Le CHRD est une institution à Lyon. Mais quelle est sa fréquentation par les plus jeunes ?
En 2024, nous avons eu près de 20 000 visiteurs issus du scolaire. La majorité sont des élèves de 3e, mais la Primaire est un public en constante augmentation. Et on part de loin : au début des années 2000, le CHRD n’était quasiment pas fréquenté par les enfants de Primaire et le Rectorat était réticent à l’idée d’y organiser des sorties scolaires. Plusieurs de nos confrères considéraient aussi que ce n’était pas la place des enfants, comme le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon qui se déclarait même « fortement déconseillé au moins de 12 ans ». Je trouvais que cela ne répondait pas à l’attente du jeune public et que cette période avait des choses à dire aux enfants.
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La Seconde Guerre mondiale fascine souvent les enfants. Pourquoi à votre avis ?
C’est une période qui parle d’héroïsme et les petits sont sensibles à cela. Ça résonne aussi avec les grandes angoisses qui émergent à cet âge-là où l’on comprend ce qu’est la mort. Parfois, l’histoire peut faire échos aux récits familiaux qui se transmettent entre les générations. Et puis, hélas, ça résonne de plus en plus avec une actualité qui remonte aux oreilles des enfants, qui est le retour de la guerre sur le sol européen.
Pourquoi est-ce important de parler aux plus jeunes de cette guerre ?
L’histoire s’éloigne. Toute cette transmission directe dont on a bénéficié par nos grands-parents ou par les survivants qui témoignaient dans les écoles, est en train de disparaître. Le monde hérité de la Seconde Guerre mondiale s’effrite, nous vivons dans une société qui a énormément changé et cela peut faire écran à la compréhension de cette période-là. C’est donc d’autant plus important de garder cette mémoire vive. Il va falloir qu’on soit à la hauteur de ce défi.
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L’historien Serge Barcellini identifie trois temps dans la constitution de la mémoire : le temps du souvenir – qui se vit entre les personnes qui ont connu un événement – ; le temps de la mémoire – qui dure sur deux générations grâce aux témoignages – et le temps de l’histoire. Parler de mémoire aujourd’hui, c’est donc peut-être un abus de langage : la Seconde Guerre mondiale est tellement loin qu’elle n’est plus dans les mémoires. Quatre-vingts ans, pour un enfant de 8 ou de 12 ans, c’est énorme. On va donc leur partager des connaissances historiques qui leur permettent de comprendre le monde moderne.
Dans cette approche historique, les émotions sont-elles encore présentes ?
Longtemps, l’émotion était en effet transmise par les témoins vivants. Un des écueils aujourd’hui serait de transmettre quelque chose d’un peu glacé, or nous voulons transmettre une histoire incarnée. Pour cela, nous avons beaucoup de témoignages audio-visuels sur lesquelles s’appuyer. L’approche artistique nous a aussi semblé une bonne façon de transmettre ces émotions. On l’utilise beaucoup au travers d’ateliers BD, de l’intervention d’une compagnie de danse sur le thème de la Résistance…
L’histoire s’éloigne ; comment alors rendre compte de cette période aux plus jeunes ?
Au CHRD, on s’est attaché à restituer la façon dont on vivait pendant la guerre. Vivre en guerre, ça signifie avoir peur, avoir faim, avoir froid : ça, c’est très concret pour les enfants. Dès 2002, on a recruté des médiateurs pour accompagner les visites et conçu des livrets-jeux, des activités dédiées aux scolaires… On a refait notre parcours permanent en 2012, avec une atmosphère moins sombre, un récit plus ancré sur Lyon et plus concret : ça à aidé à ce que ce propos soit accessible aux plus jeunes.
Ce n’était pas évident car les professionnels du musée s’inquiétaient de rendre ludiques des sujets sensibles. On est quand même installés dans les anciens locaux de la Gestapo… À l’époque, on avait en plus beaucoup d’anciens qui venaient témoigner et qu’on avait peur de heurter. Donc on y est allé pas à pas.
On a développé des visites-lectures pour plonger dans la vie sous l’Occupation, d’autres suivies d’un jeu pour connaître des figures et anecdotes de la Résistance… Tout cela appuyé sur des expositions. Pour celle sur la nourriture en temps de guerre, Les jours sans, on avait créé un jeu géant où les enfants faisaient leurs courses avec des tickets de rationnement, vendaient au marché noir de vraies pommes de terre…
La Seconde Guerre mondiale, c’est aussi la Shoah. Comment l’abordez-vous avec le jeune public ?
On a un principe, c’est que si les enfants posent des questions, c’est qu’ils sont capables d’entendre les réponses. Mais on ne vas pas aborder frontalement la Shoah avec les plus jeunes. On va passer par la fiction, par des parcours théâtralisés qui les plongent dans l’histoire d’un enfant qui doit échapper à des gens qui le recherche… On ne fera pas la même chose avec un enfant de cycle 2 ou de cycle 3. Quant aux extraits du procès de l’officier SS Klaus Barbie que nous diffusons, ils sont, eux, accessibles à partir de la 3e.
Faut-il montrer l’horreur aux jeunes pour éviter qu’elle ne se reproduise ?
Si la visite de musées comme le CHRD était un vaccin contre la violence et les extrêmes, ça se saurait. Ça ne nécessite certainement pas de choquer les enfants. Il arrive souvent qu’on voie des élèves de 3e ressortir de la projection du procès de Klaus Barbie en pleurs ; on ne considère pas cela comme une victoire. Il vaut mieux raconter aux enfants les trajectoires de résistant·es ou de personnes qui ont sauvé des Juifs, et ainsi leur montrer que le citoyen à une part d’action dans ce qu’il se passe.
Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, 14 Av. Berthelot, Lyon 7e. Tél : 04 72 73 99 00. chrd.lyon.fr
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