein air pendant de longs mois, ils développent une chair particulièrement persillée, réputée notamment pour la fabrication de saucissons. Qu’ils soient noirs ou blancs, pas d’élevage intensif pour ces animaux qui fouillent le sol et se déplacent librement au rythme des saisons. Et tout autour, les poules picorent sans relâche.

Une ferme de plus en plus ouverte aux familles lyonnaises
Pour l’instant, Simon réfute le terme de ferme pédagogique : « Dès le début, j’ai défini le projet comme agricole, l’idée étant de montrer qu’on est capable de rémunérer correctement les travailleurs à travers des productions agricoles. » Mais depuis, face à la demande croissante des établissements scolaires environnants pour visiter la ferme, l’ingénieur a actualisé sa vision : « Nous avons monté une association, portée par les clients de la ferme, pour s’occuper de ce volet pédagogique. »
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Et puis, l’approche pédagogique se fait de toutes façons naturellement dès qu’on met un pied dans la cour de la ferme pour faire son marché. « Nous avons toujours eu la volonté de créer un maximum de liens, affirme Simon. Sur les horaires du magasin, que nous avons d’ailleurs élargis cette année, les gens ont libre accès pour se balader dans la ferme, aller voir les animaux. On les encourage vraiment à le faire ! » On le constate: les enfants s’approchent et observent poules et cochons, riant parfois de leurs allées et venues.
De Saint-Rambert aux Halles Paul Bocuse
Si Simon Pascault déplore que la Ferme de Lyon ne soit principalement connue que des habitants de Saint-Rambert, les choses devraient évoluer depuis qu’elle a obtenu un stand aux Halles Paul Bocuse. « Une manière de valoriser notre manière, assez méconnue, d’élever les porcs en pâturage », se réjouit le fermier dont l’exploitation s’est aussi récemment agrandie de dix hectares grâce à l’acquisition de nouvelles parcelles à Limonest. Vingt-cinq hectares au total pour une ferme à Lyon, impossible désormais de passer à côté !
La Ferme de Lyon, 32 rue des Docteurs Cordier, Lyon 9e. Magasin et accès libre les lundi, mercredi, vendredi et samedi de 12h à 19h. Tél. 06 68 34 56 75.
Par Sophie Hocquet et Clarisse Bioud
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